ENSEIGNES DE PÈLERINAGE (XIII® SIÈCLE
religieux de voir les lieux où Jésus-Christ a autrefois vécu, où il a souffert, est ressuscité, d’où il est monté aux cieux. On apprécie une bénédiction accompagnée d’un peu de poudre de:ces lieux, ou la possession de quelque petit morceau de bois de la vraie croix sur
CHALLINE. — Recherches. | 12
laquelle 1l a souffert, ne serait-il pas plus grand qu’une petite paille ; la vue de la crèche où Jésus-Christ a couché lors de sa naissance, du fleuve où il a été baptisé, du jardin où il a couché, de Îa salle où il a été jugé, de la colonne où il a été lié, des épines dont il a été couronné, du bois sur lequel il a été attaché, nous servent de mémoire et nous font ressouvenir de la personne de Jésus-Christ, nous représentant et nous rendant témoignage des anciennes vérités, nous sont une preuve de la foi que nous professons présentement. Si ces choses inconnues nous sont de vifs portraits, de vifs enseignements des choses que nous devons estimer; si lon enchässe d’or, comme le remarque saint Jean Chrysostome, quelque petit morceau qu'on puisse se procurer du bois de la vraie croix, si on porte ce reliquaire sur la tête, pendu à son col, s'estimant bien honoré, bien magnifique, bien muni et bien protégé par la possession de cetté précieuse relique, il ne faut pas s'étonner de voir honorer les images de la chemise de Notre-Dame que l’on conserve dans l’église de Chartres, où, après avoir été autrefois estimée la protectrice de Constantinople, l’est devenue de notre ville où elle est soigneusement gardée. Ces médailles de métal, accompagnées de bénédictions particulières et des prières de l'Église, ont touché l’ancienne image de la Sainte Vierge, dont les vertus sont si merveilleuses et si connues.
3. — DES AUTRES SAINTES RELIQUES. ET DES. JOYAUX QUI SONT DANS LE TRÉSOR.
La mort des saints étant précieuse à Dieu, c’est à bon droit que l’Église en conserve les reliques. Les corps des saints donnant, comme le témoigne saint Jean Chrysostome, de la terreur aux démons, c’est à juste titre que l’Église s’en sert comme de forts remparts contre les assauts de ces implacables ennemis.
S'il y a quelque église au monde où l’on ait soin de réunir et de conserver les reliques des saints, il faut avouer que celle de Chartres a l’avantage, en qualité et quantité, d'en posséder plus que toutes les autres, car, outre les reliques contenues en la sainte châässe dont nous venons de parler, elle en possède beaucoup d’autres.
Au haut de l’arcade, qui est au fond du chœur, au-dessus de l’autel qui est derrière le grand autel, il y a une sorte de trône élevé où l’on monte par un escalier fait exprès, où sont diverses châsses dans lesquelles sont contenus des corps saints, les uns entiers, les autres en partie. Les corps saints entiers sont : de saint Piat, martyr; de saint Lubin, évêque de Chartres ; de saint Calais, aussi évêque de Chartres, d’une prodigieuse grandeur et grosseur; de saint Bethère ; de saint Soulain, aussi évêque de Chartres, de saint Tugduel, martyr; de sainte Tècle, vierge. Il y en a d’autres dont on n'a que des parties, comme de saint Taurin, évêque.
Dans l’ancien trésor où est renfermée la sainte châsse, il y a en outre :
Une très belle image de la sainte Vierge tenant son fils, assise dans une chaise, le tout d’or émaillé de bleu, de blanc et de violet, couronnée de perles fines et de rubis avec un nœud de semblable pierrerie dont tout l'ouvrage est enrichi; au bas on lit, au travers d’un verre sur un écriteau : ces cheveux sont de la Vierge Marie'. Cette image a été donnée à l’église de Chartres par Jean duc de Berry.
Le chef de saint Théodore ; les os du poignet de la main dont saint Thomas toucha le côté de N.-S. enchässés dans une main d'argent doré tenue par un ange d'argent donné par M. Marquet, théologal à Chartres en 1642.
Un ovale d’or donné par le même duc de Berry environ l'an 1406, au milieu duquel on voit, au travers d’un verre, une croix de jaspe ou de marbre grisàtre enrichi à l’entour de beaucoup de petits ouvrages d'or. Autour de cet ovale il y a huit petites boîtes ouvertes, en forme de croix, couvertes seulement de verre. Par ce qui est écrit sur l'or émaillé, qui est autour de ces boites, l’on connaît qu'il y a dans la première du sépulcre de N.-$S. J.-C. ; dans la seconde, de la table rougie de son sang; dans la troisième du saint suaire de N.-S.; dans la quatrième, des cheveux de N.-$. ;
1. Voyez l’histoire d’Eudmäns touchant les cheveux de Ia sainte Vierge, M. Payen, lieutenant général de Meaux, en son Traité de la République de Venise, chap. un, dit qu’il y a au trésor de Saint-Marc des cheveux de la Vierge qui sont à demi-roux (Note de l’auteur).
dans la cinquième, des vêtements de N.-S. ; dans la sixième de la sainte tunique de J.-C. ; dans la septième, de la pierre du mont Calvaire ; et dans la huitième, des drapeaux posés sur la face du Sauveur. Cet ovale est porté sur une colonne d’argent doré semée de fleurs de lis, soutenue de deux anges de même étoffe à genoux, et au bas une petite ourse ciselée. Le soubassement de la colonne est fort large, de forme ovale, enrichi de divers paysages et de quantité de fleurs de lis, et soutenu par huit ours de même étofle, qui étaient la devise du duc de Berry. A cette colonne est attaché par un cordon de soie un petit tableau tout d’or, de demi-piéd environ de hauteur, au milieu duquel, en l’un des côtés, est la figure de la croix faite du vrai bois de celle sur laquelle Jésus-Christ a souffert. Aux deux côtés de cette croix on lit cette inscription en vieux caractères grecs : EK TOY ATIOY AKANGINOY CTEPANOY, TOY ATIOY AIGOY, ATIOY HAOY PHNICMATA, ATIO TOY ATIOY CINAONIOY, -ÆOY HOPHYPOY IMATIOY, TOY ATIOY AENTIOY, AIO THS TIMIAZ ZONHE THS OEOTOKOY, AIO TON ATMION CHapr'aNox. Ce qui signifie en français de la sainte couronne d’épine; de la sainte pierre ; des limures ou raclures du saint clou ; du saint linceul ; de la robe de pourpre baillée à N.-S. ; de la sacrée serviette dont il se servit lorsqu'il lava les pieds à ses apôtres ; de la ceinture de la vénérable mère de Dieu ; des langes sacrés. Cette inscription est burinée sur l'or. Derrière ce petit tableau sont peintes ces paroles HS -XS-HT:KA: inscription grecque qui fait juger que ce reliquaire est fort ancien et a été apporté d'Orient, où il a été fait, en la forme où on le voit, ce qui le doit rendre plus vénérable, et moins faire douter de la vérité des choses. qui y sont contenues, comme ayant été recueillies au pays où elles avaient été conservées, en un temps où la mémoire en était encore toute récente.
Grande image de Notre-Dame toute d’argent, enrichie de perles, au pied de laquelle est enchàssée une petite fiole de cristal renfermant du lait miraculeux que la Vierge versa sur la langue et le visage du vénérable Fulbert pour le guérir du feu des Ardents.
Grande image d’argent représentant saint Laurent où est enchàssée une dent de ce saint qu'il tient sur la main.
Petite châsse en forme d'église, de vermeil doré, dans laquelle sont renfermés le chef et autres reliques de saint Serge et de saint
Bache qui étaient capitaines à la cour de Dioclétien. Elle a été donnée à l’église de Chartres par le roi Henri IV, lors de son sacre. |
Bâton du Brésil que le roi Jean a donné à l’église, qui lui servait de bourdon en ses pèlerinages. Le sieur Thiersault, souschantre en dignité, le fit enrichir comme on le voit à présent pour s’en servir, comme il sert encore aux chantres en dignité, lorsqu'ils officient aux petites fêtes solennelles.
Autre bâton cantoral tout vermeil, très beau et de grand prix, haut de près de sept pieds, que le sieur Gobinet, à présent chantre, fit faire vers 1690 et qui sert aux grandes solennités'.
Dais d’orfèvrerie excellente, en or massif enrichi de pierreries, autrefois donné par les Anglais catholiques romains lorsqu'ils étaient maîtres de Chartres, qui sert à porter le corps de N.-S. aux processions de la fête de Dieu et autres cérémonies où on expose le Saint Sacrement.
. Tableau d’or massif portant une image de la Vierge en relief, aussi d'or ayant une couronne en relief de même métal, sur laquelle il y a quantité de pierreries et perles fines. Le fond de ce tableau est d'ambre gris, pierre inestimable. Il a appartenu à Jean, duc de Berry. Ce tableau a été donné à l’église de Chartres par le roi Henri III avec une croix d’or enrichie de quantité de pierres précieuses et un vaisseau de même métal surmonté d’une horloge d’un admirable artifice. Le roi présenta le tout à l’offerte le jour de la Chandeleur 1582, et donna encore, le 27 juin suivant, une lampe d'argent d'une excessive grosseur pesant cent marcs d’argent, aujourd'hui encore pendue au milieu du chœur devant le grand autel.
Le 26 janvier de cette même année, M" Louise de Lorraine, reine de France, venue par dévotion à pied de Paris à Chartres, donna entre autres choses à l’église de Chartres un corporal avec le volet tout brodé de sa main, et un canon de messe en broderie très exquise que M°° Louise de Bourbon, abbesse de Fontevrault, avait fait de sa main et lui avait donné.