‹ Recherches sur l'absorption et le rejet de l'eau par les grainesChapitre 12 sur 48 · SUR LES VARIATIONS DE LA MARCHE DE LA PÉNÉTRATION DE L'EAU · texte numérisé non relu

SUR LES VARIATIONS DE LA MARCHE DE LA PÉNÉTRATION DE L'EAU

Dans le chapitre précédent, nous avons montré que le pouvoir absorbant des graines est très variable.

La pénétration de l’eau envisagée depuis l'immersion de la graine Jusqu'à la saturation est aussi très variable. C’est ainsi qu'en plongeant des graines de Lupin blanc, de Lupin bleu, de Fèves, de Haricots, de Lentilles dans de l'eau, on voit une partie des graines plissées au bout d’une heure, alors que les autres sont encore intactes. Parmi ces dernières, les unes se plissent au bout de deux heures, tandis que celles qui restent se plissent seulement au bout de 10 h., 20 h., 30 h., 50 h. Certaines enfin ne se plissent pas du tout et ainsi que Je l'ai constaté par des pesées, n’absorbent pas la moindre parcelle d’eau.

Cette question des graines qui ne gonflent pas dans l’eau a déjà été abordée par plusieurs physiologistes et notamment Detmer. Ce dernier a reconnu que cetle non-pénétration n'élait pas due à une couche cireuse enveloppant le tégument ; J'ai vérifié le fait à maintes reprises. Detmer en conclut

que le phénomène est dû à « certaines particularités de la structure du tégument », ce qui est au moins vague. J'ai fait des coupes dans les graines d’une même espèce, dont les unes s'étaient gonflées el les autres étaient restées sèches, bien qu'immergées, et je n'ai trouvé aucune différence de structure entre elles. Tout au plus signalerais-je l'observation suivante :

Le testa des graines est en général limité extérieurement par une assise de cellules épidermiques aux membranes fortement épaissies et allongées perpendiculairement à la surface. Or, en faisant des coupes dans des graines gonflées, on voit toujours des fentes, disséminées au hasard, isolant deux cellules voisines, tandis que les autres sont étroitement unies les unes aux autres.

D'autre part, par des coupes faites dans des graines non gonflées après une semaine d'immersion, on voit que ces fentes sont extrèmementrares; peut-être même celles que l’on observe ne sont-elles dues qu’à l’action mécanique du rasoir.

L'eau pénètre-t-elle dans le testa par les fentes que Je viens de signaler? Les graines qui ne se gonflent pas dans l'eau doivent-elles cette propriété à l'absence de ces fentes ? C'est là une simple hypothèse que j'émets sans avoir résolu la question.

À propos des graines qui ne se gonflent pas, des graines réfractaires pourrait-on dire, 1l y a quelques remarques à faire.

1° Beaucoup d'espèces ne présentent jamais de graines réfractaires. Ex. : Pois.

2° Plusieurs espèces ne présentent que rarement des graines réfractaires. Ex. : Lupin blanc.

3° Certaines espèces présentent très souvent des graines réfractaires. : Ex. : Lupin jaune.

4° De nombreuses espèces présentent beaucoup plus de graines réfraclaires que d’autres. Ainsi, sur dix graines de Cytisus Laburnum mises dans l’eau pendant {rois mois, je n’en ai vu qu'une seule se gonfler, et encore ce phénomène

s'élait-il produit rapidement, comme si la graine avait élé blessée. Les neuf autres sont restées absolument intactes et n'ont pas absorbé d'eau. Il semble donc que chez le Cytise, les graines réfractaires sont la règle.

5° Les graines réfractaires blessées même très légèrement (par exemple, une piqûre d’épingle) gonflent (très rapidement.

6° Les graines réfractaires, blessées et gonflées, germent comme celles qui se sont gonflées naturellement.

Enfin je ferai remarquer que ces graines réfractaires sont très uliles aux espèces qui les possèdent, car elles peuvent rester dans le sol très longtemps sans germer et ne sortir de leur torpeur que lorsqu'une blessure, par exemple, une morsure d'insecte, vient à les effleurer. Si l'espèce a été détruile par un cataclysme quelconque, les graines réfractaires peuvent alors la régénérer.

Le début de l’imbibition est donc rès variable. Une varialion analogue s’observe aussi dans la marche générale du phénomène.

Dans le tableau ci-dessous j'ai indiqué les quantités d’eau absorbées pour 100 de graines ayant commencé à se plisser en même temps. Ces chiffres sont relatifs à des Fèves placées dans de l'eau chloroformée. La lettre (S) indique la saturation.

Poids initial Quantité d'eau Quantité d'eau Quantité d'eau Quantité d'eau de la graine. absorbée p. 100 absorbée p. 100 absorbée p. 100 absorbée p. 100 (Grammes.) au bout de24h. auboutde48h. au bout de 72h. au bout de 96h, 1,218 76,6 115,5 149,4 150,40 (S) 1,286 19,5 109,1 151,09 (S) 1,300 112,15 116,45 123,15 123,84 (S) 1,365 87,3 98,9 131,05 139,9 (S) 1,396 128,9 135,2 136,8 137,8 (S; 1,457 134,3 154,8 156,7 (S) 1,554 59,8 127,7 148,7 (S) 1,880 91,9 160,89 (S) 2,0 126,1 137,1 139,5 148,5 (S) 2,133 28,5 101,1 135,3 183 (S) 2,263 136,5 150,5 157,5 169,5 (S)

Comme on le voit, la pénétration de l’eau dans la graine ANN. SC. NAT. BOT. ll, 10

146 HENRI COUPIX.

suit une marche lrès irrégulière suivant les semences observées : la saturation arrive tantôt au bout de 48 heures, tantôl au bout de 72 heures et de 96 heures. On voit cependant que, avec des Fèves, elle n’a jamais lieu au bout de 24 heures et qu’elle est toujours complète au bout de 96 heures; c’est même à ce moment que la majorité des graines atteint sa saturation.

Conclusion :

La pénétration de l'eau dans les graines, quant à son début el à sa marche, est très variable dans la même espèce.

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