‹ Recherches sur DélosChapitre 26 sur 81 · L’HYMNE HOMÉRIQUE · texte numérisé non relu

L’HYMNE HOMÉRIQUE

droit précis où l’on devait placer la délivrance de Latone l; ou plutôt ils savaient que le soleil se lève partout, et que le culte du dieu est né dans ses plus anciens temples. Si le sanctuaire du Cynthe est le temple homérique d'Apollon, et le séjour de son oracle 2, il peut être le premier à Délos où ce culte ait trouvé place.

Dans le Cynthe, c’est un temple qui est construit d'abord ; près de la mer, c’est un autel. Ulysse admire le palmier sacré « à côté de l'autel de Délos. » Apollon, âgé de quatre ans, éleva son premier autel avec les cornes des chèvres déliennes 3 4. Un grand temple fut bâti plus tard ; et celui dont nous avons examiné les ruines près du rivage, probablement édifié par l’art athénien, n’est pas antérieur au cinquième siècle.

Aussi était-il, en 355 av . J.-C. , distingué du sanctuaire primitif. Sous l’archontat de Callistrate, des objets sacrés dont l’inventaire est fourni par les amphictyons, furent dédiés les uns au temple principal, les autres au «temple archaïque », tw vi& t£> et au & temple

1 Sur la manière même dont ce mystère s’est accompli, tous les mythes diffèrent. Cf. la seconde partie de cet ouvrage, et Preller, Gr. myth ., Berlin, 1860, t. I, p. 185. L’endroit où Latone enfanta dut être, dans l’origine, fantastique.

2 Citons pour mémoire un vers de Sidoine Apollinaire, Præf . yaneg. Avit ., qui fait mention « des antres déliens » : Quam neque deliacis peperit Latona sub antris.

3 Callim., Hymn, in Ap., 57 et suiv.

4 Le Bas, Insc. att ., 242, 1. 9 (Marbre pentélique trouvé sur l’acropole). Ranoabé, Antiq. hellen ., n° 857. Le texte de Le Bas porte àp/at, et la restitution de àp^aOp est alors certaine. Rangabé a lu seulement « ap » et suppose aussi « àpréjuSo? ». Cette inscription énumère 1° différents objets placés par rangées (sans doute dans le grand temple d’Apollon qui appartenait à Athè-

DÉLOS

des Déliens ». L’un de ces deux noms, probablement celui de « temple archaïque, » désigne, sans aucun doute, l’adyton du Cynthe.

Il est donc presque sûr que ce temple est le plus ancien des deux sanctuaires, et qu'il fut, avant la venue d’Apollon, habité par Hélios. Il se peut qu’arrivé dans l’île sacrée, Apollon ait vu des autels s’élever en son honneur sur le bord de la mer, et qu'en même temps il se soit emparé du vieil oracle. Mais plus tard, lorsque l'art hellénique embellit ses divinités et leur construisit de somptueuses demeures, et que les contemporains de Périclès supplantèrent les prêtres déliens auprès d’Apollon, ce dieu, à l'étroit dans cette gorge resserrée de la montagne, l’a sans doute un peu délaissée pour le bel édifice en marbre où les Athéniens lui présentaient de nombreuses offrandes, et qui, du reste, situé près du port, était plus accessible aux navigateurs et aux Théories. Une partie de ses légendes quittèrent alors avec lui le vieil adyton, qui dut cependant rester le séjour de son oracle. Apollon, en effet, peut habiter séparément, dans le même pays, un adyton et un temple. A Glaros 1 et à Milet 2, le temple du dieu et son oracle sont distingués ; et, qu’ils fussent ou non réunis dans une même enceinte, ils étaient considérés comme deux édifices différents.

nés); d’autres objets consacrés au temple archaïque; 3° d’autres encore appartenant au « temple des Déliens » qui avaient conservé un sanctuaire distinct.

1 PaüS., \ II, 3, 1. KcAocptovtoi 6s tô jjIv îspèv tou èv K^dptp xod t6 {j.avT£Ïov èx iraXatoTaTOU yevéaOoti vo^ouatv.

2 Paus., VII, 2, 4.

L’ORACLE, d’après VIRGILE

Apollon eut aussi, en Phocide, un autel sur le bord de la mer et un temple-oracle dans la montagne ; mais la montagne l’emporta sur la plaine; et la gorge du Parnasse fut assez spacieuse pour soutenir devant l’adyton un temple superbe rempli d'autels et de trésors.

§ XII. L'oracle d'Apollon décrit par Virgile.

Nous sommes toujours arrivés jusqu’ici à cette conclusion : la caverne du Cynthe est un temple d'Apollon et le séjour de son oracle. Virgile nous en apporte une preuve décisive.

Lorsque Enée vient consulter l'oracle de Délos 4, le dieu parle et la montagne s'agite tout autour du temple :

T o tus que moveri Mous circum.

Cette montagne est le Cynthe, affirme Servius1 2 * * * * 7.

Le temple est lui-même un vieil édifice en pierre, et sa vue inspire un religieux respect.

1 Æneid., III, 84 et suiv.

* Virgile mentionne aussi le laurier qui s’agite courbé par le souffle prophétique, et Servius place sur le Cynthe un bois

de lauriers. Le laurier de Délos est, suiv. Eustath., Od. Z , 162, le plus ancien qui ait existé ; et suivant Catulle, XXXIV, 8, Apollon naquit entre deux lauriers. Le laurier se rencontre

dans les principaux oracles d’Apollon ; il est donc vraisem-

blable que l’oracle d’Apollon Cynthien eut son laurier ou son bois de lauriers. Nous savons aussi par Himère (XVIII, 1) que

les trépieds édifiés par Apollon dans son oracle de Délos étaient

DÉLOS

Temj)la dei saxo venerabar structa vetusto .

La caverne du Cynthe est un temple creusé dans la montagne et comme entouré par elle. Il n’est pas construit en marbre, mais en appareil cyclopéen de l'époque la plus reculée, et il renferme un comme les

oracles anciens. C’est elle que Virgile, sans aucun doute, a désignée.

Pour découvrir la vérité dans Virgile, dans Homère, dans les vrais poètes, il faut adopter leur sens littéral . Nous procédons ainsi, et ce n’est pas en commentant les textes, mais en les serrant de très-près, que nous y trouvons la mention du temple-oracle. Certes Virgile, en présentant la vérité, savait l’agrandir. C'est par l’imagination qu’il a entendu la cortina mugir et vu la montagne trembler; c'est aussi par l'imagination qu’il a écouté les cent voix sortant à Cumes des cent retraites souterraines. Et cependant, au milieu de tant de poésie, l’oracle de Cumes est assez exactement représenté pour que cette description s’y applique et ne s’applique qu'à lui seul : on dirait un adorateur qui voit et connaît son

en bois de laurier. — On lit dans Horace les vers suivants : (Odes. lib. III, od. 4, 62).

Qui Lyciæ tenet Dumeta, natalemque sylvam,

Delius et Patareus Apollo.

Saumaise (Ad Solin ., p. 4 26) pense que le laurier de Délos (qui a porté le nom de Pyrpile ou Pyrpole) servait avec le lierre à allumer le feu sacré. — Voir notre préambule, art. Pyrpile.

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