‹ Recherches sur DélosChapitre 70 sur 81 · DESTRUCTION DE LA VILLE · texte numérisé non relu

DESTRUCTION DE LA VILLE

Délos était donc tout- à-fait prospère lorsque Mithridate fit la guerre aux Romains. Athènes soutint le roi de Pont, Délos resta fidèle à Rome. On ignore comment Athènes fut séparée ainsi d’une île pleine d’Athéniens. Peut-être les Romains et les Italiens, fort nombreux aussi, ont-ils maintenu le reste de la population ; peut-être furent-ils soutenus par une garnison ou par une flotte romaine.

Délos fut donc enlevée aux Athéniens, qui envoyèrent Apellicon pour la réduire h Cet érudit s’improvisa général. Philosophe péripatéticien, et de plus archéologue, il aimait à recueillir de vieilles inscriptions, et n'aurait jamais dû tenter d’autres conquêtes. Pendant qu’il menait son expédition plutôt comme une procession que comme une armée, et qu’assiégeant Délos munie d’un rempart provisoire1 2, il ne songeait ni à se retrancher lui- même, ni à garder les derrières de l’île, le propréteur romain Orbius ou Orobius, qui défendait la ville, le surprit, dispersa toutes ses troupes, presque sans combat, et prit ses machines de guerre. Apellicon s’échappa, et les vainqueurs érigèrent un trophée avec une inscription commémorative.

Les armes romaines plutôt encore que la protection d’Apollon avaient épargné à Délos un désastre, mais pour quelques mois à peine. Archélaüs, général de Mithridate, soumit les Çyclades, prit Délos, extermina vingt mille habitants, la plupart italiens, et transporta

1 Athén., V, 211, 214, 215, d’après Poséidon d’Apamée.

2 Si Délos n’avait pas été quelque peu fortifiée, Apellicon, tout mauvais général qu’il était, ne se serait pas muni d’une hélépole.

318 DÉLOS

dans Athènes le trésor sacré1. Cette dévastation fut complète : on massacra non-seulement les métèques, mais les Déliens eux-mêmes, et l’on réduisit leurs femmes et leurs enfants en esclavage. On pilla tous les comptoirs des négociants, tous les trésors des dieux, et Don s'acharna même contre leurs temples. On brisa leurs statues, on les jeta à la mer, et l’une d’elles, si l’on en croit la tradition, aborda au cap Malée, où elle fut recueillie. En un instant Elle sainte devint un désert2.

Athènes allait tomber au pouvoir de Sylla en 86 av. J.-C. Le sac deDélos est un peu antérieur à cette date. L'île, ruinée et sans doute à peu près vide d’habitants, fut rendue aux Romains à la paix de 84 av. J.-C.3

Mithridate fut donc trois ou quatre ans maître de Délos. Deux inscriptions datent de cette époque4. L’une est dédiée à Nicomède III, l’autre à Mithridate, par un gymnasiarquè d’Athènes. Il est probable qu'Athènes administrait alors Délos comme un ville conquise, et que ces deux inscriptions sont du commencement de l'année 87.

1 Plut., Sylla , 10 et suiv. — Appien., Ve tell. Mith 28. — Florus, III, 8. — Strab., 486. — Suivant Appien, c’est Archélaüs qui détruisit la ville. Le nom de Néoptolème est cité par Florus ; enfin , Pausanias nomme Ménophane. Ce Ménophane doit être le même que Métrophane qui, d’après Appien, conquit l’Eubée. 11 est probable qu’Archélaüs commandait en chef et que ses lieutenants, Néoptolème et surtout Ménophane, ont présidé ausac de Délos. On lit dans Strabon qu’elle fut pillée par les généraux de Mithridate.

2 Paus., loc. cit.

3 Strab., loc. cit.

4 G. I. Gr., 2279, 2277.

Page 1