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NOUVEAUX MIRACLES DE LA SAINTE VIERGE

Depuis ce temps il ne m'est pas venu à connaissance que des curieux aient bien voulu recueillir la continuation des miracles que la sainte Vierge peut avoir obtenus par son intercession, car sans doute, s’il y en avait eu, ils nous auraient produit de gros volumes. Ce que nous avons vu de nos jours nous fait croire, nous assure même que la sainte Vierge a toujours la même bonne volonté et la même estime pour son temple et notre Patrie, ce dont nous lui devons être très étroitement obligés. J’en rapporterai seulement quelques-uns qui me sont venus et viennent à ma connaissance et

sont tout récents. Je prie le lecteur de m’excuser si je ne nomme pas positivement la demeure des personnes dont je puis raconter les histoires, n'ayant pas eu la curiosité de les demander. Voici ces miracles :

35. — Le nommé Jean Calvin, très méchant ecclésiastique et indigne curé de Pontl’Évêque près Noyon, commença en l’année 1524 à semer une hérésie grandement pernicieuse, qui a subsisté jusques à présent, et qui s’'augmenta si fort dans ce royaume que, environ trente ans après, ses adeptes, sous le nom de Huguenots, furent en état de mettre des armées sur pied et de faire la guerre avec de puissantes armées aux rois de France François IT, Charles [X et Henri III. Ils passaient ravageant les villes de France, saccageant et profanant les églises, brûlant les reliques des saints et faisant mille profanations. Venus à Chartres en février 1 568 avec une puissante armée conduite par Louis de Bourbon, prince de Condé, qui, de cette secte, avait juré de désoler l’église de Chartres et toutes ses reliques, et de faire manger son cheval sur le grand autel.

Condé établit son camp du côté de la Porte-Drouaise, par où, du temps du roi Charles le Simple, Raoul duc des Normands avait assiégé la ville. Sur cette porte, comme sur toutes celles de la ville, 1l y avait, comme encore aujourd’hui, une image de la sainte Vierge tenant son fils entre ses bras avec cette inscription au-dessous: Carnutum tutela. Ces troupes huguenotes, après avoir tiré de fortes décharges contre cette image qu’ils injuriaient, et à grands coups de canon fait une brèche au-dessous de la porte, vers la rivière, s'approchant pour entrer dans la ville, et apercevant devant eux, sur la brèche, une grande dame tenant un enfant en ses bras, tirèrent de plus belle sans pouvoir l’atteindre n1 la briser aucunement, au contraire les balles qu’ils tiraient tombaient sans avoir produit d'effet et sans force aux pieds de la muraille, et ces assaillants, qui pensaient entrer, se trouvaient reculés à plus de cent pas. Les Chartrains reconnaissant que la sainte Vierge avec son cher Fils prenait visiblement la défense de la ville, les ecclésiastiques et les femmes se mirent en prières ; les hommes en état de porter les

armes s’assemblèrent, firent une vigoureuse sortie sur les assiégeants qu'ils repoussèrent, et qui, levant le siège, s'enfuirent pêlemêle sans ordre, leur armée détruite. Ce fait se passa le 15 mars 1568. En mémoire de ce miracle la ville fit bâtir près cet endroit de la brèche une chapelle en l’honneur de la Vierge, qui porte aujourd’hui encore le nom de chapelle de Notre-Dame de la Brèche, et tout le clergé des paroisses et des couvents d'hommes de la ville, assemblé en la grande église, fait tous les ans, à pareil jour où ce fait se produisit, procession générale à cette chapelle. A cette procession du 1$ mars on fait sortir les reliques ordinaires de la grande église et on chante en musique de beaux motets.

En voici un que j'ai entendu chanter et qui charmait les oreilles

de tout le peuple:

Plangite cives, Scindite corda, Lamentamint :

Non in armis, Non in virtutis abundantia salus, Ad Templum, Ad vota, Ad preces, Ad Mariam properate.

Funditur quasi tempestas furor impiorum.

Vox rotarum impetus, Vox micantis gladu, Vox multitudinis interfecte, Et gravis ruine, Confortare, surge, Mirare in subitatione Insperatæ salutis, Exulta, lauda, electa Civitas Tandem exaltata est manus Mariæ Indignatio ejus Ut ignis eflusa est, Et hostis disperditur Ut pulvis, Turbine raptus in area ; Exulta, lauda, electa Civitas.

t) D) De)

Ce motet fut aussi chanté en vers français comme suit :

Peuples dans ces tristes alarmes

Qu'un profond repentir fasse couler vos pleurs

Abandonnez votre âme aux plus vives douleurs,

… N'ayez point de recours aux armes Que pourrait la valeur en ce péril affreux ?

Implorez l'appui de Marie,

Allez dans son saint temple, allez former des vœux,

Les méchants contre vous déchaïnent leur furie, On entend le bruit de leurs chars,

On voit partout briller la pointe de leurs dars. Nos combattants sur nos rempars Poussent des plaintes impuissantes.

La mort règne de toutes parts.

Rassurez-vous, le Ciel a pris votre défense

De vos cruels vainqueurs il arréte le cours.

Admirez un si prompt secours, Il surpasse votre espérance, Peuples, célébrez en tous lieux :

Qu'en ce jour la Reine des cieux Des méchants punit l'insolence.

Ainsi qu'on voit des vents les bruyants tourbillons Faire en nos chemins voler la poudre De son juste courroux l’inévitable foudre Dissipe en un moment leurs nombreux bataillons.

Après une telle grâce de la sainte Vierge et un si beau miracle, le peuple chartrain ne doit-il pas donner toutes les marques possibles de piété et de dévotion pour de si grandes obligations qu'il a et doit avoir envers la sainte Vierge, qui prend si fortement en main notre défense et notre sécurité.

361. — Non contente de faire un si grand miracle pour la patrie, au temps même de ce siège, il arriva qu’un religieux dominicain de l’ordre des Frères Prêcheurs et du couvent de Saint- Jacques de Chartres, nommé Pierre Bouvard, lors prieur, étant

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