DESCRIPTION D'UN APPAREIL INSCRIPTEUR DU PHÉNOMÈNE
L'appareil dont je me suis servi pour éludier les changements de volume de l’eau et des graines qui se gonflent se compose essentiellement (fig. 13) d’une boule en verre B, d’une capacité d'environ 1/3 de litre. À sa parlie supérieure, ce réservoir porte une tubulure A de 0",06 de Ilongueur et 0®,04 de diamètre, pouvant être oblitérée par un bon bouchon de caoutchouc E, traversé en son milieu par un agitateur mobile F, glissant à frottement doux.
A sa parlie inférieure, le réservoir se continue avec un
tube de 0",08 de long, se recourbant de manière à devenir
Fig. 13. — Appareil servant à inscrire les variations de volume des graines et de l’eau qu'elles renferment. —U, cylindre enregistreur; X, courbe tracée ; N, paille inscriptrice ; O, fil à plomb; P, poids; L, tige du flotteur; G, douille guidant le flotteur; JKL, flotteur ; M, tube renfermant le mercure où repose le flotteur ; S, courant d’eau; H, branche ascendante; G, branche horizontale; D, mercure de l'ampoule ; B, ampoule ; C, graines ; 1, support du fil à plomb; Q, support de l’ampoule ; A, col de l'’ampoule; E, bouchon; F, agitateur.
Nota. — Dans ce dessin il y a deux points à rectifier : 1° les graines C ne doivent former qu’une seule couche à la surface du mercure D; ?° la paille N doit avoir la même longueur de part et d'autre de la tige L.
horizontal sur une longueur de 0",09. Ce dernier se re-
courbe enfin en une branche verticale, bien calibrée, de ANN. SC. NAT. BOT. Il, 12
0",20 de long et 0*,0035 de diamètre intérieur. La section de la cavité intérieure de ce tube est donc de 9"",65.
J'ai également employé, mais plus rarement, des réservoirs de 1/6 de litre et des tubes de 1*",5 de diamètre intérieur.
Dans le réservoir se trouvent les graines, l’eau el du mercure qui se continue dans la branche horizontale et jusqu’à une certaine hauteur dans la branche verticale du tube.
Sur la surface libre du mercure repose un petit flotteur en aluminium, formé d’un tronc de cône el d’un cylindre. Ce dernier porte à sa partie supérieure une mince lige de fer de 0",22 de long qui supporte à son sommet une paille réunie à elle par de la cire et coupée en biseau à une de ses extrémités. La tige de fer est maintenue verticale par un petit chapeau en laïlon, percé en son centre d’un pelit trou dans lequel elle peut glisser sans frottement.
Quand on commence à faire des expériences, on est tenté de fixer la tige de fer à l’extrémité non pointue de la paille ; c’est une pratique essentiellement mauvaise et qui fait parfois manquer nombre d'expériences. En effet, la paille, pesant d’un seul côté, entraîne la tige obliquement et lui fait toucher les bords du trou du petit chapeau. Ce frottement est alors suffisant pour arrêter la marche du flotteur. Il faut donc coller la tige au milieu de la paille : le flotteur reste de cette façon vertical et ne frotte pas sur le chapeau.
La pointe du style en paille est guidé par un fil de soie maintenu vertical par un petit poids. Elle s'appuie sur un cylindre inscripteur recouvert d'un papier enduit de noir de fumée. Les cylindres que j'ai employés avaient une circonférence de 0",295 et faisaient un tour complet, l’un en une semaine, l’autre en un jour.
Tout l'appareil, à l'exception de la tubulure et du sommet de la branche verticale, est plongé dans un vase rempli d’eau el parcouru par un courant à température constante. De cette façon on n’a pas à craindre que les changements de la température ambiante ne viennent dilater ou contracter le
mercure et faire croire ainsi, à une augmentation ou à une diminution de volume des graines.
Le courant d’eau a aussi l'avantage d'enlever la chaleur dégagée par la combinaison de l’eau et des matières de réserve, chaleur qui serait capable de produire un déplacement notable du flotteur : ce courant d’eau est très important.
D’après la description de cet appareil, il est facile de concevoir son mode de fonctionnement. Si l’augmentation de volume des graines est exactement égal à la quantité d’eau qu'elles ont absorbée, le volume du liquide du réservoir ne change pas et le style trace une ligne horizontale. Si l'augmentation de volume des graines est plus grande que la quantité d’eau qu'elles ont absorbée, le volume du liquide du réservoir devient plus grand, le flotteur s'élève et ie style inscrit une ligne ascendante. Si enfin, il y a contraclion, c'est-à-dire si l'augmentation du volume des graines est inférieure à la quantité d’eau qu’elles ont absorbée, le volume total diminue, le flotteur s’abaisse et le style inscrit une ligne ascendante.
De cette façon, les moindres différences de volume s’ins= crivent surle cylindre enregistreur, à la condition d'employer un nombre de graines suffisamment grand et un tube suffi: samment étroit. Ceci dit, voyons de quelle façon on procède pour mettre l'appareil en travail.
Du mercure bien propre élant versé dans le réservoir, on achève de remplir celui-ci avec de l’eau et on projette dans le liquide les graines, en ayant soin de suivre les conseils que nous donnons plus loin. Ceci élant fait, on met en place le bouchon et on enfonce l’agitateur. Le mercure s'élève dans la branche verticale et une partie s'écoule par l'extrémité libre. On retire alors un peu lagilateur, suffisamment pour que le mercure descende vers le milieu environ dela branche verticale. C’est alors seulement que l’on introduit le flotteur et qu'on appuie légèrement la pointe de la paille à l’aide du fil à plomb sur le cylindre.
180 HENRI COUPINX.
lei se place un délail, infime en apparence, mais qui a eu, pour moi, une importance considérable, puisque, pour l'avoir méconnu, mes recherches ont été très aléatoires pendant fort longlemps : ce n’est guère qu'à partir de l’époque où je l’ai mis en lumière que j'ai pu recueillir les graphiques dont il est question dans ce travail. Les variations de volume élant presque toujours très faibles, et comme on est obligé pour des raisons que j'exposerai plus loin à se limiter dans le nombre des semences mises en expériences, on est forcé de ne se servir que d’un tube de très faible diamètre.
Au début, pour me conformer à l'habitude des physiologistes qui ont l’occasion d'employer des manomètres inscripteurs, je prenais grand soin de tenir l'intérieur du tube bien sec, ainsi que la surface du mercure. Malgré le bon calibrage du tube et la régularité du cylindre d’aluminium, presque à chaque expérience 1l arrivait un accident à ce dernier. Avec un tube de très faible diamètre, le flotteur se laissait submerger par le mercure se dilatant ou restait adhérent au verre quand le mercure redescendait. Si la lumière du lube était moyenne, le premier accident était bien écarté, mais le second subsistait souvent. Or,ce fait se produisant même une seule fois, l'expérience était perdue. En désespoir de cause, j'eus l’idée, pour rendre l’adhérence du mercure el du flotteur plus intime, de mouiller légèrement la surface du ménisque avec de l’eau. Les résultats obtenus furent, s’il élait possible, encore plus mauvais que précédemment : l’eau se glissant entre Le verre et le flotteur, maintenait celui-ci fixe par capillarité quand le mercure descendait. Continuant mes tâtonnements, j'eus le plaisir de voir aboutir mes efforts d’une facon aussi simple qu'inattendue, en metlant dans le tube suffisamment d’eau pour noyer complètement le flotteur. Dès lors, je vis l'appareil inscripteur suivre avec la plus grande fidélité les divers mouvements du mercure : l’eau faisait adhérer facilement le flotteur au mercure et lui permettait de glisser le long du tube. De plus, le petit
chapeau élant percé d’un très pelit orifice, il n’y a pas à craindre l'évaporation de l’eau du tube : l'appareil peut fonctionner plusieurs Jours sans inconvénient. Cette méthode n'est pas applicable à un cylindre d'ivoire, car celui-ci, en contact de l'eau, se dilate et ne peut plus glisser dans le tube.