RÉFLEXIONS SUR LES COMMENTAIRES DE CÉSAR
Je suis obligé d’abord pour ne passer pas pour un plagiaire de déclarer succinctement que la plus grande partie de ce que je vais écrire est tiré de l’histoire latine des Druides. Un très honnête homme m'a dit autrefois qu’il en avait vu une manuscrite, faite par M° Guillaume Postel, dans la bibliothèque du roi. Je ne m oblige pas néanmoins de suivre pas à pas l’histoire de Théodore Maraille qui se dit lavoir écrite. Si ce qu'elle contient ne convient pas au dessein que j'ai fait d'expliquer ce que l’auteur des Commentaires a dit des Druides, j’avertis le lecteur de trouver bon que je dise mon sentiment et qu'à l’occasion je fasse les réflexions que j'estimerai nécessaires. Cette recherche ne sera pas inutile ni désagréable puisqu'elle nous dévoilera une très notable partie de l’antiquité des Gaules et nous représentera les Druides, dont la manière était presque perdue, avec les mœurs et les coutumes des anciens Gaulois, partie notable de l’histoire des Chartrains, dont peu de personnes ont à présent connaissance. :
L'auteur des Commentaires a raison de dire que l’on estime leur discipline venue d'Angleterre. On ne l’assure pas positivement
1. Extrait de Théodore Marcille, philologue hollandais (1548-1617).
parce que plusieurs n’en sont pas d’accord, entre autres Corneille Tacite en la vie de Julius Agricola, où il recherche si la discipline des Druides vient d'Allemagne, d'Espagne ou d'Angleterre, ou si elle est née dans les Gaules, encore que les Anglais en aient eu une grande persuasion. Soit relativement à la vie civile, soit pour l'excellence des mœurs et de l’esprit, ils ont toujours été beaucoup au-dessous des Gaulois, comme le témoignent Strabon (livre IV), Diodore de Sicile (livre V), Juvénal (Satire XV), assurent même qu'ils ont reçu des Gaulois les principes de l’éloquence et la manière d'être bons orateurs « Gallia caussidicos docuit facunda Britannos » et ce même auteur dit en un autre endroit, livre IV, que les mœurs et les coutumes des Anglais étaient inconnues des Gaulois, de sorte qu il y a plus de raison de dire que la doctrine des Druides est passée des Gaules en Angleterre, plutôt que venue d'Angleterre dans les Gaules, puisqu'il est vrai que les Druides sont passés en Angjleterre comme ils se sont répandus aussi en Allemagne et en tous les quartiers de la forêt Heremine, comme le témoigne Bartholin, poète médiocre, mais qui n’est pas des pires, dans le premier livre de son Austriade, Camden même ne laisse pas de le prétendre, en la description qu’il a faite de l’Angleterre, et pour preuve de cela avance qu'il y a un lieu en Angleterre que le peuple appelle les pierres des Druides, ce qui ne peut décider la question, plusieurs endroits en France ayant pris leurs noms des Druides, comme le Mont des Druides à Autun, et la ville de Dreux à huit lieues de Chartres. On doit estimer que l’erreur procède de ce qu’on a pensé que César, donnant à la Bretagne l’origine des Druides, a voulu parler de l'Angleterre, et il y a lieu de croire qu’il parlait plutôt de la Bretagne gauloise que de la Bretagne armorique où les enfants de Noé descendirent d’abord lorsque, ayant quitté leur pays, ils s’y vinrent établir et peuplèrent ce pays qu’on a depuis appelé la Gaule. Il n’est pas vraisemblable que l'Angleterre ait été habitée plus tôt que le continent où la Gaule est située. Ausone décide nettement cette difficulté lorsque, parlant de Phobicius qui enseignait la grammaire à Bordeaux, il dit qu’il était de la race des Gaulois qui étaient des gens de la Bretagne et de la Gaule armorique, gentils et vénérés.
CHALLINE. — Recherches. 4
so TRAITÉ DES DRUIDES