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ORIGINE DES*COMTES

Sous le déclin de la famille de Charlemagne, pendant que les Danois normands ravageaient le royaume, les princes et les seigneurs français, qui jouissaient à titre d'office des duchés, comtés, marquisats et autres dignités de France, prenant avantage de la faiblesse de nos rois Charles le Simple et Louis d'Outremer, et se fiant à leur force, formèrent le dessein de rendre héréditaire à leur postérité ces offices et dignités qu'ils ne tenaient qu’à vie. Ce dessein ne fut entièrement réalisé que sous la troisième race de nos rois. Chacun s’empara de ce qui se trouvait le plus à sa convenance. Le vieil comte Thibault, surnommé le Tricheur, était alors comte de Chartres, magistrature établie pour la garde de la province et pour y rendre justice, dit Rouillard, sous l'autorité de l’évêque, véritable prince du pays chartrain. Ce comte, dans les vieilles archives de l’église, est appelé comes mansionariorum, comte ou juge des domiciliés.

Les auteurs qui ont traité de cette dignité disent que, sous le déclin de l’empire romain, tous les officiers prenaient le titre de comte comme s'ils étaient de la suite de la cour, de la maison et de la famille de l’empereur. Cujas se sert de l'autorité d’Eustatius, commentateur d'Homère, pour montrer qu'au dernier àge de la Grèce le mot de comes ne signifiait autre chose que juge; et, dans les Capitulaires de Charlemagne, ce mot est toujours pris en cette acception, particulièrement là ou il ordonne que le comte tienne ses plaids à jeun. j

Rouillard remarque, comme une observation de lui, que les - Allemands ou Germains, dans lesquels il comprend les Gaulois, dans l’assemblée de leurs États, avaient coutume d’élire des princes pour rendre la justice dans les bourgs et villages et que sous ceux-ci il y avait cent comtes, qui étaient des personnes choisies parmi le peuple, pour les accompagner, leur servir d’assesseurs, leur donner conseil et maintenir leur autorité, comme l’écrit Tacite en son livre de Moribus Germanorum, ce qui fait voir qu’il existait des comtes en Allemagne et dans les Gaules longtemps avant qu’on ne les connût dans l’empire romain, et qu’ils y exerçaient une profession différente de celle des comtes de Rome, étant occupés à rendre la justice. :

Rouillard dit avoir lu que les vassaux gaulois appelés clients ou gens de suite, ambasti, du temps de César, depuis nommés comtes, comites, accompagnaient leurs seigneurs en leurs affaires de paix ou de guerre. |

Il est vrai que les comtes étaient d’un degré plus élevé que les juges ordinaires, car par la charte de fondation de Saint-Pierre-le- Vif de Sens, Clovis, premier roi chrétien, donna une foire tenue le jour de la fête de saint Pierre et saint Paul à condition que aucun de ses officiers, le comte pas plus qu'autre juge public, n’y puisse lever aucun droit de tribut ni de coutume. En ce sens doit être entendu le comes ciyitatis ou juge de ville dont parle Sidoine Apollinaire, qui n'était pas fort éloigné du siècle de Clovis. En ce sens également le comes mansionariorum dont il est parlé dans les archives de l’église de Chartres, ce que Rouillard veut qu'ait été le comte Thibault, c'est-à-dire juge dans la ville, lorsqu'elle fut assiégée par le prince normand Rollon, de même Thibault le Tricheur qu’on croit avoir été son fils. Albert Craus en fait mention en son Histoire de Norvège.

Quelques-uns, remontant plus haut, veulent que le premier comte héréditaire de Chartres ait été Hastings, prince des Normands, vers le règne de Charles le Chauve, du temps ou Frotbold tenait le siège de Chartres, ce Hastings l’ayant conquise et réduite par les armes. Rouillard ne trouve pas qu'il y ait apparence de cela, parce que ce prince normand, s’étant rendu maître de la ville,

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