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DES COMTES

la fit ravager et ne la garda pas. Il est vrai, comme le dit Démosthène, que celui qui ruine un héritage témoigne par cela qu’il ne Jui appartient pas ou qu'il n’est pas en son pouvoir d’en jouir paisiblement, et encore comme Childebert répondant au roi des Goths qu'il ne le pouvait tenir pour roi d'Italie puisqu'il en avait ruiné la capitale.

D'ailleurs Rouillard ajoute que nonobstant l'invasion de Hastings, Frotbold, évêque de Chartres, en était toujours demeuré possesseur en qualité de prince et seigneur temporel, Hastings n'ayant jamais fait aucun acte de comte ni de juge à Chartres.

Raoul Glaber, qui vint au monde peu après ce temps, le dit natif d’un petit village appelé Tranquillus ou Trancault, à deux lieues de Troyes. Issu de parents fort pauvres, il se mit en sa jeunesse à voler, puis se jeta dans l’armée, parmi les valets, où son courage le fit devenir capitaine.

Albert Craus écrit que Charles le Chauve fut contraint de faire la paix avec lui et que, par un des articles de cette paix il lui donna la seigneurie de Chartres que depuis il rendit à Rollon. Rouillard n'admet pas ce récit parce que, lorsque Rollon vint assiéger Chartres avec ses Normands, vers 911, aucun de nos historiens ne parle de cette prétention, au contraire Gaucelme, qui en était évêque, soutint le siège comme en étant le prince et seigneur temporel, alors que Rollon fut honteusement repoussé par le miracle de la sainte Chemise. Guillaume le Breton rapporte, au livre vin de sa Philippide, la description de ce siège et de l'accident qui arriva à Rollon par la protection de la sainte Vierge :

Tempore quo Simplex in sceptris Carlus agebat,

Normannos patriam Norvegia misit in istam, Grandibus evectos sub duce Rollione,

Qui paganus erat, vir prudens, strenuus armis, Chrisucole populi sitiens haurire cruorem.

Hic cum multorum saturasset cædibus enses, Vicos invicta vi depopulatus, et urves, Pestiferum extendens in plurima regna furorem ; Demum Carnott cum mænia frangere vellet Virgo Dei genitrix, que se dignata vocare est Carnoti Dominam, tulit ll luminis usum,

Vincibilemque dedit populo qui diligit ipsam. Ut sic exteriùs aliquanto tempore cæcus,

Luce mereretur Christum interiore videre.

Qui fugiens victus, majori parte suorum Amissa, factus humilis, tum denique Christo Credidit, et meruit vitali fonte renascr.

Proindè suæ gaudens illum rex Carlus honorat Conjugio natæ, cum qua Normania pacis Fœdere sub firmo datur illi nomine dotis.

Il est bien dit que le roi donna en dot la Normandie, mais il n'est pas parlé de la ville de Chartres qui ne peut être comprise sous ce nom, n'ayant jamais fait partie de cette province, et quant à Gerlon, proche parent de Rollon, les historiens disent que, par le traité de Charles le Simple, le comté de Blaie (l'Histoire de Normandie, ch. xxin1, dit de Blois) et le comté des Montils lui furent donnés, mais il n’est pas fait mention de Chartres. On dit bien qu'il épousa une grande dame du pays et que, de leur mariage, naquit Thibault le Tricheur, mais cette alliance et cette généalogie de Thibault ne sont pas bien assurées, et beaucoup d’historiens estiment que, Gerlon tenant toujours la campagne avec ses troupes et ayant été vaincu par Hugues, comte de Paris, et Herbert de Vermandois, il se retira vers la Basse-Bretagne d’où 1l ne sortit plus depuis.

Rouillard, ayant admis que les évêques étaient seigneurs de Chartres, suppose aussi que Thibault le Tricheur exerçait sous le titre de comte, la justice de l’évêque qui tenait le siège de son temps et que, étant grand trompeur, il avait mérité le nom de tricheur : T'heobaldus tricator, T'heobaldus fallax, comme le nomme Glaber. Il prétend qu'il s'était emparé de la justice du comté de Chartres, l’ôtant à l’évêque qui la lui avait confiée pour la rendre au peuple sous son nom. Il se fonde, pour confirmer cette usurpation, sur l’humeur ordinaire de Thibault habitué à piper et tromper tout le monde, et rapporte un notable exemple de sa perfidie qu'il tire du même Glaber: Thibault, ayant attiré à l’écart Guillaume, duc de Normandie, sous prétexte de l’entretenir en secret de quelque affaire importante, le tua d’un coup de poignard qu’il tenait caché, puis alla

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