‹ Recherches sur DélosChapitre 57 sur 81 · EURIPIDE · texte numérisé non relu

EURIPIDE

larmes et sans pousser, comme l’alcyon, des gémissements plaintifs, songer à leur belle et religieuse patrie, à la demeure de Diane qui s'élève auprès du Gynthe, et aux arbres sacrés, et à l’étang circulaire où chante le cygne mélodieux, serviteur des Muses. Chaque poète s’est inspiré de Délos suivant son génie ; la mélancolie remplit ce chœur d’Euripide. Cette tristesse est de circonstance. La religion, qui a si longtemps protégé l’ile, commence à n'être plus respectée ; Euripide lui-même, quand il met en scène quelque pieuse légende, songe moins à honorer les dieux qu’à toucher les hommes ; et l'on entre dans l’époque où l’hellénisme, commençant à perdre confiance en lui-même, au lieu de se glorifier, s’inquiète et s’attriste. A cette époque, les hommes sacrés de Délos sont raillés par les Athéniens, puis expulsés; et ses vierges ont peut-être connu, sinon la captivité, au moins l’exil, « entraînées sur les vaisseaux, parmi les rames et les lances. » Sil 'Iphigénie en Tauride date, comme on croit, de la vieillesse d’Euripide, il a connu ces malheurs de Délos; peut-être même, par une délicate allusion, a-t-il voulu attendrir les Athéniens, si durs pour les indigènes de l’île sainte. Et, du reste, Athènes ellemême, vaincue en Sicile, ne laissa-t-elle pas comme Délos, sur une terre lointaine, des exilés et des captifs ? Par delà ces plaintes des vierges Détiennes, on en croit entendre de plus touchantes, celles d’Athènes, dont la ruine s’apprête, et de la Grèce entière, dont la décadence a commencé.

DÉLOS

§ Y. — Les Alexandrins. — Callimaque.

D'Euripide, nous arrivons à Callimaque. Les temps de puissance et de gloire sont passés pour la Grèce.

Son polythéisme, de plus en plus envahi par la superstition, est, d’un autre côté, profondément atteint par le scepticisme philosophique. Mais alors le monde païen, sentant sa ruine prochaine, essaie de raviver en lui la foi religieuse de ses âges primitifs et de rouvrir les antiques sources de la poésie sacrée : ce fut d’abord l’œuvre des Alexandrins. Erudits et mystiques, ils voulurent découvrir l'origine de leurs religions par, la science et les interpréter par le sentiment.

Ces préoccupations trop diverses les perdirent; et les qualités de ces esprits si raffinés, trop variées, manquent de cohésion. L’homéride de Chios croyait à son dieu, etPindare, à l’inspiration divine; Callimaque est tour à tour un mystique solennel, un érudit, un poète descriptif, jamais un croyant. Les rôles qu’il joue s'embarrassent et se contredisent ; ils laissent froid en ôtant l’illusion. Ce poète officiel, d'une élégance maniérée, ce savant consciencieux et sabtil est rarement inspiré. Pour fondre dans un ensemble harmonieux l'art et la science, il fallait plus que le talent de Callimaque, il fallait le génie de Virgile.

Callimaque, en outre, est un Grec qui vit en Egypte. Il conserve aux divinités helléniques leurs formes consacrées; mais, d'instinct ou de parti pris, il en fait, lorsqu’il le peut, des enfants du Nil. Cette théorie, que la science pourra quelquefois discuter, n’inspire ni l’art ni

Page 1