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COMMENT LES GAULOIS IMMOLAIENT LES HOMMES

Les Gaulois pratiquaient diversement l’immolation des hommes, car ils n'en usaient pas qu’à l’occasion de la crainte qu'il arrivât quelque grand péril à quelques personnes particulières ou au public. César témoigne que les Gaulois immolaient ou ne voulaient immoler des hommes que lorsqu'ils étaient dans les batailles ou en quelques autres périls dangereux, et 1] y a un mémorable exemple de cette sorte de sacrifices dans les extrêmes périls au livre XX VI de Justin, qui remarque que, étant averti que le grand Antigonus venait vers eux pour les charger, voyant que les entrailles des bêtes qu'ils avaient sacrifiées les menaçaient d’un mauvais succès, massacrèrent toutes les personnes qui leur étaient les plus chères, comme leurs femmes, leurs enfants, et ce sacrifice ne leur fut pas plus favorable que le premier, car ils furent tous taillés en pièces, bien qu'ils eussent sacrifié une fois jusqu à onze mille personnes, comme le dit Cicéron qui, en son oraison pro Fronteio, à l’occasion de concussions ou voleries, détruit les témoignages des Gaulois qui déposaient contre lui, leur reprochant entre autres choses de ne pouvoir rien estimer saint et religieux, eux qui, saisis de quelques craintes, croient que, pour apaiser les dieux, ils doivent rendre leurs autels et leurs temples funestes par les hosties humaines qu’ils y sacrifiaient. Il ajoute que personne n'ignore que, lorsqu'il parlait, ils conservaient encore cette cruelle et barbare coutume de sacrifier des hommes. On peut dire que ces sacrifices étaient fondés en vue de l'utilité publique, 1l s’en voit des exemples partout, même dans les livres sacrés, et principalement au livre IT qui a été cité, car c'était une coutume, dans les grandes calamités, de crainte que tout le peuple ne périsse, que ceux qui gouvernaient les villes et qui étaient les principaux magistrats des républiques, fassent faire des sacrifices d'animaux, et même d'hommes, pour apaiser la colère des dieux et pour acquérir leurs bonnes grâces, n'exceptant pas même leurs plus Chers enfants, qu'ils sacrifiaient à l'exemple du roi des Moabites qui, étant assiégé dans sa ville par le roi d'Israël, sacrifia son fils

ainé qui devait régner après lui. Porphyre attribue encore cette coutume aux Phéniciens et dit qu’elle était commune à tous les Grecs, et que les Gaulois en cela n'étaient pas plus blämables que les autres.

Je ne prétends pas réfuter ce reproche que Cicéron, poussé par la colère, adresse hors de propos aux Gaulois, ce qu'il dit servant seulement à témoigner que les Gaulois, de son temps, sacrifiaient encore des hommes. Une des raisons de ces sacrifices était qu’ils croyaient que pour sauver une àme 1l fallait offrir une autre âme, l’âme d’un homme pour celle d’un autre homme qui se trouvait en péril, la vie d'un homme pour la vie d’un autre homme, comme dit César, ainsi c'est une hostie d’âmes, animalis hostia, de laquelle parle Macrobe au livre [IT, chap. v, des Saturnales, et Arnobe, livre VIT; Asclépiade, dans Porphyre, livre IV, où 1l traite de l’illicite manducation des animaux. La loi de ces âmes offertes ou de ces hosties animales était de sacrifier aux dieux une âme pareille ou une meilleure pour l'âme de celui qu’ils voulaient tirer de péril. C'est selon cette loi que le poète Virgile, au V° livre de son Enéide, lorsqu'il rapporte qu’Entellus immole un bœuf au lieu de Dare qu’il avait vaincu au combat qu'Énée fit faire en Sicile en mémoire d’Anchise, son père, « hanc tibi erit meliorem animam pro morte Dareto persolvo », car il dit meliorem animam, non pas vraiment que l’âme d’un bœuf fût meilleure que celle d'un homme, mais par manière de dire, afin qu'il parût qu'il observait la loi, comme on avait accoutumé de faire aux sacrifices où l’on substituait d'ordinaire par dissimulation une chose pour une autre. Les Druides n’usaient point de semblables feintes, car pour l'âme d’un homme ils immolaient sans feinte un autre homme. Ovide, au VI livre des Fastes, représente le sacrifice d’une truie de deux ans immolée pour un enfant de pareil âge dont 1l estimait lâme meilleure que celle de cet animal « hanc animam vobis pro meliore damus ».

En second lieu les Druides sacrifiaient pour prédire les choses à venir, ce qui est remarqué par Strabon, livre IV, et par Diodore de Sicile. |

En troisième ils faisaient des figures ou des colosses d’osier

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