HISTOIRE DE LA FOUILLE
une petite plaine cultivée, bornée par le péribole du temple de Sérapis, par les premiers édifices de la ville, l’escarpement de la montagne et les bases des deux voies sacrées munies d’escaliers qui la franchissent.
Une étude topographique attentive devait donc faire penser que la caverne était un temple entouré d'un téménos, continué par un escalier, une voie, et peut-être un terrain sacPé.
§ IV. Histoire de la fouille 'pendant les premiers jours
Les objets déblayés pendant les premiers jours des fouilles n’étaient pas tous à la place qu’ils occupèrent autrefois ; ils méritent donc une étude spéciale.
J’ai commencé par découvrir la base du bassin de marbre. Plusieurs blocs de granit qui Pavaient supporté manquaient, mais il en restait assez à leur place pour qu’on n'eût aucun doute sur la forme circulaire de cette base. Ces blocs reposaient sur le sol durci; ils n’étaient liés ni entre eux ni au sol par aucun ciment.
Je fis mener ensuite une tranchée depuis cet appareil Jusqu a la grotte, en remontant, et attaquer en même
pie ce monument en pierre. Il est assez grand. Est-ce le temple d’Anios ? de l’Apollon des Déliens ? Etait-ce un monument consacré aux anciens TOpçepssç ou bien aux serviteurs plus modernes d’Apollon et de son oracle? Dès l’époque homérique, le culte était desservi par des îepek et des [xavxeg qui avaient, comme Maron (Od., IX, 200), leurs demeures près des temples. Plus tard, Apollon eut ses corporations d’ôaioi. Nous ne savons pas comment l’oracle d’Apollon était desservi, mais j’incline fort à penser que le monument le plus rapproché dit sien était en rapport avec son culte.
DELOS
temps le fond de l’édifice. La fouille a mis au jour* sous le cinquième arc du toit, un degré formé par quatre blocs de marbre, reposant à plat sur le sol un peu durci. Il doit avoir été mis à cette place parla main des hommes, après que le temple eut été comblé. J’ai trouvé près de cette marche : 1° le tambour en marbre d’une colonne dorique, cannelé à l’une de ses extrémités ; 2° un débris d’une statue en marbre de Paros : c’est un tronc d’arbre couvert d’une peau de lion l.
1 Ce morceau de marbre, très-enfoncé dans la caverne, peut lui avoir appartenu. J’y verrais difficilement le support d’une statue d’Apollon, auquel le lion n’était pas consacré, à moins que le dieu, dans la caverne du Cynthe, n’ait conservé les attributs d’Hélios, qui l’y a précédé, ou de Pan, qui lui apprit l’art de la prophétie. Il est possible aussi qu’Hercule ou Dionysos aient habité avec Apollon dans cet adyton. Nous trouvons à Délos, dans un gymnase, Hercule associé avec Mercure (Cf. mes inscr. n° 23). Cette anomalie, des plus rares, nous autorise à en supposer une autre. Dionysos, lui aussi, peut avoir été placé dans l’adyton d’Apollon, à Délos. A Delphes, en effet, il était adoré l’hiver au lieu d’Apollon (Plut., Quæst. gr ., 12, de Iside et Osiride, 36; de ei ap.Delphos, 9), et les cultes d’Apollon Delphien et Délien ont entre eux des ressemblances nombreuses et frappantes. (Yid. infr. passim.) Apollon Delphien émigrait l’hiver chez les Hyperhoréens, et l’on chantait alors des dithyrambes dans son temple, où Dionysos le remplaçait; nous savons qu’Apollon Délien passait l’hiver à Patare, ne revoyait son temple qu’au printemps, et enfin que des dithyrambes furent chantés à Délos. (Cf. notre préambule, art. Simonide.) Du reste les Orphiques et Euripide semblent avoir fait d’Apollon et de Dionysos un seul et même dieu, et Macrohe les identifie avec le soleil à la marche tantôt apparente, tantôt invisible et secrète. (Cf. Lenormant et de Witte, Monum. céramogr., I, p. 148; II. p. 17, 18; p. 106 et suiv.) Si l’on en croit un mythographe latin, d’une valeur, il est vrai, contestable, le soleil, Apollon et Bacchus ne seraient qu’un seul dieu, le soleil
DESCRIPTION DU TEMPLE
Au-dessous de ces fragments, un énorme bloc de granit occupait le centre de la caverne. Protégées par cette masse, les antiquités que nous avons trouvées ensuite ne me semblent pas avoir été déplacées à l’époque moderne.
En même temps nous dégagions la porte d’entrée et les murs en appareil irrégulier dans lesquels elle est percée1.
§ Y. Description du temple.
Les objets que nous avons trouvés ensuite ont appartenu au temple ; ils étaient presque tous à l’endroit qu’ils occupaient le lendemain de sa destruction. Il est donc inutile de poursuivre l’histoire de ces fouilles, et nous pouvons les supposer achevées. La terre qui remplissait l’adyton et le téménos a été transportée à une assez grande distance, loin de tout débris antique, sur les flancs du Cynthe; les blocs de granit qui jonchaient le sol, ont été roulés sur la petite plate-forme où la voie sacrée vient aboutir, au pied de l’escalier. Voici maintenant les dimensions et l’économie du temple.
Depuis le sommet du toit jusqu’au sol, il a 5 m. 78 de
dans le ciel,Bacchus sur la terre, Apollon dans les enfers « unde et adytaei consecramus ». [Ed. Vatic ., t. III, 1. 3, art. Apoll. § 16.) Nous trouvons un adyton consacré au soleil et à Apollon: pourquoi n’aurait-il pas été habité par Dionysos ? Malheureusement les preuves directes que nous avons entre les mains ne nous permettent pas de conclure. Bacchus eut un temple à Délos et son nom est mêlé à la légende des Œnotropes, filles d’Anios, prêtre d’Apollon. (Cf. C. I. Gr., 2270 et infra, Mythol.)
1 Voir les planches.
DÉLOS
hauteur ; sa longueur est de 5 m. 20. Le fond (2m. 30)., est fermé par le flanc naturel de la montagne ; on n'y voit aucune trace de travail humain. Cependant une construction s’y serait appuyée, que nous ne poumons le savoir, tant ce granit est dégradé par les eaux. Il s’émiette sous la pioche. Il ne ferme qu’àdemi la grotte et ne La jamais fermée complètement. Le toit n’a jamais eu plus de cinq couples de pierres, et l’arcade que forment ces pierres, soit à l’entrée, soit au fond du temple, a toujours été à ciel ouvert. Le matin, au mois de mai, le soleil rasant la croupe du Cynthe, un peu au nord du sommet principal, pénètre assez obliquement par l’ouverture de la grotte, qu'il traverse, vers sept heures et demie, dans toute sa longueur.
L’entrée du temple (4 m. 90) regarde l'occident. Elle est garnie de deux murs séparés par une porte. S’appuyant à angle droit contre les parois du ravin, qui vont en s’évasant, ils donnent au sanctuaire la forme d’un losange, dont un angle est tourné vers le téménos. Cette disposition agrandit la superficie de l’édifice.
A l’intérieur du temple, ces murs sont à peu près dégrossis, et disposés par assises légèrement obliques. En dehors, les saillants des blocs n'ont pas été abattus et forment ainsi des angles sortants, grâce auxquels les pierres s’emboîtaient les unes dans les autres, sans chaux ni ciment. Plusieurs de ces pierres étaient écroulées quand nous avons déblayé les murs, qui aujourd’hui ont environ 1 m. 20 d’épaisseur. Ils ne se sont pas élevés tout-à-fait jusqu'à la base du toit. Ils étaient cependant un peu plus hauts qu’à présent. (H. maximum actuelle, 2 m. 70.)
DESCRIPTION DU TEMPLE
La porte (1 m. 12 de large) est munie de montants en marbre (Qm. 18 d'épaisseur). Ils ne datent pas delà construction des murs, et leur partie supérieure ne s’y adapte pas exactement. Le seuil est demeuré, le linteau a disparu. Laporte qu’ils soutenaient allait en diminuant un peu de bas en haut.
Dans le temple, assez près du fond, un bloc de granit est posé sur le sol et calé d'un côté par une dalle. Son plus grand axe mesure 1 m. 65; le plus petit est de 0 m. 90 % sa hauteur de 0 m. 73. Il n'est pas en proportion avec le temple, surtout en largeur1 2. Ce bloc porte, à sa partie supérieure, une entaille peu profonde, de forme ovale 3 ; et sur cette entaille repose, étayée par des coins de plomb, la base d'une statue. La plupart de ces coins, n'adhéraient qu'à peine au granit; et la base, en marbre de Paros, très-peu épaisse, n’y est pas scellée. A l’époque ancienne^ la statue pouvait donc facilement être enlevée et remplacée sans que l’on touchât à son grossier piédestal. Plus tard, quand elle fut brisée, il suffisait, pour prendre ces coins de plomb, de soulever le marbre, et c'était très-facile. Or, on sait avec quelle
1 J’aurais voulu le déplacer; mais je ne pouvais le faire rouler à l’aide de leviers, sans le dégrader, et il m’eût été fort difficile d’installer un cric dans le tèmple. Il était absolument nécessaire que le bloc fût remis à la place qu’il a occupée de toute antiquité. Si donc on a quelque jour la curiosité de le soulever, il faudra employer des instruments puissants et d’une précision mathématique.
* Yoici les autres mesures : distance de la pierre à la porte d’entrée, 3m; au fond delà grotte, 1nM5; au côté sud, 0“ 45; au côté nord, 1 m 1 5.
3 0m 07 environ.
DÉLOS
avidité on arrachait, pendant le moyen-âge, aux monuments antiques leurs scellements et tous leurs métaux. Ces morceaux de plomb, si faciles à prendre, ont été respectés. Cela prouve que ce piédestal de granit et ce fragment de marbre étaient enfouis avant l’époque où les paysans et les navigateurs ont commencé à piller Délos. Cette base a été préservée par un énorme bloc tombé dans la caverne, et qui a dû, en s’écroulant, renverser et briser la statue.
Il ne reste de la statue, à la place qu’elle occupait, que le pied gauche, cassé au-dessus de la cheville, l’extrémité des doigts du pied droit, et un morceau du support qui maintenait son talon à quelques centimètres au-dessus du sol. Au-delà du pied gauche, la base en marbre a disparu. Comme la statue était penchée vers la gauche, j’ai pensé qu’elle aurait pu s’appuyer sur l’arbre couvert d’une peau de lion, trouvé d’abord. Il ne s’adapte pas exactement au creux entaillé dans le granit.
Le pied de la statue était d’un très-beau travail ; on en peut juger facilement, bien qu’il soit assez dégradé. Tout autour du piédestal, nous avons trouvé des fragments nombreux : un morceau de bras, de jambe, toute une moitié de l’épaule et du dos. Ces débris sont bien mutilés, pas assez cependant pour nous empêcher de reconnaître à cette statue les formes élégantes d’un dieu adolescent. Le bras gauche s’écartait brusquement du torse ; le corps est nu et les pieds ne portent pas de sandales. Le mouvement du corps, que nous pouvons deviner, et la manière dont sont traités les morceaux les mieux conservés, nous prouvent que cette statue était
DESCRIPTION DU TEMPLE
fort belle, d'une bonne époque, et d'une forme nullement archaïque. Le dieu était plus grand que nature ; il avait au moins deux mètres de haut.
Devant le bloc informe qui supportait la statue, à
I mètre environ, deux beaux fragments en marbre de Paros étaient debout l’un près de l'autre. C'étaient les supports d’une table ou console sacrée. Ils sont trèsusés ; ils nous semblent cependant s’être terminés à la partie inférieure par une patte d’animal.
Près de ces supports, j’ai ramassé deux griffes de lion beaucoup trop grandes pour leur avoir appartenu. Un énorme lion en marbre gardait-il l’entrée du temple?
II y aurait été difficilement contenu ; et, brisé, il l’aurait empli de ses fragments. Or, à part quelques petits morceaux de marbre informes et insignifiants, je n’ai plus rien trouvé.
Le sol artificiel de la grotte n'a pas été pavé. Sa hauteur est indiquée par la dalle qui supporte la grosse pierre centrale, et par le niveau du seuil. Au-dessous, presque immédiatement, on atteint le granit. Il est sillonné de nombreuses rigoles naturelles.
Quatre pierres calcaires, blanches, très -dures, ont été posées, à quelque distance l’une de l’autre, contre l’angle S. O. du temple ; leur extrémité supérieure touchait au sol artificiel. Il y en avait d'autres qui ont été déplacées.
Sous ces pierres, le granit forme une petite cavité 1 remplie de charbons. Réduits par l’humidité et le temps,
1 Mesure de cette dépression : 1 m 70 long., 1 m 33 larg., 0m55 dans la plus grande profondeur.
DÉLOS
ils étaient stratifiés en couches très-denses, mélangées de fragments de poteries. Ces débris ont été enfouis depuis un temps fort long. En général, ils ne portaient aucun ornement, sauf quelques anses en terre rougeâtre, de fabrique Thasienne ou Cnidienne i, qui ont reçu des empreintes presque toutes effacées. Sur Tune d'elles cependant, on distingue une proue, et sur une autre, mieux conservée, les lettres K P O. Des charbons et des fragments de vases ont été aussi enfouis dans l'angle du mur d’entrée n. o., où l’on a pratiqué une petite cavité qui ne traverse pas la muraille.
A droite de la statue, une ravine que surplombe un des coins du piédestal, se creuse profondément2. Elle était remplie de sable et d'eau. J’en ai aussi extrait des morceaux d’urnes en assez petit nombre, plus épais et plus grossiers que les autres débris de vases trouvés dans le temple. Pas de charbons. Plusieurs fragments de la statue étaient tombés au fond : lorsque le sanctuaire fut détruit, cette ravine était donc béante.
Elle était à moitié pleine d’eau quand j e l'ai déblayée. Cette eau venait d'une petite source qui suinte du côté opposé de la caverne, et qui avait rempli toutes les cavités du sol. Elle se desséchait quand j’ai quitté l’île ; mais elle doit toujours, pendant l’hiver et les pluies, laisser filtrer quelques gouttes. Peut-être fut-elle plus
1 Cf. Alb. Dumont, Inscriptions céramiques de Grèce , pl. III et pl. XIII, fig. 23. [Archives des missions scientifiques , série ii, t. VI, 1871.)
! Elle occupe presque toute la largeur de la grotte du côté nord. Le fond, en pente rapide, descend de l’est à l’ouest. Sa plus grande profondeur est de 2m 65, sa largeur d’environ 1m.
DESCRIPTION DU TÉMÉNOS
abondante autrefois, lorsque le Cynthe n’était pas toutà-fait dénudé. Cette eau, du reste, n^avait pas d’écoulement hors de la grotte. Aucune rigole n'est percée ni à travers les murs, ni contre le seuil de la porte ; et l’eau qui serait sortie, après avoir inondé le téménos, n'aurait pu descendre que par l'escalier et la voie sacrée h
§ VI. Description du téménos.
Hors de la caverne, j’ai partout atteint le sol ancien ou le granit. Peut-être une couche de terre de Dm. 20 au plus le recouvrait-elle autrefois. Outre le bassin circulaire, voici quels débris il supportait :
A gauche, en sortant de la caverne, plusieurs dalles rangées avec symétrie, perpendiculairement aux parois du ravin. Entre ces pierres, surtout du côté de la caverne, était enfouie une grande quantité de charbons et de poteries. Deux anses portent des estampilles : une tête de bœuf, une tête de cheval. Èai aussi recueilli d’autres empreintes, très-effacées. Dans le granit aplani du sol, entre le bassin de marbre et la base du temple, un trou, dont l’orifice est carré1 2, était plein de cendres et de charbons parmi lesquels j’ai recueilli quelques
1 C’est une des nombreuses raisons qui nous ont fait repousser l’hypothèse du savant archéologue M. Ussing. Il pensait que ce temple avait été consacré « au dieu Inopos. » Or aucun ruisseau n’a pu sortir delà caverne; et, du reste, l’Inopos est ou bien une source fort éloignée de la caverne, ou bien un ravin alimenté parfois par des marais sur lesquels la caverne n’a, pas vue.
2 Voir les planches.
DÉLOS
menus fragments d’os calcinés et de vases anciens en silex. Ces débris, ainsi que les anses avec estampilles, m'ont prouvé que ces charbons provenaient de sacrifices accomplis par les Grecs anciens et n'étaient pas les restes de repas plus modernes. Quand le péribole fut abandonné, on a donc laissé la terre le recouvrir lentement. Il est difficile de savoir quels sacrifices se firent dans cette enceinte : elle était, il me semble, trop petite pour qu’on y pût amener des taureaux.
D’autres charbons étaient enfouis dans presque tous les recoins du téménos ; dans la petite enceinte rectangulaire qu’il forme au nord, et sous une grande dalle en marbre.
Cette dalle était couchée contre le mur septentrional
de la caverne h Elle est un peu plus large d’un côté que
de l’autre. Le plus petit côté porte à sa partie antérieure deux morceaux de plomb qui devaient le souder à quelque autre appareil1 2. Dans le sens de la longueur, il n'y a trace ni de gonds ni de charnières ; ce n’est donc pas la porte du temple. Creuse en dessous et mal dégrossie, polie en dessus et un peu bombée, cette plaque ressemble tout-à-fait au couvercle d’un tombeau. Cette hypothèse expliquerait la position des scellements en plomb et la présence de nombreux fragments de marbre, rongés par l'humidité, épars à l’entour 3.
1 Voir le plan.
* Long. 2m60; larg. max. 1m04; épaisseur 0m20.
3 La présence d’un grand tombeau tout auprès d'un adyton n’a rien d’invraisemblable. Quatre des six vierges hyperboréennes dont les noms sont parvenus jusqu’à nous, étaient
DESCRIPTION DU TÉMENOS
En outre, le téménos était couvert de petites dalles de pierre, qui marquent peut-être la place d’autels ou de constructions maintenant détruites. Sur trois de ces dalles, des cubes de marbre 1 ont été mis d'aplomb sans ciment. On n'admettra pas qu’un triple hasard ait ainsi disposé ces trois cubes 2.
Près du mur de soutènement, entre le bassin de marbre et la petite enceinte rectangulaire, un espace assez étroit était semé d’éclats de marbre et de pierre. C'était, sans doute, l’emplacement où l’on dégrossissait les statues et les plaques destinées à l'édifice.
Mentionnons enfin, pour ne rien oublier, près du mur
ensevelies à Délos, près de rArtémisium (Y. Supra). Beaucoup de sanctuaires prophétiques renferment la dépouille des dieux qu’ Apollon a supplantés ou vaincus. A Delphes, le serpent Python, antique gardien de l’oracle et prophète lui-même, est représenté soit vivant, sous le trépied, soit mort, dans la cortina. A Delphes encore, Bacchus repose sous l’omphalos. (Le normant et de Witte , Monum. ceramogr., t. II, p. 106). La sibylle, cet autre symbole des antiques divinations, mourait aussi dans les temples où le dieu nouveau l’avait remplacée. On montre son tombeau dans le temple-oracle de Lilybée (Alexandre, Orac. sib. éd. Didot, 1856, t. II, p. 71 et suiv.) et dans le bois d’Apollon Sminthien (Paus., X, 12, 3). Apollon fut lui-même enseveli sous le trépied delphique. (Porphyr., vit. Pythag., 16. — Cyrill., adv. Julian .,X, p. 341, 342.) Le corps d’Hyacinthe, tué par mégarde, se trouve à Amyclées (Paus., III, 19, 3) sous la base de la statue d’Apollon. La plupart des vieux temples prophétiques de la Grèce protégeaient des tombeaux.
3 On voit sur un vase Apollon et Diane assis, à Délos, sur des cubes fort petits. Cf. Lenormant et de Witte, Ceramogr., t. II, pl. lx. Nos cubes de marbre étaient peut-être des pierres sacrées. Mais, je n’attache pas une grande importance à cette hypothèse.
DÉLOS
sud de la caverne, quelques fragments d’une petite statue, et, près du bassin en marbre, des monnaies athéniennes, des fils, des clous en cuivre 1 .
§ VIL Etude raisonnée de V édifice. — Le toit et les murs du temple. — Disposition générale. — Caverne pélas gigue.
Nous avons examiné la caverne sans parti pris, sans invoquer un texte. Quelques hypothèses que nous avons hasardées, reposent, il est vrai, sur la conviction que ce monument est un sanctuaire prophétique; mais considérées par nous comme incertaines, et rejetées dans les notes, elles n'aideront en rien à la justification de nos théories.
On nous accordera sans difficulté que ce monument est un temple. Son toit énorme, avec les blocs qui l’écrasent à dessein, lui donne l'aspect d'une caverne. On ne peut le comparer à rien en Grèce ; les voûtes de Tirynthe , qui y ressemblent le plus, sont formées aussi de quartiers de roche qui s'arc-boutent deux à deux; mais ces quartiers n'étant pas destinés à être vus de loin, sont à peine ajustés, et une épaisse couche de terre les recouvre.
Le toit de la caverne est d'un art tout-à-fait primitif,
1 J’ai dégagé aussi une petite pierre ovale (0m 60) piquée et striée, qui a servi de pressoir. Je la crois ancienne. J’en ai vu de pareilles, quoique un peu plus grosses, près de ruines grecques, à Ægosthènes et à Greüsis.
GAYERNE PÉLASGIQUE
trop grossier pour appartenir à aucune architecture, et indiquer la civilisation d’aucun peuple4.
Les deux murs qui forment le temple, moins nécessaires que le toit à son économie, semblent avoir été ajoutés après coup. Les édifices du mont Ocha et de Stoura, en Eubée, signalés et décrits pour la première fois par M. J. Girard, ont aussi des murs à peu près dégrossis à l’intérieur, dont les pierres forment en dehors des angles saillants et s'emboîtent les unes dans les autres sans grande précision 2.
Le plus considérable de ces monuments était probablement consacré à Héra ; l'autre, celui de Stoura, qui se compose de trois édicules, et qui s’appelle « la maison du Dragon, » a peut être appartenu au culte d’Apollon ou de Latone. Quoi qu’il en soit de cette dernière hypothèse, ces temples de l’Eubée sont de l’époque primitive; à Délos, les murs extérieurs de la caverne accusent le même âge, et le toit paraît encore plus ancien.
1 Suivant M. Adler, qui a vu dans la a, Retue de V architecture* les planches que nous publions ici, l’appareil de ce temple se rapproche de celui des constructions égyptiennes. Par sa structure et même par quelques détails de son orientation, il ressemble plutôt à certains monuments celtiques. Mais il faut laisser aux savants spéciaux le soin de chercher quels rap prochements plus ou moins fortuits peuvent se faire entre ce vieux temple grec et d’autres sanctuaires également primitifs. Nous ne sortirons donc pas de la Grèce, et nous ne remonterons ni aux Egyptiens, ni aux Aryens à l’aide des Celtes. Disons seulement que, s’il existe des sanctuaires analogues à la caverne du Cynthe, c’est en Asie-Mineure et en Phénicie qu’il faudra surtout les chercher.
2 J. Girard, Mémoires sur Vile d'Eulée , Arch. des missions scient, et littér., t. II, p. 711 et suiv.
DÉLOS
Les théories de l'érudition contemporaine sur les sanctuaires dits pélasgiques sont confirmées par l'examen de cette caverne. En effet, nous lisons1 que l’on attribue auxPélasges2 les constructions en appareil énorme et irrégulier, aux blocs taillés grossièrement, aux joints remplis par de plus petites pierres. Les temples des Pélasges semblent avoir été d'abord soit des TE/xévyj « d’où l’on pouvait observer le ciel, » soit des bois ou des cavernes que le dieu habitait 3. Il fallait sans doute à ces adorateurs de la nature4 des espaces découverts d'où le ciel pût être contemplé librement, ou des places mystérieuses que l’œil pénètre mal et qui peuvent réceler un maître présent quoique invisible. L’enfant, l’homme primitif en a peur et y croit.
Sur ces espaces consacrés, ou bien dans ces cavernes, des autels fort simples se sont d’abord élevés, et petit à petit le grossier sanctuaire s'est embelli. D’après M. Alfred Maury5, ces progrès furent lents, et les temples n’étaient guère plus ornés à l'époque de la guerre de Troie qu’aux âges tout-à-fait primitifs. Alors « un toit
1 Alf. Maury, op. cit.y t. I, p. 14 et suiv.
8 Nous n’avons pas à chercher ici quels furent ces Pélasges; mais on peut appeler de ce nom les plus anciennes tribus qui ont commencé à civiliser la Grèce. Hérodot. VII, 95. Les insulaires étaient Pélasges, puis furent appelés Ioniens. Gf. Ernst Gurtius, dit louer , etc., Berlin, 1855, et Alf. Maury, op. cit. 1. 1, p. 37.
8 Alf. Maury, op. cit ., t. I,p. 173 et suiv., cite quelques-unes de ces cavernes.
4 PLAT., Cvatylt , XVI. 4>a£vovxa£ jjloi ol 7tptI>Tot tô>v nepl ttiv 'EX^dôa
toutouç (xovouç 0éou<; TjyeîaOat ouairep vüv tûv jâapêàpuv, ■rç'Xiov xa\
asVrîVTjv xal yry xod àaxpa xal oùpàvov.
5 T. I, p. 309. — Cf. Terpstra, Ant. hom p. 14.