‹ Recherches sur ChartresChapitre 123 sur 323 · Ce miracle ne figure qu’au ms. 1074, p · texte numérisé non relu

Ce miracle ne figure qu’au ms. 1074, p

fortuitement sorti de leur maison pour quelques affaires, fut malheureusement arrêté et pris par ces misérables soldats huguenots, qui étaient au siège devant la ville, qui cruellement lui infligèrent toutes sortes de persécutions, l’exposant nu, lié sur une grille de fer, sur un grand feu allumé par ces misérables hérétiques pour le faire rôtir et mourir comme un autre saint Laurent. Ne pouvant, en cette cruelle tourmente, que recourir aux prières, ce bon religieux adressa ses vœux à la sainte Vierge, qui le garantit miraculeusement et le délivra de la mort et de leurs mains sacrilèges. Un profond sommeil saisit ces soldats et il put se détacher, s'habiller et se retirer sans qu'ils s’en soient apercu. Il remercia Dieu et la sainte Vierge et vécut ensuite plus de trente-septans, étant mort en 160$ au couvent de Poissy. Ceci a été rapporté par frère Nicolas Le Febvre, religieux jacobin, docteur de Sorbonne, dansle Discours qu'il a prononcé en l'assemblée provinciale des religieux de leur ordre au chapitre tenu à Saint-Jacques de Chartres, en 1622 !, environ cinquante ans après ce siège et quinze à seize ans et la mort de ce religieux.

37. — Depuis ce temps encore, la sainte Vierge n’oublia ni cette ville ni ses environs. Un habitant d'Evreux qui avait fait vœu de venir à Chartres prier la Vierge, tombé malade peu après, n'avait pu s'acquitter de son vœu. Lorsqu'il vit sa maladie empirer et devenir mortelle, il pria un de ses amis de l’acquitter de son vœu et de faire dire une messe pour lui en l’église Notre-Dame de Chartres. L’ami promit, recut l'argent du malade, et s'en alla vers Chartres. À peine cet ami parti, le malade tira aux abois et mourut incontinent. L’ami du défunt arrivé à Chartres, au lieu d’aller à l’église faire dire la messe dont il était chargé pour son ami, alla dans un cabaret où il dépensa l’argent de la messe. La nuit même l’âme du défunt revint dans la maison mortuaire, y fit grand bruit et recommença ce vacarme les nuits suivantes. Les habitants du logis allèrent, tout tremblants de peur, trouver un bon prêtre, auquel ils racontèrent ce qui les amenait, le priant de leur faire la grâce de se

1. Cinquième discours de son livre imprimé en 1625, feuillet 189.

transporter chez eux afin de conjurer cet esprit. Le prêtre promit, y alla dès la nuit venue, muni de tout ce qui lui était nécessaire et attendit. Tout à coup grand bruit dans la chambre, le prêtre ayant conjuré cet esprit de lui dire qui il était et pourquoi il venait toutes les nuits troubler le repos des habitants de la maison, celui-ci lui dit qui 1l était, et que s’il revenait ainsi, c'était parce qu’il voulait qu'on l’acquittàt du vœu auquel il s'était obligé envers Notre- Dame de Chartres. Votre ami un tel n’y a-t-il pas été, lui dit-on ? Oui, mais il a mangé mon argent et n’a pas fait dire de messe, c’est ce qui me fait et me fera revenir chaque nuit si l’on ne m acquitte de mon vœu. Ce prêtre lui ayant promis qu'on y satisferait au plus tôt, l'esprit s'en alla et ne revint plus. Dès lelendemain, ce prêtre, habitué dans la paroisse Saint-Nicolas d'Évreux, vint à Chartres et dit la messe à l'intention du défunt.

38. — Vers l’année 166$, un muet, habitant près d' Etampes, dont je ne sais le nom ni la demeure, venu à Chartres faire ses dévotions, fit dire une messe à Notre-Dame de Sous-Terre, où humblement prosterné au pied de l'autel et priant avec une grande ferveur la sainte Vierge, 1lrecouvra la parole, au vu et su de toutes les personnes présentes et s’en retourna louant et glorifiant Dieu et la sainte Dame de Chartres.

39. — Vers le même temps, la dame Corbin, hôtesse du Grand-Dauphin, au faubourg Porte-des-Épars, avait une fille extrêmement malade, dont le corps, enflé et cacochyme, était grandement contrefait. Recommandé à la Vierge, aussitôt les messes dites à son intention, elle fut guérie et eut le corps bien dénoué autant que pouvait être fille de son âge.

40. — M. Didier, avocat en parlement, demeurant à Paris, rue de Bièvre, paroisse Saint-Étienne-du-Mont, se trouvait en barque sur la rivière avec plusieurs personnes, lorsque le bateau sur lequel ils étaient vint à se briser contre un pont et se mit à faire eau de toutes parts. En ce pressant danger, ce sieur Didier se voua à la Dame de Chartres et put heureusement gagner la rive,

232 CA THÉDRALE

bien que le bateau eût coulé avec toute la compagnie qui était dedans. Lui seul fut sauvé, aussi pour ne pas demeurer ingrat envers la sainte Vierge, vint-il à Chartres la remercier, faire ses dévotions, et lui offrir une croix et deux chandeliers d’argent.

41. — Le jeudi 1$ novembre 1674, un grand feu se déclara dans la chambre du guet du grand clocher, qui avait été mis par un nommé Jeandrin, homme du chapitre préposé au guet, qui s'était couché en s'amusant à lire. Étant venu à s’endormir, versles neuf heures du soir, la chandelle qu'il avait appliquée au chevet de son lit pour s'éclairer tomba sur sa paillasse. Le feu y prit et se communiqua au bois de lit, sorte d’armoire en sapin placée sous l'escalier qui mène à la cloche de l’horloge, si bien que la porte du timbre et son encadrement de bois commencaient à brüler et le plomb à fondre. Réveillé en sursaut, l’homme au lieu de chercher à éteindre le feu, descendit promptement pour faire lever ceux qui couchent dans l’église afin d'en avoir secours. Ceux-ci montés, ne pouvant franchir l’espace des cloches placées au-dessous de cette chambre, se mirent à sonner pour faire venir du secours. Aussitôt la ville en alarme le peuple d’accourir de toutes parts, mais comme on ne pouvait plus entrer dans cette chambre, le feu y étant trop ardent on eut recours à Dieu, qu’on exposa sur le grand autel, et à la sainte Vierge, devant lesquels la plupart se mit en prières. Aussitôt la grande ardeur du feu s'arrêta un peu ce qui permit à un couvreur nommé Claude Gautier, dit la Chaume, tenant une échelle de corde en son bras gauche et son marteau de couvreuren la main droite, de monter dans l’escalier en feu, de faire tomber avec son marteau la porte toute brûlée, de passer brusquement en cet espace et d’assujettir son échelle de corde en dehors du clocher. Par là on lui monta de l’eau qui lui permit d’éteindre facilement le feu qui n'avait plus de force par un miracle toutévident de Dieu et de la sainte Vierge. Il est probable que si on avait différé d’un quart d'heure, on n'aurait pu en approcher, et que la cloche ou timbre de l'horloge et la pointe du clocher seraient tombés au grand dommage de l’église. En remerciement on fit le lendemain dimanche procession générale dans l’église avec la sainte chàsse pour

remercier Dieu et la sainte Vierge des marques d'amitié et de protection qu’ils nous donnent pour la conservation de cet admirable édifice. Grand miracle dont nous pouvons attester la vérité, l'ayant vu de nos yeux.

42. — Il est encore venu à ma connaissance qu'un fameux voleur ayant commis un larcin important, ses victimes, n’en pouvant découvrir l’auteur, firent dire une messe à Notre-Dame de Sous-Terre pour en avoir quelque lumière, et que le jour même on découvrit l’auteur du vol et l'endroit où les objets volés étaient déposés.

43. — Les habitants d'Issoudun, affligés de peste et de mal contagieux, après avoir vainement essayé toutes sortes de remèdes, recoururent à l'assistance céleste. Plusieurs d’entre eux vinrent à Chartres prier la sainte Vierge et faire dire une messe à l'intention de leur ville. De retour chez eux, ils apprirent que la ville était délivrée de ce mal pestilentiel qui avait pris fin à l'heure où, la messe de Chartres finie, on disait le dernier évangile. Ils revinrent incontinent remercier la sainte Vierge et lui déposer les présents qu'ils apportaient de la part du corps des habitants.

Page 1