‹ Recherches sur DélosChapitre 27 sur 81 · L’ORACLE, D’APRÈS VIRGILE · texte numérisé non relu

L’ORACLE, D’APRÈS VIRGILE

temple, mais ne l’a jamais visité sans une sorte de crainte religieuse qui l’agrandit à ses regards. C’est avec la même imagination précise que Virgile a décrit l'oracle Cynthien.

Mais Virgile n’était pas allé à Délos. — Il n’en devait pas moins la connaître. Il est sûr que plusieurs de ses contemporains, de ses amis, l’avaient, comme autrefois Cicéron, visitée, étudiée, admirée. Très-probablement aussi de vieilles poésies maintenant perdues, les chants cypriens par exemple, décrivaient l'ancien temple de la montagne.

Virgile avait d’excellentes raisons pour ne pas hasarder sur Délos une description de fantaisie. Fort érudit, aimant assez Rome pour en étudier les origines avec une conscience religieuse, il savait quelles traditions unissaient Délos et l'Asie Mineure, Anios 1 et Anchise. Aussi attribuait-il une grande importance à cet oracle, le plus solennel de tous ceux qui, dans l’Enéide, ont parlé aux Troyens. Cet oracle mystérieux leur apprend qu'ils ont en occident une patrie plus ancienne que Troie et que la Crète, et l’importance de ses prédictions est telle que les Troyens, après l’avoir mal compris, retourneraient le consulter, si les ancêtres d' Anchise, évoqués par un songe, ne leur avaient fourni l'explication tant désirée. C’est au nom de cet oracle qu’Enée revendiquera la possession du Tibre 2; cet oracle est comme au

1 Délos, à l’époque de la domination romaine, avait encore un temple d’ Anios. Cf. Eustratiadès, ’Ewyp. àvéxô., loc. cit.

2 Virg., Æneid ., YII, 239 et suiv.— Gomment . Servius: « Jussis ingentibus urget Apollo » ; « ingentibus : Deliis quæ magna constat fuisse ». — Un mythographe [Coll. Vatic. An-

DÉLOS

centre de toutes les traditions religieuses qui unissent Rome et FItalie à la Crète, à Délos, à l’Asie Mineure. 11 est sûr que Virgile n'a pas décrit à la légère le temple où fut entendue la plus auguste des prophéties.

Aussi les commentateurs qui citent le passage de Virgile sur Délos en admirent-ils la parfaite exactitude h Il faut prévoir toutes les objections. Le Cynthe, dirat-on, désigne ici, comme il arrive quelquefois, l’île tout entière. Le vieux monument était près de la mer : il fut remplacé ou bien entouré par un édifice en marbre. — Cette hypothèse est gratuite : il n'y a pas trace de fondations cyclopéennes près du bassin trochoïde ; aucun auteur ne raconte qu'un vieux temple en pierre de l’époque homérique, se soit élevé dans cette plaine. Quelquefois de vieux temples en pierre sont abattus, puis reconstruits en marbre ; mais les antiques séjours des oracles sont respectés ; sinon, ils deviennent muets.

Vélius Longus, cité par Macrobe2, se demande « pourquoi Virgile dit que les pierres dont le temple était bâti avaient vu beaucoup de siècles ». Ce n'est, d’après Vélius, qu’un hypallage employé pour exprimer l'ancienneté du temple. Quelle apparence, en effet, que ce temple si ancien, si vénérable, ait beaucoup plus tard été reconstruit et qu’il n'y ait pas une seule tradition

gelo Maï, t. III, Myth. gr ., 1. III, art. Apollo, § 1) prétend qu’ Apollon est appelé lycien « a lycio fano apud Delum maximo. Unde Yirgilins : nunc Lycice sortes ». Avant de répondre aux questions des suppliants, l’oracle délien a-t-il consulté des sorts ? Le texte que nous citons n’est pas d’une assez bonne époque pour que nous puissions rien en conclure.

1 Macrob., Saturn., III, 6. — Servius, Comment, ad loc. cil.

2 Macrob., loc. cit.

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