ORIGINE DES CHARTRAINS
On ne peut être renseigné sur l’antiquité des peuples de la Gaule que par les auteurs qui en ont parlé; or en ce qui concerne Porigine des Chartrains il est bien difficile d’être documenté avec précision, puisque, comme les autres anciens peuples des Gaules, ils faisaient profession de ne point écrire. Nous sommes obligés, pour la recherche des antiquités de la ville de Chartres, du pays chartrain et des peuples qui l'ont habité, d’avoir recours aux écrits non seulement des peuples voisins, mais des peuples étrangers les plus éloignés, et même de leurs ennemis.
Jules César écrit que les Gaulois, parmi lesquels les Chartrains, tirent leur origine de Dis ou de Pluton, comme le disent les Druides, et que, à cause de cela, ils mesurent le temps par le nombre des nuits et non par celui des jours, mais cette raison n’est pas de grande importance, les Gaulois, en ce temps-là, suivant l’ordre de la Nature et la coutume des Hébreux. Moïse dans la Genèse dit, en parlant du jour, qu'il a été fait du soir et du matin, donnant à entendre par cette facon de parler que la nuit a précédé le jour. Il reste encore parmi le peuple une réminiscence
de cette manière de marquer le temps quand il emploie l’expression
de anuit pour dire aujourd’hui. Les Druides, au témoignage de Pline (livre XVII, chap. dern.) se basaient sur le cours de la lune et non sur celui du soleil.
C’est une utopie de dire que les Gaulois sont nés ou ont été créés dans le pays et lui ont donné son nom, car nous devons croire qu Adam a été le premier homme créé par Dieu, que tous les hommes sont venus de lui, et aussi que tous les hommes, à cause de leurs péchés, furent submergés et périrent lors du déluge à l'exception de Noé et de sa famille qui furent conservés dans Parche que Dieu lui avait donné ordre de bâtir. Les trois fils de Noé, après la grande entreprise de la tour de Babel et la confusion des langues, se partagèrent, chacun selon sa langue, les îles de Ja terre, c’est-à-dire toutes les parties du monde, dans lesquelles leurs familles se répandirent et furent ainsi les auteurs de toutes les nations. Dans ce partage l’Europe échut à Japhet, troisième fils de Noé, et Gomer, fils aîné de Japhet, vint par l’océan armorique, autrement mer de Bretagne, aborder aux côtes de cette province dans laquelle 1l s’établit. Sa descendance multipliée s’avança peu à peu dans le continent et donna au pays qu’elle occupa le nom de Gaules, et enfin parvenue vers le milieu de ce pays celtique et ayant trouvé un lieu propre à se loger, une ville y fut bâtie et nommée Carnutum et ses habitants Carnutes.
Cette opinion se trouve confirmée par le passage de ses Commentaires dans lequel César dit que la discipline des Druides vient de Bretagne, ce que l’on doit entendre Armorique et non Angleterre, où les Gaulois envoyaient leurs enfants pour y puiser, comme dans sa source, la doctrine de ses philosophes.
Une autre preuve des origines bretonnes des Chartrains résulte de leur très grande union avec les Bretons. Du jour où les Bretons eurent donné pour otages à César les côtes situées aux extrémités. de la Gaule et les plus proches de la mer armorique, excités par l'autorité et l’exemple de ce peuple belliqueux, les Chartrains, qui n'avaient jamais voulu entrer à composition, $e soumirent aux ordres que leur donna Fabius qui, en qualité de lieutenant de César, conduisait les légions.
ORIGINE DES CHARTRAINS 11
L'ancien poète qui a traduit en vers français au temps de saint Louis, vers 1262, le poème latin des Miracles de la Vierge, donne pour marque de cette union des Chartrains avec les Bretons leur possession dans Chartres d’une place enclose dans les fossés de Sainte-Foy et une rue, dont ils avaient la garde, appelée la Bretonnerie.
Rouillard prétend que les premiers logements qu’occupèrent les Gomérites venus de Bretagne à Chartres furent des grottes, des cavernes et des caves qu'ils creusèrent dans la pente de la montagne qui regarde le soleil levant, au haut de laquelle était le bocage sacré qui servait de temple aux Chartrains et où les Druides accomplissaient leurs cérémonies et remplissaient les autres exercices de leur religion.
Nous parlerons ailleurs du bois sacré et de la religion des Druides, mais 1l y a bien peu d'apparence que les Gomérites venus de Bretagne s'établir à Chartres se soient logés ainsi dans des grottes ou cavernes, il en aurait fallu d’ailleurs une très grande quantité pour un peuple entier qui quittait un pays pour en venir habiter un autre, or il n’en reste aucun vestige. Les grottes qui existent sous l’église de Chartres, pour la plus grande partie ne remontant vraisemblablement qu’à l’époque de sa construction, n'auraient pas été capables de loger tant de monde, et s'il y en eut de plus anciennes elles devaient être de peu d’espace comme celles où les premiers prédicateurs de la foi en la ville de Chartres ont été tués et qu'on appelle encore les Bas-lieux ou lieux des Saints- Forts.
Le territoire des environs de Chartres n’est guère propre à faire des grottes, et celles qu’on y rencontre ne sont que des carrières de pierre ou de marne qui ne portent aucune marque d’antiquité.