L’HYMNE HOMÉRIQUE
Hissaient par un de ses caractères les plus frappants, avec la dernière précision. Ainsi procèdent les vrais poètes. L’emplacement de ce temple me semble donc suffisamment déterminé.
2° Il n’est pas sûr que le vers 17 et le vers 80 appartiennent au même hymne. On ne peut alors les rapprocher l'un de l'autre, et dire : « Latone enfante sur le Cynthe » (v. 17) «et , à cette place, l’oracle du dieu s’élève» (v. 80). En effet, Groddeck, Ilgen, Matthias, Hermann, Schneidewin, etc., ont découpé dans l’hymne à Apollon Délien un hymne de 5 ou 6 vers, consacré, pensent-ils, à Latone. Donnons-leur gain de cause 4. Il n'en reste pas moins prouvé, par le vers 17, qu'Apollon est né sur le flanc du Cynthe ; par le vers 80, fût-il d’un autre poète, que le premier temple 1 2 * * 5 élevé à Délos par les mains d’Apollon, est le séjour d'un oracle ; et par notre fouille, qu’il y avait sur le flanc du Cynthe un temple-oracle.
3° Mais Apollon est né près de la mer, en plaine, à côté du bassin trochoïde et du grand temple en marbre, qui est loin du Cynthe; ce dieu peut-il être en
1 Baumeister, (Hymn. hom ., p. 120, 121) suppose que cet hymne à Latone est postérieur à l’hymne à Apollon. Le vers
16 serait moderne parce que les orphiques l’ont répété (Hymn., 34, 5). — Ce n’est pas une raison ; des vers fort anciens peuvent avoir été insérés dans les recueils orphiques, et la tra-
dition qui fait naître Diane avant Apollon est d’une époque
fort reculée.
5 Si l’on prend le texte à la lettre, il s’agit même du plus ancien temple construit par le dieu. Mais, d’après l’hymne à Apollon Pythien, le temple oracle élevé en Phocide est aussi le plus ancien de tous les oracles. — Les traditions étaient vagues, et les poètes, tour-à-tour, flattaient Delphes et Délos.
DÉLOS
même temps né dans la montagne? — Apollon est né en bien des endroits; et, si l’on combattait ses légendes l’une par l’autre, il n’en resterait aucune. Apollon est né à Délos au pied du palmier l, ou de l’olivier 2, ou bien des deux arbres à la fois 3. Ces deux arbres sont des lauriers 4, suivant Servius, et peut-être des lauriers qui ombrageaient le flanc du Cynthe 5. Sans doute le plus célèbre de ces arbres est le fameux palmier admiré par Homère 6 7 et montré, du temps de Cicéron T, à. côté du temple en marbre ; mais d’autres arbres et d'autres temples aussi ont pu voir « naître le dieu. » Les Grecs doutaient même que ce fût un palmier qui eût abrité Apollon naissant ; car, à Tégyre, ce palmier n'est plus qu'un ruisseau, le Phœnix 8.
Quittons Délos. Latone enfante Apollon à Patare en Lycie 9, à Tégyre 10 11 12, à Ephèse 41, en mille autres lieux 42. Les anciens n’avaient pas des idées fort nettes sur l’en-
1 Eymn. hom. à Ap. del ., v. 18.
2 (Auctores mythographi Latini, 1742). Hygin, 140. Cf. la note de Staveren à cette fable d’Hygin.
3 Ovid., Metam ., YI, 335; XIII, 635. — Ælian., Var . hist., Y, 4.
4 Serv., Ad Virg. Æn ., III, 90, 91.
3 Serv., Ad Virg. Æn ., loc. cit.
6 Hom., 0^.,z, 162 et suiv.
7 Cic., De legibus , I, 1.
8 Plut., Pélopid ., 16.
9 Steph. Byz., Tegyra et Suessa. — Texier, Asie mineure, texte, t. III, p. 194.
10 Plut., loc. cit.
11 Tac. Ann., III, 61.
12 Apollon nait encore au cap Zoster, dans l’ile de Crète, en Arcadie, dans la ville d’Ampbigénie. Cf. Lenormant et de Witte, Monnm. céram ., t. II, 5.