‹ Recherches sur DélosChapitre 46 sur 81 · ARRIVEE DE LATONE · texte numérisé non relu

ARRIVEE DE LATONE

Quand il fut admis que Délos avait flotté, et s'était fixée à l'arrivée de Latone, on raconta que, la terre entière obéissant aux ordres implacables de Junon, il avait fallu que l'île fut cachée un temps sous la mer, puis apparût pour accueillir la déesse persécutée : Latone fut sauvée dès qu’elle y aborda, et Junon perdit sa puissance. Au contraire, d'après l’homéride de Chios, le pouvoir de Junon n’expire pas quand Délos, île rocailleuse, peu fertile, nullement flottante, accueille Latone ; et tant qu’llithye ne sera pas descendue, Apollon ne pourra naître. Les villes qui repoussent Latone, et Délos avec elles, craignent moins le ressentiment de Junon que la puissance d'Apollon lui-même : elles n'osent pas servir de berceau à un dieu si redoutable.

Par conséquent l'homéride de Chios n’a pas adopté, et probablement n’a pas connu la tradition d'après laquelle Junon, puissante contre Latone dans tout l’univers, n’a rien pu tenter à Délos.

L’homéride énumère plusieurs villes qui ont repoussé Latone. On a pensé que ce culte, quand il essaya de s’établir sur les rives de l’Archipel, en fut écarté par les prêtres de Junon et finit par triompher au centre des Cyclades. Mais le mythe de la mère d’Apollon errante, persécutée, puis délivrée, se retrouve en Lycie L et ne peut être le symbole d'un évènement qui aurait eu les rivages de la mer Egée pour théâtre et Délos pour centre. L’histoire peut affirmer que les villes énumérées par l’hymne homérique ont reconnu la suprématie

1 Steph. Byz., Art. Suessa et Tegyra. — Eustath., Iliad , a. 101. — Preller, op. cit., I, 184.

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d’Apollon Délien ; elle ne se hasardera pas davantage.

Nous ne déterminerons pas ici l’origine première du mythe de Latone errante. Il faudrait peut-être l’expliquer par le naturalisme. Du temps d’Eschyle, on aurait donné un sens philosophique et moral à ces longues histoires de souffrances des dieux. Ils ont eu presque toujours quelque faute à expier et surtout quelque bienfait à préparer pour les hommes. Il faut se purifier du mal et payer le bien par avance : l’enfantement d’uri aussi grand dieu qu’Apollon devait être acheté par de longs jours d’angoisse. Mais nous ne savons pas si de pareilles idées étaient connues des premiers adorateurs de Latone.

§ IV. Naissance d’Apollon et de Diane.

La critique ne peut laisser à Délos la gloire d’avoir seule vu naître Diane et Apollon. Ils iiaquirent en différents pays, au moins en Lycie en Béotie1 2, en Crète 3, à Ephèse 4, en Arcadie 5 6. A Délos même, on ne s’entend pas sur le lieu de leur naissance, sur les noms des arbres qui l’ont abritée. C’est qu’elle fut à l’origine fantastique G : si les plus intelligents des anciens avaient

1 Texier, Asie- Mineure, texte, t. III, p. 193..

2 Plut. Pêlop., loc. cit.

3 Cic., De nat . deor.. Ht, 23. — Preller, Myth ., t. t, p. 193. — Gerhardt, t. I, p. 38.

4 Tac., Ann., III, 61.

* Lenormant et de Witte, Monum. céramogr., t. II, p. 5. — Cf. ch. II, g. 11.

6 Preller, op. cit., 1. 1, p. 182, 183.

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