‹ Recherches sur DélosChapitre 58 sur 81 · CALLIMAQUE · texte numérisé non relu

CALLIMAQUE

la poésie. Les dieux de la Grèce et ceux de l’Egypte notaient point faits pour se comprendre et s’allier. Virgile, mieux avisé, veut qu’ils se combattent; et l’Apollon d’Actium, en tendant son arc, fait fuir jusqu'au fond de l’Orient ces divinités à tête de chien ou d’ibis. La tentative des Ptolémées, qui unissaient la Grèce avec l’Egypte, a souvent été féconde, surtout pour la science ; mais les belles poésies de l’école alexandrine n’ont été inspirées que par l’art hellénique, sans mélange.

Virgile a pourtant imité les premiers vers de l’hymne consacré par Callimaque à l’Apollon Délien, sans doute pour avoir trouvé à ce début un certain air de gravité convaincue :« Comme le laurier d’Apollon s’agite et le temple tout entier ! Arrière, arrière les profanes ! Le pied du beau Phoebus ébranle la porte. Ne voyez-vous pas ? Le palmier de Délos s’est incliné tout à coup avec un doux murmure, et le cygne fait entendre dans les airs ses belles mélodies, etc. » Voilà bien tout l’appareil de la superstition païenne: un temple qui s’ébranle, des portes qui vont s’ouvrir, un dieu sur le point d’apparaître, le souffle sacre qui courbe les arbres. Certes, les prêtres n’étaient pas toujours les dupes de cette mise en scène; mais les ignorants, les enfants, et les âmes qui ne voulaient pas se détacher de leurs convictions, devaient, en attendant le miracle, se recueillir et trembler, Plus mystique que pieuse, cette époque s’inspire moins de la religion primitive d’Apollon que du culte établi par les prêtres, moins du dieu que du sanctuaire; et le ton de Callimaque est celui d’un pontife grec, ou plutôt égyptien, qui accomplit et qui prône ses mystères.

Dans l’hymne à Délos, il est moins mystique et plus

DELOS

érudit. De nombreuses légendes, agencées avec un art pénible, appesantissent d'assez jolies descriptions. La partie méridionale de Délos est encore aujourd’hui un rocher exposé aux vents, aimé des oiseaux marins, battu et usé sans relâche par les flots écumants. Dans le cours du récit, Mars et Iris font vraiment grande figure sur ces montagnes, d'où ils ne perdent pas Latone de vue, terrifiant ses amis, écartant d'elle tout secours. Elle, épuisée et mourante, adresse au Pénée de touchantes prières que le fleuve repousse, bien malgré lui; mais ensuite pourquoi tant d’érudition ? Pourquoi nous raconter la légende d'Apollon, prophète avant d’être mis au monde? Dans le sein de sa mère, il disserte longuement sur le pays où il lui plaira de naître ! Il naît enfin, et, comme dans l'hymne homérique, Délos se couvre de rayons d’or ; les cygnes s'élèvent en chantant autour d’elle. Ces images sont gracieuses; mais pourquoi ajouter que les cygnes ont tourné sept fois autour de l’île, et qu'en l'honneur de ce nombre, Apollon a mis à sa lyre sept cordes ? L’érudition et la poésie sont choses fort distinctes, que le savant poète a confondues. Nous aurions de beaucoup préféré à cette compilation versifiée un traité sur les mythes déliens et un hymne plus simple. Aussi passons-nous rapidement sur ces œuvres. L’inspiration de Callimaque et ses procédés littéraires sont faciles à comprendre et à définir. Nous avons parlé ailleurs de ses légendes érudites.

§ VI. — La poésie des derniers jours. — Conclusion.

Après Callimaque, Délos, trop souvent chantée, de-

CONCLUSION

vient fastidieuse. Virgile lui-même, qui lui a pourtant consacré quelques beaux vers, reconnaît que le sujet est épuisé :

Cui non die tus Hylas puer et Latonia Delos ?

L’antiquité se fatigue de sa religion et se dégoûte de sa poésie ; le paganisme touche à sa fin.

Des épigrammes, des vers sibyllins constatent cette décadence ou la déplorent ; puis l’île sainte s’endort insensiblement dans l’oubli le plus profond, jusqu’au jour où la piété des modernes viendra réveiller les souvenirs dont cette terre est remplie.

En résumé, c’est l'antiquité tout entière que Délos nous rappelle . L’époque homérique nous a laissé l’hymne du poëte Chiote; la période des grands lyriques, les fragments de Théognis et de Pindare; celle des tragiques, les chœurs d’Euripide; les derniers temps du paganisme, Callimaque, Virgile et quelques poésies détachées. La série des hymnes déliens nous manque; mais on connaît les principales transformations qu’ils ont subies, à mesure que l’esprit des temps se modifiait.

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