ELLE DEVIENT DÉFINITIVEMENT ATHÉNIENNE
La religion lui attiraitaussi moins d’hommages qu’autrefois. Les rois d'origine grecque, magnifiques comme des parvenus, désireux de se concilier par des largesses les dieux de leur race, et les rois barbares, qui s’alliaient aux Hellènes et les flattaient en vénérant leurs sanctuaires, furent remplacés par des gouverneurs romains sceptiques et avides. Alors l'Egypte, la Syrie, le Pont, la Macédoine, cessèrent d’envoyer leurs offrandes à Délos. Les Grecs eux-mêmes, dans leur abaissement et dans leur misère, n’avaient plus ni le moyen ni le désir d’enrichir encore cette petite île athénienne. Quant aux Romains, ce qu'on pouvait leur demander, c’était de ne pas la piller eux mêmes.
Athènes, il est vrai, y accomplissait toutes les cérémonies prescrites1; mais la confiance et par conséquent la joie manquaient à ces solennités, et qu'étaitce que des fêtes déliennes célébrée sans allégresse? Sans doute, un culte formaliste et comme machinal, rendu par de mornes adorateurs à un dieu qui n’avait su protéger ni la Grèce, ni son propre sanctuaire : des chants entendus jadis par des ancêtres, * beaux comme les dieux, » aimés par la Grèce libre, écoutés maintenant avec une tristesse que ravivait le souvenir du passé. A force d'être répétée sans joie ni conviction, la légende d'Apollon est devenue banale au point que Virgile la dédaigne 2.
Les sacrifices des Hyperboréens ont cessé 3. Peut-
1 Paus., VIII, 331. — Strab., 48, 6.
3 Cf. p. 247.
3 Mêla, III, 17. — Pourtant on voit dans Pausanias que les présents hyperboréens étaient encore transportés de Prasiæ à
DÉLOS
être ne reste-t-il plus assez de jeunes filles détiennes pour former les chœurs chargés de les accueillir. La Grèce n’interrompt point ses fêtes traditionnelles, comme pour se prouver à elle-même qu'elle existe ercore; mais ses pompeuses cérémonies, réglées par l'usage, qui ne relèvent aucune espérance et n’inspirent aucune poésie, ont perdu leur sens.
Le monde ancien ne fut pas insensible au spectacle de cette infortune. Il est facile de plaindre les grandeurs disparues, et ce lieu commun a été traité par quelques poètes. C’est Tibulle, qui voit avec tristesse les navires passer devant Délos sans s’y arrêter1 ; c'est Apollonidès ou Antipater de Thessalonique déplorant le sort de Délos, devenue moindre que Tinos 2; c’est plus tard Alphée de Mitylène 3 qui la réhabilite, malgré sa misère présente, au nom de son glorieux passé. Les historiens se contentent de constater cette décadence. On lit dans Strabon que Délos ne se releva jamais du coup qui lui fut porté par Ménophane 4; et, dans Pausanias5, que les Athéniens préposés à la garde des temples sont les seuls habitants de l’ile sainte.
Les chrétiens, Tertullien 6 et les Pères de l'Eglise de-
Délos. Sans doute les sacrifices par lesquels on accueillait ces présents étaient tombés en désuétude. Peut-être aussi les Antonins ont-ils remis en vigueur certaines cérémonies auparavant négligées.
1 Tibul., Eleg ., II, 3, 30.
2 Anthol. gr éd. Bosch, 1795, t. 58, ép. I.
3 Id. ibid., ép. III.
4 Strab., 485, 486.
5 Paus., VIII, 33, 1 .
c De Pallio, 2.