‹ Recherches sur DélosChapitre 54 sur 81 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Sommaire : § 1 . La poésie des cultes déliens . — Les dieux primitifs . — Les victimes d’Apollon. — §2. Apollon et ses poètes. — L’hymne homérique d’Apollon Délien. — § 3. Les lyriques. — Pindare. — § 4. Les tragiques. Euripide. — § 5. Les Alexandrins. Gallimaque. — * § 6. La poésie des derniers jours.

1 1. La poésie des cultes déliens. — Les dieux primitifs. ■— Lés dieux déchus. — Les victimes d’Apollon.

Nous avons, dans la limite du possible, indiqué les origines de ces dieux déliens; mais, quel que soit leur passé, ils nous intéressent surtout parce qu'ils sont devenus helléniques. Transformés par le sentiment religieux des Grecs, ils l’ont inspiré à leur tour; et Délos est moins sacrée pour avoir abrité les obscurs commencements de ses religions que pour avoir attiré vers elles, aussi longtemps que dura le paganisme, une suite ininterrompue de théories, de fêtes et de chefs-d’œuvre. Il faut, s’il se peut, comprendre ces mythes comme la Grèce les a compris, c’est-à-dire poétiquement.

Un double sentiment religieux animait les Grecs anciens: formalistes parfois et surtout superstitieux, ils conservaient avec scrupule les rites observés par leurs ancêtres ; mais aussi, persuadés qu'embellir un culte, c'était l’honorer, et que le génie des poètes, inspiré par

DÉLOS

les dieux, surprenait leurs secrets, ils transformaient librement ces vieilles légendes.

De là une double poésie, celle que réveillaient l'aspect de ces antiques symboles et le son même de ces formules souvent incomprises, et celle qu’une inspiration savante créait librement tous les jours. ÀDélos, elles fleurirent ensemble. Les anciens cantiques furent entendus aux époques déterminées par la liturgie, et chaque grande fête voyait naître quelque hymne nouveau. Sur l’informe bætyle adoré des anciens Pélasges s'élèva le produit d'un art achevé, la statue d’Apollon, en marbre de Paros.

La poésie de ces temps primitifs se révèle dans des œuvres plus modernes. L'oracle du Cynthe, où la sibylle a parlé, ne nous a pas laissé un seul vers : il a inspiré l’imposante prophétie que Virgile, animé par l'esprit des vieilles religions, fait retentir à Délos.

Que savons-nous de Glaucus Délien? Divinité marine, il s’efface, dès que la mer, sillonnée par de nombreux navires, perd son mystère. Mais Llomère, Virgile et Horace nous apprennent encore comment les vieux prophètes, fils de la nature, des bois ou de la mer, changeants, insaisissables comme les éléments, transfigurés par l’inspiration, rendaient autrefois leurs oracles toujours solennels, souvent funestes. Protée ou Nérée nous font comprendre Glaucus.

Brizo n’est pins à Délos que la divinité du menu peuple et des pêcheurs. Nous pouvons deviner cependant quelle poésie elle éveillait dans les âmes naïves qui lui demandaient quelque songe et qui osaient préférer ses prophéties à celles d'Apollon; car nous savons par Es-

Page 1