‹ Recherches sur DélosChapitre 44 sur 81 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Mythologie délienne.

Sommaire : § 1. Avant-propos. — § 2. Naissance de l’île. — § 3. Latone et son arrivée à Délos. — § 4. Naissance d’Apollon et de Diane. — § 5. Origine probable de l’Apollon Délien. — § 6. Seconde légende sur la naissance d’Apollon. — On ne le sépare plus de Diane. — Leur enfance. § 7. Les divinités hyperboréennes . Abaris et Pytbagore. — § 8. Ili— thye, Iris, Hécate, Brizo, Echénice. — § 9. Les dieux égéens. Neptune. Doris, Thétis. Les Néréides, Glaucus. Pan fils de Thymbris. — Orion, Hercule, Thésée, Erysicbthon. — § 10. Anios et les Œnotropes. — § 11, Conclusion.

§ I. Avant-propos.

L’histoire de Pile sainte jette peu de lumière sur l’origine des cultes déliens. Située au centre de l’Archipel, et comme au cœur de la civilisation hellénique, Délos fut successivement habitée par la plupart des races qui se sont partagé la Grèce et PAsie-Mineure. Cariens, Crétois, Ioniens, et des étrangers même, des Phéniciens, s’y établirent. En outre, d’autres peuples qui Pont visitée en passant, et ne semblent pas s'y être fixés, les

Troyens par exemple ou les habitants de l'Eubée, peuvent y avoir laissé leurs traditions et leurs dieux.

Ce que nous apprend l’histoire, c’est que d’âge en âge Délos se montra hospitalière à tous les cultes. Des rites nouveaux, les cérémonies expiatoires, s’y introduisirent encore au cinquième siècle avant Jésus-Christ; et, plus tard, les religions de l’Egypte, de Rome, d'Israël, s’établirent à côté des vieux temples.

C'est donc à la mythologie d’étudier les traditions déliennes et d’assigner à chacune d’elles une origine. Elles peuvent avoir été importées à Délos par tous les peuples, à presque toutes les époques.

Nous ne rechercherons pas quelle fut la première patrie de tous ces cultes, et nous n'essaierons pas de les expliquer par l’Inde, l’Assyrie, la Phénicie et l'Egypte, ou par la Grèce créatrice et son effort spontané. Cependant, si une légendedélienne nous paraît avoir quelque rapport avec d’autres traditions grecques ou même étrangères, nous le remarquerons en passant, pour éveiller l'attention de mythographes plus autorisés.

Sans remonter trop loin, nous pensons que la plupart des dieux déliens, avant d'aborder à l'île sainte, régnaient sur des peuples riverains de la mer Egée : le pays d’où ils sont partis pour Délos pourra quelquefois être indiqué.

S'il était permis d’avoir sur la mythologie délienne des idées bien arrêtées, nous ferions l'histoire de ses développements successifs l. On verrait le plus ancien de

1 II faudrait étudier ainsi les my thologies de toutes les Cyclades. Des dieux bien divers ont dominé dans des iles fort voi-

NAISSANCE DE L’iLE

ses dieux entrer dans le premier des temples, puis les autels d'Apollon se multiplier et son culte s’étendre, enfin de nombreuses divinités accourir de toutes parts et se ranger autour de lui. Ne connaissant pas toujours l’àge relatif de ces dieux, nous suivrons une méthode moins rigoureuse, celle que les mythographes anciens auraient adoptée. Pour eux, l’histoire de Délos commence quand l’île apparaît. Latone y descend ensuite ; et, lorsque lesdeux jumeaux ont vulalumière, les vierges hyperboréennes viennent leur rendre hommage. Nous suivrons cét ordre, bien quei'hyperboréenne Opis nous paraisse en Asie Mineure aussi ancienne qu’Apollon, et bien que le conte de 111e flottante soit plus moderne que le mythe du dieu naissant. Aussi indiquerons-nous à plusieurs reprises quelles modifications notre plan pourra recevoir quand la science des religions deviendra plus certaine.

En attendant, on trouvera ici des faits coordonnés avec soin, et parfois quelques vues générales.

§ II. Naissance de Vile .

Quand Latone demande un asile à Délos, cette île ose à peine servir de berceau à des dieux trop puissants ; elle craint qu’Apollon, méprisant cette humble patrie, infertile et rocailleuse, ne la repousse du pied dans

sines. C’est Iiéphaistos à Lemnos, Hermès à Imbros, Héra à Samos, les Cabires à Samothrace, Aphrodite à Cythère, Zeus en Crète, Hercule à Cos, Dionysos à Naxos, Hélios à Rhodes. Le hasard seul a-t-il fait que chacun de ces dieux a fini par régner en maître dans un sanctuaire préféré?

DÉLOS

l’abîme1. C’est qu’elle avait été longtemps couverte par les flots, et qu’elle était, comme Théra, comme Rhodes, comme Anaphé, sortie un jour du fond de la mer 2.

Les Grecs les plus anciens avaient-ils conservé le souvenir de cataclysmes bouleversant la mer Egée, engloutissant ou créant des îles, et soulevant autrefois Délos comme aujourd'hui les îlots qui entourent Santorin? Les premiers riverains de l’Archipel ont-ils assisté près de Délos aux combats soutenus par les dieux de l’Olympe et les Centimanes, maîtres des trombes et des tempêtes, contre ces géants qui lancent le feu et qui font trembler la terre? Seule, la géologie, contrôlant ces légendes, saura si Délos, après une éruption plutonienne, apparut au centre des Cyclades, soùs le regard de leurs plus anciens possesseurs.

Cependant, aucune tradition ne fait naître Délos après une guerre de géants 3. Elle est' sortie du sein des flots, soulevée par Neptune 4 ou par Jupiter 5. Tantôt, elle est soutenue par quatre colonnes 6, et s’élève sur l’abîme

1 H. Hom. in Ap. Del., 65 et suiv.

* Pin., II, 87 (89 éd. Nisard). — àmm. Marc., XVII, 7. — IIygin. , 140 « Neptune l’a cachée au fond des flots. » — Angelo Maï, Coll. Vatic., t. III, Myth., I, 37 ; II, 17 et suiv.; III, 8. — Suivant Tertullien, Apologet. 40, elle avait été engloutie avec de nombreux habitants. Cf. le préambule de cet ouvrage, art. Délos.

3 Nous ne chercherons pas ici à savoir si les géants sont les volcans ou les nuages, ni quelle est l’origine des mythes sur la guerre des dieux. — Les géants ont été vaincus à Mykonos, bien voisine de Délos.

4 IIygin., 140.

6 Etym. Magn., art. Délos.

6 Pindar., Fret g m., loc. cil.

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