THÉSÉE
populaires de l'Archipel. A Chios, une allégorie transparente nous le montre marchant sur la mer, comme le soleil matinal, et faisant mûrir la vigne, Staphylé, que le dieu Œnopion soustrait à ses ardeurs l. Orion est donc, comme d’autres dieux de ces contrées, comme Aristée, comme Apollon Thessalien, à la fois céleste et pastoral. Suivant Homère, l’aurore, éprise de lui, l'avait transporté dans l'île d’Ortygie, où les flèches de Diane le transpercèrent 2. Il était puni d’avoir fait violence à Opis 3 ou d’avoir osé défier Diane au combat du disque4. Ce jeu est mortel pour les rivaux de Diane et d'Apollon : quel disque en effet oserait se mesurer avec ceux de la lune et du soleil? On raconte ailleurs que le géant nageait dans la mer et que sa tête s’élevait seule au-dessus des flots quand Apollon le désigna aux flèches delà déesse5. Ailleurs, enfin, Orion meurt piqué par un scorpion 6. Plusieurs de ces fables, la plupart astronomiques, se retrouvent en Crète ; mais il n’est pas sûr qu'elles en soient originaires.
Thésée.
Orion, dieu solaire, entre en lutte avec Apollon et
* Apollod., Bibl., I, 4, 3.
2 Hom., Od ., E, 123.— Apollod., loc.cit.
3 Apollod., Bïbl., I, 4, 4.
4 Id., Ibid.
5 Hygin., Astron ., II, 34. Apollon trompa sa sœur, qui était éprise d’Orion, dieu solaire. Elle atteignit Orion sans le reconnaître.
6 Cf. Arat., Phœnom ., 635 et suiv. etERATOSTH., in xaxaaxepi- <7[xoï<;. — Schol. Eurip., Hecub ., 1088. — Sur le mythe d’Orion, Cf. Preller, Op. cit.y I, 350 et suiv.
Diane, et il est détruit ; Thésée se fait leur serviteur, et il passe à l'état de héros, de demi-dieu. A moitié crétois, à moitié ionen, il n'a pu être tout-à-fait oublié, surtout lorsque Athènes, qui en avait fait un de ses rois, prit au centre de l’Ionie une influence prépondérante.
Thésée vint*à Délos, après avoir quitté la Crète 1 ; il repartit pour Athènes. Lorsqu’il aborda dans l’île sainte, le royaume de Minos florissait, l’Ionie se formait et Athènes devenait puissante; mais on ne sait pas si l’orgueil des Athéniens ne fait pas remonter trop haut l’illustration de leur ville et de leur race. Thésée rapporta de Crète, à Délos, la statue d’Aphrodite quÀriadnelui avait confiée 2 ; c’est donc un culte méridional (probablement phénicien) qu’il introduisit dans le temple d’Apollon. Du reste, on trouve Apollon uni avec Aphrodite dans l’ile d’Anaphé 3. Il régnait déjà quand Thésée vint instituer en son honneur des chants et la danse du Géranos : elle rappelait la course du héros dans le labyrinthe, ou plutôt la marche du soleil parmi les constellations 4. A la suite de ce voyage, la fameuse théorie athénienne fut envoyée à Délos, qui servit ainsi de trait d’union entre la Crète et Athènes.
1 Plut., Thés ., 21.
2 Plut., Thés., 21 ,
3 C. I. Gr.477.2,
Plut., Thés. , 21. — Poll., Onom ., a, loi. — On sait que le Minotaure s’appelait àaxéptoç. Apollod., Bill, gr ., III, 1, 4. Les Grecs eux-mèmes ont révoqué en doute l’existence du Minotaure; ils racontent que les Athéniens envoyés en Crète vinrent à Delphes et finirent par coloniser la Bottiée en Thrace. — Cf. Plut., Quœst. gr ., 35.
ÉRYSICHTHON
Du temps d’Hercule, les Méropes de Cos, déjà cités par l’hymne homérique, ont consacré une statue dans le temple d’Apollon Peut-être ont-ils fait connaître Hercule à Délos avant que les Héracléistes de Tyr 1 2 lui eussent élevé un temple.
Erysichthon.
Erysichthon est, comme Thésée, un de ces dieux ioniens qu’Athènes revendique. D’anciens mythes s’étaient développés librement sur plusieurs points de ITonie, et, par conséquent, dans Athènes : Athènes prétendit plus tard que ces mythes, nés en Attique* avaient été ensuite propagés par elle. C’est ainsi que trouvant à Délos le souvenir d’Erysichthon, roi d’Athènes, elle a pensé qu’il était allé d’Athènes à Délos fonder le premier temple d’Apollon : elle avait un puissant intérêt à rattacher les origines déliennes aux siennes propres.
On a donc raconté qu’Erysichthon vint à Délos avec les Théories, édifia le premier temple d’Apollon 3 ou bien consacra au dieu une statue 4, qui fut conservée. Il mourut aussitôt après son retour en Attique, et son
1 Plut., de Music., 14. Cette statue d’Apollon supportait de la main gauche les trois Grâces.
8 C. I. Gr., 2271.
3 Suiv. Athénée, IX, 392, d., Erysichthon vit seulement Délos (xaxeïSsv). Casaubon a proposé la leçon xaxeïyev. — Sur le temple Délos bâti par Erysichthon. Cf. Eusèbe, Chronic., livre II. (L’an 500 après Ahraham.)
4 Plut., De dædalis 'plat., X. — Cf. Gerhardt., t I, p. 300.
souvenir se retrouve à la fois près du cap Zoster \ où Latone, suivant de vieilles traditions, avait dénoué sa ceinture; à Athènes, où il a rapporté de Délos une statue de bois d’Ilithye, et à Prasiæ 1 2, d’où les vierges hyperboréennes partaient avec leurs présents. Le mythe d’Erysich thon sert donc de trait d'union entre Délos et l'Attique.
Ces légendes ioniennes, accueillies et peut-être modifiées par Athènes , expliquent pourquoi Hypéride, dans un discours célèbre 3, osa prétendre que Délos avait dû son culte aux Athéniens. Erysichthon lui avait donné son premier temple et Thésée ses premiers jeux. En outre, l’Attique était remplie des souvenirs de Latone et de Diane. C’était Prasiæ, c’était Halæ, où la vierge, où la déesse Iphigénie avait consacré la statue d’Artémis Taurique ; c'était Brauron, Héraclée, Eleusis où dix prêtres, les kpomtoi, sacrifiaient, ainsi qu'à Délos, aux fêtes des pentéétérides 4. Diane Tauropole, que l’on retrouve à Délos, pouvait donc venir de l’Attique.
Il est probable qu’Hypéride n’a pas négligé ces arguments spécieux. On sait que, remontant jusqu'à la naissance d’Apollon, il raconta que Latone avait dénoué sa ceinture au promontoire Zoster 5, en Attique, et que Minerve Pronoia l’avait conduite jusqu’à Sunium. Tout
1 Cf. Callim., éd. Spanheim, H. in Del., 209 et le Commentaire.
* Paus., I, 31. 2.
3 Cf., p. 22.
4 Poll., "VIII, 107.
8 Callim., éd. Spanheim, loc> cil. — IIypérid., Deliac. or. frag. cit.
ANIOS
n’était pas fictif dans cette légende : un vieil autel d’Apollon s’élevait encore près du promontoire Zoster1, comme à Gumes, près du promontoire Zostérium 2.
Hypéride tira donc parti de ces mythes pour démontrer que l’origine des cultes déliens était athénienne; mais il lutta contre des traditions mieux établies, qui l’empêchèrent d’être cru par les Athéniens eux-mêmes. Athènes ne pouvait accaparer ainsi tous les dieux et tous les mythes de la primitive Ionie.
§ X. Anios et les Œnotropes.
Le délien Anios est, comme Thésée, un homme, un roi, un dieu. Il appartient à l’ère des héros, à cette époque où, derrière les traditions de la mythologie, on entrevoit quelques faits historiques.
Sa légende est intéressante, car elle nous renseigne sur la civilisation primitive de File. Elle porte la trace de presque tous les mythes qui s’y croisèrent et s’y mélangèrent. On ne s’étonnera donc pas si elle est remplie de contradictions.
Anios était fils de Zarex et de Rhœo 3, ailleurs, de Garystos, époux de Rhœo fille de Zarex 4, ailleurs, d’Apollon et de Gréüse 5; ailleurs encore de Rhœo et
1 Paus., I, 31, 1.
* Tzetzès ad Lycophr ., 1278.
3 Lycophr., Cassand ., 569 et sniv.
4 STEPH. BYZ., M’jxcdvoç.
5 Conon, 41. — Phot., Bill , gr ., éd. cit . 139, a, 18.
d’Apollon L Voici comment Tzetzès établit la généalogie d’Anios : Rhœo était la fille de Staphylos, fils de deBacchus; elle s’unit à Apollon. Staphylos enferma sa fille dans un coffre, et la mit à la mer; ce coffre aborda en Eubée, où Rhœo enfanta Anios près d’une caverne. Transporté par Apollon à Délos, Anios eut pour femme Dorippe, et pour filles les trois Œnotropes, Œno, Spermo, Elaïs 2. Suivant Palæphate, cité par Servius 3, Anios était proche parent d’Anchise; il était au moins son ancien ami, si l’on en croit Virgile 4. Les Troyens séjournèrent dans l’île de Délos; ils y laissèrent des traces de leur passage 5 ; une tradition veut même qu’Enée ait eu d’une fille d’Anios un fils également appelé Anios 6. Ailleurs, c’est un dieu naturalisé crétois, peut-être aryen, Rhadamante 7 qui donna Délos à Anios (écrit ici Anion), comme il avait donné Chios à Œnopion, dieu de la vigne. — Il n’est pas impossible que cet Anion, nommé aussi Ancon, ait été considéré comme distinct d’Anios. On rencontre aussi les noms d’OfWoçet d’ALÉoç, et ce dernier nom se rapproche singulièrement de celui d’Enée8.
1 Tzetzès, ad Lycophr 570.
2 Cyclicorum poetarum fragmenta, Homère , éd. Didot, 1837, p. 593. — Gf. Welcker, Ber episcke cyclus. Bonn, 1849, t. II, p. 108, 109.
3 Serv., Æneid ., III, 80.
4 Virg., Æneid., III. 80 et suiv.
5 Denys d Hal., Ant. rom., II, 50. p. 125 éd. Reiske.
6 Serv., ad Æneid., III, 1, 80. — Diod. sic., Y. 79, 80.
7 Diod. Sic., V. 79 et 80. — Alf. Maury.,c$>. cil., t. E, p. 173.
8 Meineke, Analect. Alex., Berlin, 1843, p. 16 et 17, in not. — Eudoc. Viol., p. 127. — Steph. Byz., müxwvoç. — Servius, ad Virg. loc. cil. Rhœo est aussi appelée Ryo et Roio.
ANIOS
Anios fut adoré dans un temple comme un dieu, et son prêtre contribuait aux dépenses de l’ennéétéri de pythienne. Aussi Clément d’Alexandrie a-t-il pu considérer Anios comme un génie et un devin \ quoique la tradition en fît généralement un roi, un prêtre et un prophète 2. Anios vit commencer et finir la guerre de Troie : il en avait prédit l’heureuse issue à Agamemnon3; il mena Enée consulter le fameux oracle qui* rendit les Troyens à lltalie, leur antique mère 4 .
Les trois Œnotropes, filles d’ Anios, avaient reçu de Bacchus le don de créer l’une du vin, l’autre du blé, la troisième de l’huile. Grâce à leurs dons, l’armée d’Agamemnon put vivre quelque temps à Délos dans l’abondance, et Anios proposa aux Grecs de les héberger toujours. Agamemnon refusa. Pour concilier l’intérêt de son bien-être avec celui de sa gloire, il emmena de force avec lui les trois Œnotropes ; mais, à leur prière, Bacchus les métamorphosa en colombes5. Aussi fut-il défendu de tuer des colombes à Délos.
Thasus étant allé voir Anios pendant la nuit, les chiens le déchirèrent : aussi fut-il interdit par la suite d’avoir des chiens dans l’île sainte G.
1 Clem. Alex., Protrept . , 26. — Strom ., I, 336.
2 Virg., loc. cit. — Ovid., Métam ., XIII, 630 et suiv.
3 Ttetzès ad Lycophr ., 570, 580.
4 Virg., loc. cit.
5 Ttetzès, loc. cit , — Ovid., Métam., loc. cit. — Servius, Æneid ., III, 80.
6 Callim., ed. Ernesti, Lugd. Bat., Schol., t. I, 420. « Sacerdos Apollinis Delii Ardus fuit, ad quem quum venisset per noctem Thasus a canibus laniatus est. Unde nullus canis Delon accedit, auctoreCallimacho. Scholiastesadlhin Ovidii. Re-
er adAtria, (Livre perdu de Callimaque).
DÉLOS
Myconos était un fils d’Anios; un autre de ses fils, Andreos ou Andros colonisa l'î le qui porta son nom 4. Selon Diodore 1 2 Andros était un des généraux que Rhadamante établit dans cette île, au temps de la domination crétoise.
Les contradictions qui semblent obscurcir ce mythe nous aideront à découvrir la vérité. Anios, le plus ancien héros de Délos, est la personnification de ces prêtres-rois que l’on retrouve dans la Grèce primitive, peut-être pélasgique, en particulier à Samothrace. Sa légende nous apprend que Délos, longtemps soumise à ce mode de gouvernement, était, depuis les âges les plus reculés, une île pacifique et sacrée. Elle aimait à vivre dans l'abondance avec les présents qu'elle tenait de ses dieux; et, sans prédilection patriotique, elle accueillait également les Grecs et les Troyens : plus tard elle vécut toujours ainsi, tenant table ouverte, recevant de toutes mains des présents sacrés, et s'enrichissant en paix sous la tutelle d’Apollon. — L’influence sacerdotale de Délos s’est étendue dans les Cyclades.
Délos semble avoir eu très-anciennement un culte local, celui des Œnotropes qui président à la fertilité de la terre : ainsi, non loin de là, Staphylos, grand père d’Anios, préside à la vendange, Ariadne à la vigne, Aristée aux moissons. Le souvenir de Bacchus, qui avait son temple à Délos, est associé avec celui des Œnotropes.
1 OVID., Métavn ., XIII, 648. — StEPH. ByZ., "AvSpoç; Id. Mùxwvoç.
2 Diod. Sic., V, 79.
CONCLUSION
Ensuite, toutes les races, tous les cultes qui ont passé par Délos ont modifié cette religion , et Phistoire d’Anios, qui dut à ces peuples divers une parenté multiple et disparate. Anios est mis dans un coffre flottant comme Persée, comme Deucalion : ce mythe vient peut-être de la Phénicie ; l’Ionie fait d’Anios un fils de Créüse; la Crête, un lieutenant de Rhadamante ; la Troade, un ami d’Anchise. Cette légende est donc comme un abrégé de l’histoire de l’île, et des plus anciennes religionsquis^y sont succédé. Toutes ont brodé sur ce fond primitif : que Délos connut un culte local, celui des Œnotropes, et qu’elle fut gouvernée par des rois pontifes et prophètes. Ce gouvernement survécut à la guerre de Troie. Plus tard, les Doriens envahissent le Péloponèse, les Ioniens, les îles ; et Père des temps historiques est ouverte.
§ XI. Conclusion .
Les plus anciennes traditions mythologiques nous font voir en Délos une île sainte, sacerdotale, visitée par différentes nations qui toutes vénèrent sa religion, et peut-être en même temps son gouvernement et sa population primitive. Mais, comme il est toujours arrivé en Grèce, les races qui ont passé par Délos y ont toutes laissé quelque chose de leur 'mythologie. Le mythe d’Astérie ou d’Astarté, la légende de l’île errante et sacrée, le culte d’Aphrodite, le bassin trochoïde pareil à celui de Sais, Plnopus venu du Nil, font songer à la Phénicie et à l’Egypte. Apollon archer, musicien,
prophète, et Diane avec son cortège de vierges hyper-
boréennes, viennent de l'Asie Mineure, de la Troade, d’Ephèse, de la Lycie. Avant la guerre de Troie, les Cretois sont les maîtres des îles ; on retrouve à Délos des traces nombreuses de leur influence : Thésée, llitbye, Aphrodite ont passé par la Crête. L'Eubée, peut-être Delphes, peut-être la Thrace, ont modifié les légendes d’Anios, d'Apollon, de Diane. Thésée tient à ]a Crète et à l'Ionie qui donne à Délos Erysichthon; enfin, la religion des Athéniens, envahissante comme leur politique, fait de ces divinités ioniennes, que l’Attique avait anciennement connues, des rois Athéniens fondateurs de cultes à Délos.
Ces religions diverses se sont mélangées , à des époques fort difficiles à déterminer. Beaucoup en effet ont abordé à Délos en plusieurs fois : aux temps historiques, la Phénicie lui donnait encore le temple d’Hercule, et l'Egypte celui de Sérapis.
Le hasard et le caprice furent pour beaucoup dans la naissance, dans l’extinction de ces cultes; et la science tenterait vainement d’en saisir les variations. Mobiles, superstitieux, les Grecs ont accepté ces dieux venus du dehors ; leur vanité en a fait des divinités autochthones; leur ingénieuse curiosité en a déformé les légendes pour les expliquer; leur inspiration poétique lésa transformées. Comment établir, sinon les dates, au moins l'ordre d’arrivée de ces cultes? Comment dresser le tableau de ces invasions de divinités ?
A Délos, on peut les diviser en groupes assez indépendants. Délos connut une religion pastorale, fort ancienne, venue peut-être de l'Eubée, celle des Œnotropes, qui se fondit plus tard avec celle d’Apollon. Un
CONCLUSION
autre culte, distinct de celui des OEnotropesou d’Apollon, fut celui des dieux marins, prophètes comme les plus anciennes divinités des eaux. Neptune, Glaucus, les Néréides elles-mêmes, devenues plus tard les suivantes de Diane, appartiennent à une religion distincte.
Apollon est à Délos , comme partout ailleurs en Grèce, un dieu nouveau. Plusieurs dieux , comme Pan, Orion et peut-être Hélios, ont été sinon supprimés par lui, du moins fort effacés. Presque tous les autres cultes se sont combinés avec le sien. Quand un dieu en remplace un autre dans son temple, il prend beaucoup de son aspect et de ses traits. Aussi Apollon, dans ses différents sanctuaires, n’est-il presque jamais identique à lui-même. Cette loi trouve à Délos une application évidente.
Apollon est venu d’Asie amenant avec lui d’autres divinités aussi vieilles, peut-être même plus vieilles que lui. Il a remplacé quelque dieu prophète et solaire dans l’adyton du Cynthe ; il a construit sur le bord de la mer un autel autour duquel une ville de temples s’est peu à peu groupée. Tous les cultes anciens ou nouveaux ont reconnu sa suprématie, ceux de Thésée, d’Aphrodite, d’Erysichthon.
11 est fort difficile de concilier entre eux les mythes de l’île sainte et flottante, celui d’Apollon solaire, et ceux de Diane qui naît avec son frère, ou bien avant lui. Plusieurs traditions distinctes se sont évidemment confondues. L’Apollon, dieu solaire qui naît seul, et qui est à la fois un astre et un homme est produit par une religion naturaliste; elle n’est joas née à Délos
DÉLOS
et elle vient d’Asie. Il faut peut-être voir dans ces couples divins qui se complètent , comme Hécaergos et Hécaergé, comme Diane et Apollon, des dieux d’abord uniques, puis dédoublés par les Grecs. Ils peuvent venir de la Phénicie, mais cela n’est pas encore prouvé.
On voit donc que, si la mythologie délienne était mieux connue, d’importants problèmes seraient enfin résolus. On saurait aussi, quand on aurait élucidé le mythe des Hyperboréens et celui de Latone, ce que signifient ces grands voyages accomplis par des dieux. La géographie les explique-t-elle? ou la symbolique? ou certaines idées philosophiques, et certains rites qui en ont résulté, comme celui des expiations? On saurait, en approfondissant la légende d’Opis, si les plus vieux cultes asiatiques, avant de pénétrer en Grèce, avaient déjà quelque portée philosophique et morale, comme le pensait Platon, et si les divinités solaires avaient déjà le triple caractère dont Bacchus, Hercule, Apollon, Diane ont été revêtus : céleste, terrestre,, infernal.
La mythologie délienne, qui est d’une remarquable richesse, nous permet de hasarder sur chacune de ces questions quelques hypothèses vraisemblables, et nullement de conclure. Gomme ces problèmes n’ont été résolus par aucun mythographe pour aucun pays, il faut attendre que des monographies patientes, et, autant qu’il se pourra, complètes, aient paru sur toutes les îles et toutes les cités principales delà Grèce. Alors seulement on éclairera ces ténèbres profondes qui enveloppent les religions helléniques.