LE TRÉPIED
avons trouvés prouvent qu’on y puisait ou qu'on y versait 1 de l'eau sacrée.
Ce yjzau.x est un ravin prophétique. Presque tous les oracles d'Apollon se composent essentiellement d'un yoL6\j.oL dans une caverne ; presque tous les temples connus ayant des ydà^za humides sont des oracles. Peut-être même le furént-ils tous à l’origine, quand la terre et les eaux prophétisaient, et que la réputation de quelques-uns de ces temples n'avait pas fait déserter les autres.
On sait parles textesqueDélos avait, à l’époque la plus reculée, un oracle d’Apollon ; on trouve à Délos une caverne prophétique des plus anciennes. Cette caverne a donc servi de séjour à cet oracle.
Nous atteignons à cette preuve sans même savoir encore si quelque auteur ancien a décrit ce temple-oracle et l'a placé dans le Cynthe.
Le trépied et la cortina l'un supportant l'autre, servent d'attribut à Hercule, plus souvent à Bacchus 3, presque toujours à Apollon-prophète. De nombreuses médailles, en Asie mineure, le représentent accoudé
le temple du Cynthe. A Delphes et à Claros, on semble avoir puisé, peut-être bu de l’eau sacrée.
1 On versait de l’eau dans le de Hiérapolis, sanctuaire prophétique. Lucien, De Syria dea , § 10 et 13. C’est dans ces gouffres, à ces places sacrées que naissait l’inspiration divine, et peut-être, quelquefois le dieu lui-même.
2 La cortina est un vase métallique renversé, presque toujours encastré dans une couronne supportée par trois pieds,
5 Preller, Myth ., I, p. 224.
DÉLOS
contre le trépied ou bien assis sur le bætyle. A Delphes même, Apollon s’appuie sur un trépied qui s’élève d’une large base arrondie \ A Patare, où le dieu délien résidait l'hiver, il est représenté entre un petit trépied et un bætyle surmonté, comme à Delphes, d’un oiseau1 2. Sans parler de la cortina sur laquelle on rendait les oracles, le trépied est sans cesse consacré au dieu prophète ; il remplit ses sanctuaires, il s'élève sur les périboles de ses temples 3; les vases, les médailles, les peintures, représentent Apollon à côté du trépied. Il est donc fort vraisemblable qu'un trépied s'est élevé à Délos devant un adyton prophétique.
On peut donc penser que la base de marbre trouvée sur le devant du téménos était celle d’un trépied, probablement métallique. Ses dimensions, avec les particularités de sa structure et ses trois entailles, ne s’expliquent guère que par cette hypothèse.
La position que cet appareil a occupée est tout-à-fait privilégiée. Situé juste en face de la statue, à côté de l’escalier, il remplit toute la partie antérieure du péri bole. Dominant le mur d'appui du téménos, il voit une partie de l'île, la ville de Délos tout entière, les ports et Rhénée. Alors même qu’il n’aurait été affecté à aucun
1 A Paris, cabinet des médailles; non encore cataloguée:Bust.
d’Hadr. Laurée. Adroite: A6ÀOON. Sur d’autres médailles de Delphes, on voit le même trépied, moins distinct. Mionnet l’a pris pour une colonne (Suppl. 53). Cette base appuie contre le sol une sorte de cône terminé par une boule.
3 Mionnet, Lycie , Patara , p. 58, 59. Apollon tient une branche de laurier. C’est un laurier qui s’agitait dans le templeoracle du Cynthe.
3 Hérodot., VIII, 27.