CAVERNE PÉLASGIQUE
» protecteur défendit l’autel contre les intempéries des » saisons. C'est à un autel ainsi abrité que se réduisait » le naos primitif, par exemple les anciens temples » d'Athéné sur l’acropole d’Ilion, de Poséidon, chez les » Phéaciens, et d'Apollon, à Pergame. Ce dernier est un » vaste sanctuaire (péyrx. a&jrov), dont l’accès est re- » fusé aux profanes. Des portes fermèrent bientôt l'en- » trée de ces temples, afin d'empêcher le vulgaire d’y pé- » nétrer. Non-seulement un édifice était consacré aux’ » dieux, mais tout un terrain, tout un champ était placé » sous leur protection, leur était donné comme bien ; » c'était ce qu’on appelait le téménos, qui finit par » constituer l’enceinte, Trspi'êoXoç, du temple. » Cet autel, d’abord protégé par un toit, défendu plus tard par une porte d’entrée, entouré d’une enceinte1 interdite aux profanes, c'est exactement, et suivant la succession des époques, ce qui se rencontre dans le temple du Cynthe.
Il est à la fois temple et caverne, à moitié naturel, puisque c'est un ravin, et, du reste, artificiel. S'il faut accorder quelque confiance au témoignage d'Ovide, la caverne d’où sortit le dragon, tué par Cadmus, était formée aussi par une voûte artificielle 2. Antimaque 3 décrit l’antre du Teumesse, où Jupiter cacha Europe; et cet antre a été, comme celui du Cynthe, construit dans une
1 Ce péribole porte aussi le nom de Ilercos.
* Ovid., Métam ., III, 29, 30.
Est specus in medio, virgis ac vimine densus,
Efficiens humilem lapidum compagibus arcum, Uberibus fecundus aquis.
3 Steph. Byz., Teufrrçao'ç. — Antimach Fragmenta, p. 31. SCRIPTORUM GRÆCORUM BIBLIOTHECA, éd. Diçjot, t, VII, (HÉSIOD. in fine).
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montagne, à l’époque primitive. Jupiter, suivant Antimaque :
’Avrpoy iv t gkti vy 1 TEDpfoaro, xocppa x,&y £tV;
«bot'yixoç y-oupy] TtexevBfÂéva
Le mot Tsupfoato désigne clairement une construction artificielle.
Le fj.avzsiov de Delphes était aussi un temple et une caverne, ou antre artificiel 2 élevé par ia main des hommes ou plutôt par celle des dieux. Les héros Agamède et Trophonius, divinités primitives des oracles pélasgiques, l’ont édifié avec cinq grandes pierres 3.
Gomme cet antre, comme l’oracle du Teumesse, la caverne du Cynthe est. probablement « l’œuvre d’un dieu. » Constructeur de murs cyclopéens à Troie 4, Apollon éleva de sa main deux sanctuaires à Délos. L’un d’eux est l’autel de cornes5 ; l’autre, le plus ancien, si Ton en croit l’hymne homérique, est le temple-oracle. Quand l’île de Délos veut bien accueillir Latone, cette
1 ’Evl sxTiv^ i semble être une mauvaise leçon. — Meineke ad Euphor., 127, la remplace par èvt <rrfy. (Hésych., Sxta, aTcvo^wpta ri hdoxoTziix). Ce mot, expliqué par Hésychius, ne désigneraitil pas un ravin étroit à pans coupés ?
* "AvTpov, Strab.,IX, 419. — Specus, T. L., I, 56. — Caverna, Lucain, V. 135, 162, etc.
* Steph. Byz., art. ôelyol. — Paus., X, 3, 5.
k Avec Neptune. Il est intéressant de saisir en Troade une époque mythologique où ces dieux sont associés. D’ordinaire, sans être ennemis, ils se remplacent, et Neptune permet à Apollon de lui succéder.
5 Callim., B. à Ap ., 58 et suiv. Le dieu avait alors a quatre ans. »
CAVERNE PÉLASGrIQUE 75
déesse lui promet qu’ Apollon commencera par lui édifier un beau temple, et que ce temple sera un oracle \
Ev9a$s fjuv Trowrov 7ispt xotXkêx vr,ôv,
V£ptyevai avSp&nw %priGZYipLM <
Apollon construit ce temple (reu/w) comme Jupiter a construit Eantre du Teumesse (reuptwpiat) 1 2.
Quand nous saurons que le temple du Cyntheestun oracle 3, nous aurons tout lieu de croire que ce vieux sanctuaire cyclopéen est bien l’édifice construit par Apollon à Délos. Un monument auquel on prête une pareille origine est de la plus haute antiquité : on attribue volontiers aux dieux les œuvres que les hommes ne se souviennent plus d’avoir accomplies.
Toutes ces observations nous prouvent que le temple du Cynthe est fort ancien, sans nous permettre d’en fixer la date, sans nous révéler les noms de ses premiers adorateurs. Peut-être fut-il Eoeuvre des Gariens, confondus parfois avec les Pélasges. Ils ont séjourné à Délos 4; ils ont généralement précédé les Ioniens sur les rivages de la mer Egée, et dans quelques villes où le culte d’Apollon devint ensuite très-célèbre 5: ils construisaient volontiers leurs édifices loin de la mer, sur les collines 6.
1 Hymn. hom. àAp. Del., 80.
5 Teu^wfxai est un dérivé poétique de
8 Voir infr., p. 93 et suiv.
4 Thucyd., I, 8.
5 Ils s’établirent à Tralles, à Colophon, à Claros, à Milet.
6 Alf. Maury, 1. 1, p. 27.
DÉLOS
| VIII. Exposition et orientation . — Caverne astronomique du soleil.
Le sanctuaire du Cynthe, adossé au flanc de la montagne, dominé par un sommet abrupt, voit la plaine et le ravin qui la traverse en serpentant. Plusieurs temples anciens, l’oracle de Tégyre 1 , la caverne d'Ilithye en Crète 2, et le temple de Delphes, qui domine le Pleistos, s'ouvrent ainsi dans une montagne, au-dessus d'un cours d'eau. Peut-être le hasard seul n’a-t-il pas amené le choix de ces expositions. En outre, ce temple regarde l'occident . Il est certain que cette orientation a été choisie exprès. Les plus anciens temples grecs s'ouvraient à l'ouest 3. Lorsque Apollon arriva au pied du Parnasse, il choisit, pour établir son oracle, « une pente tournée vers le zéphyr, » le vent d'ouest 4.
Le fond du temple n’est pas fermé. Le toit n’a jamais eu plus des dix pierres que nous lui voyons aujourd'hui, et ne s’est jamais adapté au flanc opposé du Cynthe. Le
1 Plut., de Defectu orac., 5. — Vit. Pelop ., 16.
* Od., T. 188.
1 Clem. Alex., Strom., VII, 724, éd. Paris. Les plus anciens temples, toc iroOvocîTocxoc xcôv tepwv, regardaient l’occident. — Hygin, De agror. limit.constit ., lib.I «Antiqui architecti in occidentem templa spectare recte scripserunt. » Plus tard, quand les tem pies des grands dieux s’ouvrirent à l’orient, les statues restèrent souvent tournées vers l’occident (Vitruv., IV, 5).
4 Hymm. h. à Ap. pyth., 105 : Kvtjjji&v orpè; Zécpupov xexpafi|A£VOv etc. Kvri|xdç est exactement « la partie centrale d’un escarpement. » Ce n’est pas Delphes, c’est Crissa qui est sur une pente tournée à l’ouest.
CAVERNE DU SOLEIL
matin, vers le mois d'avril, un rayon de soleil, glissant contre la montagne, pénètre dans la caverne et la remplit un instant tout entière1. Nous montrerons que la caverne du Cynthe est un oracle, consulté surtout au printemps et peut-être le matin. Délos eut, tous les printemps, ses fêtes périodiques ; et, dès l'époque homérique, les Grecs tenaient compte des saisons pour l'ordre de leurs fêtes. (Il y avait alors des fêtes périodiques d’Apollon à Ithaque.) Donc les anciens, qui orientaient leurs temples, pouvaient les faire servir à déterminer l'époque de ces fêtes.
L’orientation de cet édifice trahit des préoccupations astronomiques: c'est une caverne de structure tout à fait primitive, et c’est la seule que l'on trouve dans l'île Si donc Homère place à Délos une « caverne du soleil,» c’est le monument du Cynthe qui est désigné.
Voici les vers d'Homère 2 :
Nÿjtfoç tic 2up m (et ttou azoustç)
’OpruytVîç, xaOuTrepGev, 60t Tpo7rai flsXtoto,
Oiîrt 7r£pt7r)^0>7ç XiVjv togoî/* aÀX ’ ay aQ# wev etc.
Ces « rpoTcal » Yiehoio ont intéressé tous les commentateurs. Anciens et modernes se divisent en deux camps. Il s'agit d’une simple indication géographique, suivant
1 La mère de Branchus, fondateur de l’oracle des Branchides à Milet, rêve qu’elle est ainsi traversée par un rayon de soleil. Cf. Gelzer, de Branchidis, Leips., 1869, p. 1 et 2.
* Od., o, 402 etsuiv.
DÉLOS
les uns ; les autres ont pensé que ces mots désignaient un instrument astronomique.
L’expression de Didyme * est nette, il écrit rXiov ar.r, ïoliov,* caverne du soleil. » Eustathe nous prouve que Didyme n’était pas le seul à connaître cette caverne.
Donnons son commentaire1 2 :
’OpTUyt'yjç) 6 pzvyia, où r\ A yjlocj, zai dix z t oura> zaXstroù, feAot zai Ta toù Àuzo^povot;,
"09i rpoTuat y^s/toto) to ô9t Tp. y], oivzi toi) zetysyy} 7ipoç Taç. rponàç, yh'ov, ÿjzoï Trpoç Ta ouTittà ptipy] r/?ç ’OpTUytaç. oti fis to Tp£7i£a0at za! lut toù Svvetv zstrat, ôrAûî Ittî yXiou Xe^9lv to, arroupavoQev 7îpoTpa'7ry}Tas. - — HÙTEpot $s cpact Gnrjlatov slvat exe? $t’ où Taç yXtou, wç stzoç, èayfJLEiovyzQ Tpoiràç, ô y.at yfttou <ùta toùto GTiriXxiov eAëyav, z ai toùto <Moùa9at Iv rw, o9t TpoTrat
TiSllOtO.
Plusieurs auteurs modernes adoptent ce dernier sens, en plaçant dans la caverne un cadran solstitial. Nous verrons pour quelle raison.
Aucun des interprètes qui ont compris autrement TooTiai neXeoion'a pu expliquer ce vers d’Homère.
On traduit : « Syros au delà de Délos, où se trouvent les tropiques du soleil. » Ni Syros ni Délos ne se trouvent sous les tropiques, et, du reste, on n’a guère imaginé ce sens que pour attribuer à Homère une absurdité gratuite 3.
1 Ai3ufj.o’j tou Tca^aioTocTOU elç t ’OSusasav èÇypprçctç. Paris, 1530.
5 Schol. ad. loc. cit., éd. Dindorf, 1855.
2 Perrault, Parallèle des anciens et des modernes , Paris, 1 692.
t. III, p. 90 et suiv.
CAVERNE DU SOLEIL 79
Le commentaire cTEustathe et une autre scholie 1 ont suggéré aux modernes une seconde interprétation. Ils comprennent : « Syros, au delà d'Ortygie, où se trouve le couchant. » Donnant à 69t son sens littéral, ils supposent que Délos ou bien Ortygie est l’endroit précis où le soleil dételle ses chevaux, et le vieux jardin de Phoebus 2. Quelle apparence qu’Homère, connaissant le monde grec depuis Ithaque jusqu’à Smyrne, ait placé à Délos, ou bien même à Syra, le « séjour du couchant »?
Passons à la seule interprétation qui puisse être un instant défendue. Elle est suggérée par Eustathe 3 « Il est une île appelée Syrie, au-dessus d’Ortygie et à l’ouest d’Ortygie. »
Mais oQiest précis et locatif. Il désigne une place, et
1 Schol. Dindorf, 1 855. OIov <5; irpôç Totç rpcnrocç Vpuou, ô è<rciv èicl toi ôtmxot [xspvi u'îrepàvtDÔsv tt^ç Aïf^ou. outcoç ’Apiaxàp^ xai cHpw5. Aristarque ne connaissait donc pas la caverne du soleil, ou bien il n’y a pas songé? — Gela n’aurait en soi rien d’extraordinaire. Si le monument du Cynthe est à la fois une caverne astronomique et un oracle, c’est par la première de ces qualités qu’elle frappait l’esprit des Grecs primitifs ; car du temps d’Homère, presque tous les peuples avaient leurs devins et leurs oracles, et fort peu sans doute possédaient de grands appareils destinés à mesurer les solstices. Du temps d’Aristarque, au contraire, ces appareils grossiers n’ont plus d’emploi ; et il est fort probable que l’oracle d’Apollon Cyntbi en (qui a lui-même beaucoup perdu de son importance), a fait oublier la caverne astronomique.
* Sophocle, Didot, fr. 326.
5 Nous n’avons pas à citer les commentaires qui s’approchent davantage de notre interprétation. Beaucoup ont entrevu qu’il s’agissait d’un observatoire, sans se hasarder jusqu’à la « caverne du soleil». Voss, par exemple, traduit par: « Wo die Sonnenwende zu sehn is » « où l’on peut voir les révolutions du soleil. »
DÉLOS
non pas vaguement le côté du couchant. En outre, les deux mots Tpoîraî iiùdOLo n’ont jamais été employés ni par Homère, ni par aucun autre auteur, dans le sens exact de « couchant » . Eustathe s’aperçoit lui-même qu’il adopte un sens insolite, et il le justifie de tout son pouvoir, mais par une simple analogie.
Il nous est donc impossible de traduire o9i rp. ml par « qui est à l’occident d’Ortygie. »
L’autre version, au contraire, celle de Didyme l’ancien, est la seule qui laisse aux mots leur signification
littérale: 6Si est très-précis; et quand on remplace rpoira1 yjelioLo par MiorpoTuov, on obtient le nom qui sert encore aujourd’hui, en Grèce, à désigner un cadran solstitial.
Le sens qu’elle donne n’a rien d’étrange. Ce qui serai* étrange, c’est que des auteurs anciens eussent pu inventer cette caverne du soleil, si elle n’avait jamais existé. On comprendrait à la rigueur qu’un scholiaste embarrassé eût supposé l’existence d’un instrument asronomique pour expliquer rpoTral mKoio ; mais comment l’idée lui serait-elle venue que cet appareil fût une caverne ou dans une caverne ? Or nous trouvons à Délos une caverne qui date de ces âges reculés et dont l’orientation est fort remarquable. Ne sommes-nous pas autorisés à y voir la caverne astronomique du soleil?
Mais tous les modernes qui adoptent le sens donné par Didyme pensent que cette caverne existait à Syra. C’est une erreur de Bochart et de Ménage, qui fut ensuite adoptée sans examen. Nous verrons quelles preuves la justifiaient à leurs yeux.
Quant aux anciens, c’est à Délos qu’ils placent la caverne astronomique, et le membre de phrase 69i rp. ml*
CAVERNE DU SOLEIL
se rapporte à Ortygie. On peut le pressentir en lisant le passage d’Homère. Quand Eurnée prononce ces vers, il suppose que son interlocuteur ne connaît pas Syros. Pour en marquer la place, il désigne une île plus célèbre, Ortygie, et il y consacre un vers tout entier. Homère procède presque toujours ainsi.
Hésychius écrit dans son lexique C pruyw;... oSirpoTrai TiîkloLOy et non pas 2uptyj.... Ô0t rpoTral yiÙJq to. Eustathe, adoptant le premier sens, est bien obligé de faire rapporter o0t rp. 'hik à Syros ; mais quand il propose la seconde explication, celle de la caverne solaire, il reste dans le vague et met hû. Les autres scholies ne sont pas plus explicites.
Ménage 1 place cet observatoire à Syros. [L”HXtorpo7rtov est, d'après lui, une sorte de cadran solaire qui n’indique pas les heures, mais l’époque des saisons, en particulier des solstices. C’est Phérécyde de Syros qui l'apporta ou qui le dressa dans sa patrie. En effet, Diogène de Laërce mentionne un instrument astronomique construit par Phérécyde de Syros, longtemps après l'époque où fut édifiée la caverne du Cynthe. Mais l’explication donnée par Ménage ne nous apprend ni pourquoi Homère, fort antérieur à Phérécyde, aurait cité cet instrument, ni pourquoi les Scholiastes auraient nommé « une caverne », s’ils n'avaient songé qu’à ce cadran de Phérécyde. Sans doute, la caverne d'Homère et le cadran de Phérécyde existèrent l’un à Syros, l’autre à Délos, et ne doivent pas être confondus.
Les cadrans solstitiaux ou gnomons sont les plus
1 Diog. Laert., Annot. ad lïb% /, in Plier ecyd.
DÉLOS
anciens instruments d’astronomie qui soient connus Ils furent introduits en Grèce dès la plus haute antiquité. On ne sait pas encore quel peuple les apporta. Avant Homère, à l’époque fabuleuse où régnait Thésée, les Grétois avaient quelques notions d’astronomie ; la Chaldée et la Phénicie savaient observer les astres et calculer le retour périodique des saisons. C’est un livre phénicien , si Ton en croit Hésychius de Milet, qui avait appris à Phérécyde à construire son cadran 1 2.
La caverne du Cynthe avait-elle un cadran astronomique? la longueur du rayon de soleil qui la traversait suffisait-elle à déterminer l’époque des solstices, ou bien à fixer les dates des fêtes périodiques? Je ne sais. La face antérieure de son toit porte de longues lignes assez régulièrement creusées. Elles ne sont pas l’œuvre de la nature, et Peau de pluie qui dégoutte du faîte n’a pu les tracer ; mais elles sont aussi trop effacées et trop confuses pour que l’on doive y distinguer la marque d’un travail intelligent.
Quoiqu’il en soit, il est fort improbable que des observations astronomiques tout-à-fait précises aient été faites dans cette caverne. Etait-ce à l’aide d’un cadran? La structure en était sans doute plus grossière que celle de l’appareil dressé par Phérécyde, à Syros, pour la première fois. L’orientation de la caverne fut-elle seule observée et calculée ? Il ne faut pas oublier que le ravin est naturel, qu’il a pu se trouver dans une position
1 Delambre, Histoire de V astronomie ancienne , Paris, 1817, dise, prélim., XX.
2 IIesygh.— Cf. Schauffelberger, Clams IJomerica^ Turin, 1767, ad vers. cit.
CAVERNE DU SOLEIL
privilégiée et déterminer ainsi le choix des hommes, mais que ces hommes, pour le choisir, ont dû se contenter d’approximations grossières.
Je me bornerai donc ici à deux rapprochements : 1° Suivant Servius, 1 Apollon demeure six mois, l’hiver, en Lycie, et passe les six autres mois àDélos. Il y arrive le printemps, à l’époque même où les rayons du soleil traversent le matin la caverne du Cynthe. Ses fêtes coïncident avec ce renouvellement des saisons, qui fut peut-être observé dans son temple astronomique.
2° Nous montrerons que ce temple est un oracle. Or les oracles n’étaient consultés qu’à certaines époques de l’année et qu’à certaines heures du jour 2. A Delphes on n’approchait primitivement de l’oracle que le 7 du mois Bysios3, vers l’équinoxe du printemps. ADélos, le mois Thargélion répond au mois Bysios, et la fête d’Apollon était célébrée le sept Thargélion, quand les tempêtes de l’hiver s’étaient apaisées, et que le dieu pouvait, sans danger pour ses adorateurs, les appeler à lui dans son île. Alors les théories, partant pour Délos, se rendaient à son temple et à son oracle autrefois trèscélèbre 4. Cet oracle est, d’après Virgile 5, consulté le
1 Servius, Æneid ., VI, 37. — Les voyages d’Apollon ne durent souvent que trois mois.
2 Servius, loc. cit. « Lectum est deos aliquotiens tantum kalendis, aliquotiens tantum idibus vaticinari : nonnunquam diei vel prima, vel media, vel postrema parte.Unde est in jure tissus dies, i. e. non totus religiosus.