PINDARE
Chios conseille aux Détiennes de se livrer à la joie de la fête. « Réjouissez-vous, » est en effet le mot sur lequel doit se terminer un hymne où le bonheur éclate en joyeux transports et en images brillantes.
| III. Les lyriques. — Pindare .
A l’homéride de Chios succèdent, après quelques noms presque oubliés, les plus grands lyriques de la Grèce. Ces admirables Ioniens, qui ont atteint sans effort et par la seule expansion de leur nature à la beauté parfaite, sont remplacés par des poètes élevés dans la sévérité de Fart dorien, plus graves, et d’une inspiration concentrée. Moins naïvement enthousiastes de leurs dieux que les Homérides, moins sûrs peut-être de la vérité des légendes populaires, les poètes nouveaux croient autant que les anciens à l’esprit divin qui les visite et qui les anime, et sans lequel tout leur génie languirait.
Il est à regretter que les productions de cet art, à la fois sincère et savant, aient péri presque entièrement, et qu*en particulier il reste à peine quelques vers des poètes lyriques sur Délos et sur son dieu. Un fragment trop court sur la naissance d’Apollon, par Théognis, qui imite Fhymne homérique, et quelques vers de Pindare, voilà ce qui demeure de ces chants si nombreux que la Grèce consacrait à Délos. Au moins les vers de Pindare que nous avons conservés laissent-ils entrevoir ce que Phymne pouvait être. Il montre d’abord cette Délos, que les dieux ont nommée « l’astre brillant de la mer sombre », flottant sur les eaux. Latone y pose le
DÉLOS
pied et l’île se fixe. Alors quatre colonnes, droites, inébranlables, s'élancent de leurs bases souterraines, et leurs sommets soutiennent le rocher. C’est là « qu’après avoir enfanté, la déesse contempla son heureuse progéniture ».
Cette naissance est donc racontée en un seul vers très-simple, comme Pindare les écrivait souvent. Après une longue suite de strophes, il aimait à s’arrêter sur une image frappante. C’est ainsi qu'ailleurs, après la prière de Pollux, tout d’un coup son frère ressuscite : devant le miracle qui s'achève, l’hymne se tait, et l’esprit, saisi par une religieuse émotion, se recueille.
La prosodie délienne ne procède pas autrement. Tandis que l’homéride insiste avec une foi naïve sur tous les détails traditionnels, plus grave, plus réfléchi, Pindare se concentre et se précipite. En deux bonds, son inspiration franchit toute la légende : une image grandiose représente l’île qui se fixe ; un seul vers montre Latone qui contemple ses enfants ; le grand acte est accompli.
§ IV. Les tragiques. — Euripide.
La civilisation se raffine en Grèce, et la poésie se transforme : de lyrique, elle devient dramatique. Délos, toujours chantée par les hymnes, est célébrée dans les tragédies. Le chœur de Y Iphigénie en Tauride estcomposé de jeunes filles déliennes qui regrettent la patrie absente ; et c'est encore un éloge de Délos que cette douleur des exilées. Sur le rivage de la Tauride et dans son temple sanglant, elles ne peuvent, sans verser des