CHAPITRE XX
SUR LA RARÉFACTION DE L'ATMOSPHÈRE INTÉRIEURE DES GRAINES QUI SE GONFLENT.
On peut démontrer la raréfaction de l'air contenu entre l’amande et le tégument quand celui-ci se dilate par suite de limbibition de l’eau. J'ai employé à cet effet un appareil très simple à construire.
La graine dont je me suis servi est celle du Canavalin ensiformns, sorte de gros Haricot des Antilles. Jai choisi cette graine parce que le phénomène morphologique du gonflement est {très net et très puissant. À l’un des sommets, je perce un pelit orifice arrondi d'environ un millimètre el demi de diamètre. Ce trou intéresse seulement le tégument et non l’amande.
D'autre part, je prends un tube de verre ordinaire dont je fonds le milieu à la lampe
Fig. 27.— Coupe théorique du dispositif destiné à montrer la raréfaction de l'atmosphère intérieure des graines qui se gonflent. —
et que j'élire ensuite de manière à avoir une longueur d'environ 60 centimètres. Je coupe la partie effilée au milieu. Jai ainsi un tube de très mince diamètre (environ 4 millimètre) qui est encore attaché au restant du tube. Je coupe celui-ci avec soin de ma-
e, eau ; /, tégument de la graine; g, amande de la graine ; L, partie évasée du tube; 7, cire molle ; :k/, tube capillaire; "”, index de mercure.
nière que le petit {tube possède à son extrémité une forme
évasée (fig. 27).
Ceci étant fait, je courbe le tube à angle droit à environ
3 centimètres de la partie évasée.
En aspirant dans un bain de mercure, je loge dans la
branche horizontale un petit index de mercure et je m'arrange pour que celui-ci occupe à peu près le milieu du tube.
C'est alors que j'applique l'extrémité évasée sur l’orifice praliqué à la graine et que j'entoure cette extrémité de cire
molle (et non de cire à cacheter qui se fendille trop facilement). J’étale ensuite celle-ci sur le sommet de la graine. Pour que l’adhérence soit parfaite, j'étale les bords avec un petit scalpel légèrement chauffé. Il est bon pendant cette opération de ne pas frotter le reste de la graine avec les doigts qui ont touché la cire molle : la très faible quantité de cire molle que l’on dépose ainsi sans le savoir à la surface du tégument suffit à empêcher l'imbibition.
Quand l'opération est terminée, l’espace intercotylédonotégumentaire ne communique plus qu'avec la cavité du tube et non avec le dehors. On s'assure qu'on est arrivé à ce résullat quand, en inclinant le tube, soit dansun sens,
soit dans un autre, l’in- Fig. 28. — Dispositif pour montrer la raréfac- - © tion de l’atmosphère intérieure d’une graine dex ne bouge ee de pendant l'imbibition. — A, vase ; B, support place.
soutenant la graine ; C, eau; D, graine; E se F2 r cire; F, branche verticale du tube ; G, Après avoit collé
branche horizontale du tube ; H, index de (fig. 28) sur le tube horimercure; 1, bande de papier; M, indique la # É ;
direction du déplacement de l'index H. zontal une feuille de pa-
pier portant des divisions très rapprochées, je plonge la graine dans de l’eau. Elle ne doit plonger que jusqu’à 2 millimètres environ au-dessous de la cire molle. Sans cette précaution, le tégument se dilate tout près de celle-ci, la cire se décolle et l’eau pénètre dans le tube. Au contraire si la graine ne plonge que dans sa région non cirée, le tégument se dilate tout à son aise, au moins pendant tout le début de l'expérience.
L'expérience élant ainsi disposée et, presque tout de suite après, on voit l'index se rapprocher lentement de l'extrémité coudée du tube, c’est-à-dire vers la graine, indiquant ainsi neltement que l'atmosphère intérieure de la graine se raréfie (1).
(1) Comme la capillarité entrave quelquefois la marche de l'index, il
L'appareil que je viens de décrire n’est destiné qu'à #0nrer le fait de la raréfaction de l'air et non à la mesurer. Rien ne serait plus facile cependant que de le faire en calculant les déplacements de l'index; je ne l'ai pas fail, car les résultats obtenus ne seraient pas intéressants, vu qu’une partie seulement de la graine plonge dans l'eau, ce qui n’est pas une condition normale. D'autre part, il n’est pas possible de suivre l'expérience pendant longtemps, car, à la longue, la dilatation du tégument finit par gagner la région siluée au-dessous de la cire et à décoller celle-cr.
Le volume de cet appareil étant très petit, on peut fort bien le projeter tout entier dans un cours publie, maus il faut se hâler, car, à peine la graine est-elle plongée dans l'eau, que les déplacements de l'index sont très rapides.
On peut aussi quelquefois constater les mêmes faits d'une manière plus simple, mais, il est vrai, moins probanle. Il faut pour cela choisir une graine de Lupin en plissée. En portant son attention sur un pli, on pique la graine en un autre point à l’aide d’une épingle ou d’un scalpel : aussitôt on voil le pli s'élargir, s’étaler, montrant ainsi que l'air atmosphérique à pénétré sous le tégument.
Nous concluons donc que :
Chez les graines qui se plissent, l'atmosphère intérieure, au début de l'imbibition, se raréfie par suite de l'extension du téqument.