LE TEMPLE PRIMITIF
servatoire, grâce à son orientation, ou bien à quelque instrument qu’elle pouvait avoir contenu.
La question en était là, quand elle me fut proposée. Je ne voulus pas entreprendre une fouille et risquer un échec avant d’être à peu près sûr de trouver un monument très-ancien, et d'en avoir déterminé la place. Je rencontrai deux textes, l’un attribué à Homère % l’autre de Virgile 1 2, qui mettent sur le Cyntlie un sanctuaire antique d’Apollon. C’est dans ce sanctuaire qu’avait résidé l’oracle primitif du dieu. Mais restait-il des traces de l'édifice et en retrouverait-on l’emplacement exact ? Ce problème a été résolu en commun par M.Burnouf et par moi. Nous connaissions déjà l'existence du temple d’Apollon, situé sur le bord de la mer : il s’agissait pour nous d’en trouver un second, plus ancien, dans la montagne. Nous avons lu quelques descriptions de l'île ; nous avons étudié les planches de l'expédition française ; et cet examen nous a fait penser que l’édifice cherché existait encore. Sur le flanc du Cynthe, dix énormes dalles de granit formaient une sorte de voûte appelée « porte de pierre » ou «antre du dragon ». Si ce n’était pas un réservoir, comme le pensait Ross, et avec Ross l'érudition allemande, c’était la caverne du soleil, c’était le toit de l'oracle d’Apollon. Notre siège était donc fait d’avance ; M. Burnouf m’avait donné la première idée; je l'avais précisée, et notre découverte allait être le fruit d’efforts communs et d'une entente complète.
1 Hymn. hou. à Ap. dél éd. Baumeister, Teubner, Leipsig, 1860, 15-18 et 79-81.
8 Virg., Æneid III, 84 et suiv.
DELOS
Déjà cette voûte avait attiré l'attention de nombreux voyageurs. De quel monument avait-elle fait partie? Suivant Leake *, la porte de pierre était l'entrée d’un trésor; M. Benoist1 2 et, après lui, M. Lacroix y voyaient plutôt le toit d’un adyton, et\M. Terrier y plaçait3 un sanctuaire ancien. Un rédacteur de Y « Expédition de Morée » , la soupçonnant d'être un ïm&ov , trouvait un moyen ingénieux d'indiquer son opinion sans se compromettre : il faisait dessiner une vignette 4 représentant la caverne, et, à l’entrée, Latone avec ses deux enfants. On avait approché de la vérité ; mais l’érudition tout-àfait moderne s’en éloignait complètement. Elle prenait cette porte de pierre, soit pour une galerie de forteresse,, comme celle de Tirynthe, soit plutôt, avec Ross s, pour un réservoir.
Je ne conterai pas ici l'histoire de mes espérances et de mes fatigues ; cela n'importe guère à la science. Les difficultés matérielles, peu considérables du reste, qui m'ont souvent retardé, ne l'intéressent pas davantage0.
1 Leake, Travels in northern Gr ., t. III, p. 101.
2 Benoist, Archives des missions scientifiques et littér ., t. II, p. 386.
J Terrier, Mém. inéd.
4 Expéd, de Morée, in-4°, t. I, (relation) in fine.
3 Ross, Griech . Inseln ., I, p. 31 et suiv.
6 J’ai été soutenu, encouragé dans cette tâche, par le gou-