‹ Recherches sur DélosChapitre 21 sur 81 · Plut. Qucest. gr · texte numérisé non relu

Plut. Qucest. gr

4 Eustath., ( Geogr . min., Didot, II, p. 416). — Comment. Eustath. id., p. 319. — Denys, Orbisdescr., 525, 530.

5 Vid. infr. p. 105.

DELOS

printemps; et d'après Ovide, le matin1.

Notre conclusion est que la caverne homérique du soleil est bien la caverne du Cynthe, et qu’on y déterminait peut-être les époques des équinoxes et des solstices, soit à l'aide d’un instrument, soit en calculant la longueur et la direction du rayon de soleil qui la traverse 2.

§ I .Le bætyle. — La statue. — Le yjx^etle séjour de V oracle; le trépied.

Les premiers sanctuaires grecs 3 se composaient d’un toit et au-dessous, d’une pierre. Plus tard, des statues grossières ont représenté le dieu dans son temple.

Il est très-probable que le premier dieu de la caverne fut le bloc de granit qui plus tard supporta la statue. Il lui est antérieur, car on n'aurait pas choisi pour une belle statue de marbre un piédestal informe. Si ce bloc n'eût pas été regardé comme un objet sacré, on n® lui aurait pas laissé tant de place au centre du sanctuaire qu’il encombre. On l'aurait taillé, on aurait au moins * abattu le coin qui surplombe le ydajj.oL 4 . On n’a voulu ni le transformer ni le déplacer.

1 Ovid., Métam ., XIII, 677.

2 On lit dans Macrobe (, Saturn ., I, 17) que « les rayons du soleil paraissent extrêmement allongés à l’époque du solstice d’été, et que de là vient le nom de èxri6d\ oç et de èxaT7>6o7oç, etc. On doit se méfier des explications de Macrobe et surtout de ses étymologies, mais il faut tenir compte des faits qu’il expose.

3 Alf. Maury, loc. cit.

4 Voir le plan.

LE BÆTYLE

Beaucoup de ces pierres adorées dès les premiers temps de la Grèce, ont été honorées d'un culte 1 jusqu’aux derniers jours du paganisme. Elles sont des objets consacrés aux dieux ou bien les dieux euxmêmes2. Elles sont d'origine3, de formes4, de couleurs5, de dimensions 6 si différentes, qu’on ne décidera guère à première vue si une pierre fut véritablement un bætyle. Cependant beaucoup d'entre eux étaient à peu près informes et assez hauts pour qu’on pût s’y asseoir. Apollon est souvent représenté assis sur l’omphalos 7. Cérès s’est assise sur le bætyle de Mégare 8.

1 Théophraste, Ch. xvi, etc.

* Photius, Bibl. gr ., éd. Bekker, 1824, p. 348.

3 Bætyles tombés du ciel. Appien, VU, 56. — Plin, Hist. nat. II, 59, etc. Cf. Ch. Lenormant, Etudes de la religion phrygienne de Cybèle , Nouvelles annales de l'inst. archéol. , part, fr. I, 236. — D’autres bætyles, aussi nombreux, n’ont pas cette origine céleste. — Cf. Boesigk, de Bætylis , Berlin, 1834.

4 Ce sont parfois des colonnes, comme le simulacre de Zeus Meilichios à Sicyone, et d’Apollon Agyeus sur les montagnes d’Ambracie.(ALF. Maury, 1. 1, p. 178) — Des disques. (Boesigk, op. cit., p. 12). — Plus souvent des cônes ou des pyramides (Paus., I, 44, 3; Serv., AdVirg .Æneid., I, 720), etc.— Des pierres tout-à-fait brutes (Paus., IX, 27, 1 ; Arnob. Advers. gentes, YI, 196; VII, 253, etc).

3 Aérolithes et bætyles noirs, Lampride, Eéliogabale , cb. 21 . Arnob., loc. cit. — L’omphalos de Delphes est blanc (Paus., X 16, 2, etc.).

6 Depuis le rocher qui, à Bétbel, a soutenu l’échelle de Jacob, jusqu’aux abraxas qui se montent en bague. — Ces pierres sacrées peuvent être divisées en différentes catégories, selon qu’elles sont des dieux, des amulettes, etc.

7 Lenormant et de Witte, Monum. céramogr ., t. II, pl. vr, a.

8 Paus., I, 43, 2.

Ces pierres sont tantôt seules, tantôt plusieurs ensemble h Un bætyle isolé occupe souvent le centre d'un temple. Il en était ainsi de l’omphalos de Delphes et du simulacre de Jupiter Casios à Laodicée 1 2.

La pierre que nous examinons, presque à hauteur d’appui, et placée au centre de l'édifice, peut donc être un bætyle.

Mais on ne l'a pas respectée, puisqu’elle est entaillée à sa partie supérieure ? — Des bætyles anciens ont été travaillés à diverses époques. On en a fait de simples colonnes 3, ou des Hermès 4.

Entre la pierre brute et la plus belle statue, on pourrait dresser une liste de simulacres plus ou moins bien travaillés qui portent tous le même nom, ayalpoc.

La vénération qu'inspiraient les bætyles n’empêchait donc pas de les retoucher. L'omphalos de Delphes portait l’effigie des deux oiseaux qui, partis des extrémités du monde, s’y étaient rencontrés 5. Etaient-ce des statues ou des bas-reliefs? Quoi qu’il en soit, cette pierre a été entaillée .

Quand on ne s’est pas contenté d’adorer des pierres, et qu'on a voulu représenter le dieu par une statue, on a parfois conservé dans le même édifice et la pierre et

1 Paus., VII, 22, 2, 3.

2 Creuzer-Guioniaut, Symbol ., III, 5, 105.

3 Alf. Maury, loc. cit.

4 Paus., I, 19, 2. A Athènes, le bætyle de Vénus Uranie, la plus vieille des Parques, est adoré comme l’est un Hermès.

5 Strab., 419, 420. — Plut., Do defeduoraculorum , I. Ces oiseaux qui se sont rencontrés à Delphes sont des aigles, des cygnes ou des corbeaux.

LE BÆTYLE

la statue. A Orchomène 1 les Grâces étaient représentées par des pierres. Du temps de Pausanias, ces pierres ne cessèrent pas d’être adorées ; mais on plaça dans le temple, et peut-être sur ces piédestaux grossiers, des statues travaillées avec art. Encore à Orchomène 2 Actéon, vieille divinité solaire, était adoré sous la forme d’une pierre. L'oracle de Delphes ordonna de l’enterrer ; et l’on érigea au dieu une statue d’airain, qui fut reliée à la pierre sacrée par des attaches en fer.

Rien ne s’oppose donc à ce que la pierre qui supportait la statue d’Apollon à Délos ait été un bætyle ou, comme à Delphes, un omphalos, c’est-à-dire, soit le simulacre d'un dieu, soit une pierre que sa position ou les traditions qu’elle rappelait recommandaient à la piété des hommes 3.

L'aspect de ce bloc de granit, ses dimensions, sa place au centre du sanctuaire, prouvent qu’il était sacré; il a pu être entaillé et supporter une statue sans cesser d'être un bætyle. Et si l’on considère qu’il est plus ancien que cette statue, et que, surplombant le ydajj.c/., remplissant l'ady ton et l’encombrant, il en resta sans contredit, l’objet principal, on croira volontiers qu’il fut autrefois le dieu du temple 4.

1 Pausan., IX., 38, 4.

2 Pausan., IX, 38, 4.

a On vénérait dans une autre île sainte, à Tyr, une pierre également consacrée à une divinité. Eusèbe, Prœj)- evang . I, 10, §21. ’Affràpr/) eupsv dcspoTrsTÏ) àffxspa, Sv xal àvsXojxévY) ev Tupio, ayta vrçao), àcpiéptoasv.

4 Donnons deux hypothèses plus incertaines :

1° Cette pierre eut peut-être le don d’inspirer les prophètes,

DELOS

Le bætyle supportait une statue dont nous avons recueilli plusieurs fragments. Un peu plus grande que

La Syrie et la Phénicie étaient remplies d’oracles et de bætyles, et l’on y trouverait encore aujourd’hui des pierres servant.d’oracles (Cf. Boesigk, Op. cit ., p. 19 et 27). La Grèce, à différentes époques, a connu ces pierres qui révèlent l’avenir.’ Hélénus avait le don de prophétie quand il tenait entre les mains la pierre de sidérite qu’Apollon lui avait donnée (Cf. Orphée, Lith., 354 et suiv.) Toute pierre pouvait rendre des oracles quand on l’oignait d’huile (Cf. Lucien, Conviv. deor. iiàç xprjajjupSsï o? àv -ïrspi^uOri.). Toutes les pierres

du temple prophétique d’Hiérapolis pouvaient rendre des oracles. (Cf. Lucien, De Syria dea , 13).

2° Cette pierre est presque au centre de l’ile; or un omphalos près de Phliunte était censé marquer le centre du Péloponèse (Cf. Paus., II, 13, 7) et, à Delphes, un omphalos est placé au centre de la terre, éclairée par le soleil, habitée par Apollon. Il n’est pas impossible que la pierre sacrée du Cynthe ait été considérée comme le centre de l’ancienne nation ionienne.

A côté del’omphalos de Delphes s’allumait le feu sacré. Le feu perpétuel qui brille dans les palais et sur les autels des peuples confédérés, s’est peut-être aussi allumé dans le sanctuaire du Cynthe. Car un vaisseau sacré venu de Délos transportait du feu à Lemnos (Philostr., Héroic ., 20 p. 740, 741); Délos était considérée comme l’autel et le foyer (îaxfy) des Cyclades, (Call. H. in Del., 325 et la Schol.) et le sanctuaire du Cynthe offre la même disposition que ces vieux édifices où l’on adorait soit Diane, soit Apollon, et dans lesquels le feu sacré était entretenu. Dans l’adyton de Delphes, cette flamme s’élevait à côté du bætyle, de la statue et du Rafiot; dans le temple de Diane Taurique, elle brillait aussi à côté d’un /da|j.a et d’une statue. (Cf. Eurip., Iphig. in Taur., 625 et suiv. Or. Tdcpo? Si -7:010? SéÇexou

jf 8xav Oàvco ; — IPH. II Oo tepôv ëv8ov, ^dcafia •z eupwTcov -jréxpaç.)

— Par malheur cette hypothèse d’un feu entretenu dans le temple, ne sera pas vérifiée sur place. Le temple, il est vrai, est plein de charbons, mais ils peuvent avoir été brûlés sur le téménos ; le toit ouvert à l’orient et à l’occident, le sol et les parois de la caverne lavés par les pluies depuis quinze siècles, n’ont pas conservé trace de fumée.

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