CH3CO. CH'CO'H = CO’ + CH$CO. CH
Acétone
Nous adoptons pleinement la manière de voir de M. Hugounenc en ce qui concerne la formation successive de l'acide acétylacétique et de l’acétone à partir de l'acide B-oxybutyrique, mais nous ne saurions admettre son point de départ, lorsqu'il donne pour origine de l'acide B-oxybutyrique la fermentation du glucose. En effet, sans remonter aussi loin, arrêtons-nous au produit de cette fermentation, l'alcool. Nous verrons plus loin que l’ingestion d'alcool, même à forte dose, n’augmente nullement la quantité d’acétone excrétée à l’état normal comme à l’état pathologique, ce qui est en contradiction avec l'hypothèse de M. Hugounencq. Il faudrait donc supposer que l'alcool aurait, seulement au moment précis de sa naissance, la propriété de subir les transformationssuccessives indiquées par M.Hugounencq. in outre, l'hypothèse de M. Hugounencq n’explique pas l'augmentation de lexcrétion d’ammoniaque constatée dans les urines diabétiques en même temps que la présence dans ces urines de l’acétone et de l'acide B-oxybutyrique. Il faudrait donc voir dans ce fait un moyen employé par l'organisme pour neutraliser les acides et se défendre contre l’intoxication qu'ils déterminent. M. Argenson donne une explication bien plus satisfaisante de cette augmentation de lammoniaque urinaire en
AE" 7 ar reconnaissant que les trois corps en question, acide B-oxybutyrique, acide acétylacétique et acétone, tirent leur origine de la déconiposition des substances albuminoides.
Jœnicke est le premier qui ait fait pressentir cette. origine ; les expériences de Von Jaksch confirmèrent bientôt cette manière de voir. Celui-ci put, en effet, obtenir de l’acétone en oxydant la caséine par un mélange de bioxyde de manganèseet d'acide sulfurique ; pour lui, l’acétone provient donc de l'oxydation des matières albuminoïdes; il ne précise pas par quel mécanisme a lieu cette oxydation, mais il fait remarquer que cette hypothèse permet d'expliquer l’acétonurie prononcée qui accompagne toujours les états fébriles. Frappé de la coexistence, dans l’urine diabétique de l'acide diacétique et de l’acétone, il a supposé que c'était l’acétone qui donnait naissance à l'acide diacétique, en se combinant en présence de l’oxygène avec l'acide formique qui peut exister dans cette urine. Minkowski a fait voir que c'était au contraire la réaction inverse qui avait lieu, que l’acide acétylacétique; corps très instable, se dédoublait en acétone et en acide carbonique, et que, lui-même, il provenait de l'oxydation de l'acide f-oxybutyrique.
M. Argenson a montré, au chapitre VII de la thèse, comiment l'acidef-oxybutyrique, d’après la théorie de M. le Professeur Gautier sur la décomposition des substances albuminoïdes, était produit par l’hydratation simple, sans oxydation, d’une amide-acide, homologue inférieur de la leucine, terme intermédiaire de cette décomposition, dont un isomere, l'acide y-amido-butyri-
que, à été trouvé par M. Schutzenberger parmi les produits d’hydradation de l’albumine. |
L'hydradation de l'acide f$-amido-butyrique, donne naissance à de l'acide f$--oxybutyrique, et, en outre, à de l’ammoniaque, d'après l'équation suivante.
CH°.CH-:AzH°.CH2.COOH {H?0—=A7H*-CH°-CHOH.CH?C00
Cette manière d'envisager la formation de l'acide B-oxybutvrique permet d’élucider deux faits importants + d’une part, la production de l'acide f-oxybutyrique, et par suite, de l'acide acéhylacétique et de l’acétone, ne suit pas nécessairement les variations de l’urée ; d'autre part, on à ainsi l'explication satisfaisante de l’augmentation de l'ammoniaque urinaire qui a toujours été constatée dans les maladies qui déterminent une acétonurie prononcée.
Cette théorie de la formation de l'acide B-oxybutyrique et, par suite, de l'acétone, aux dépens des substances albuminoïdes, est confirmée par ce fait que, chez les acétonuriques, diabétiques ou non diabétiques, l’acétonurie augmente sous l'influence d'une alimentation riche en albuminoïdes, et qu’elle est d'autant plus grande que le malade est anorexique, c'est-à-dire voué à l’autophagie, à l'alimentation presque exclusivement albuminoïde, par conséquent.
Avec M. Hugounencq, nous admettons ensuite que l'acide $-oxybutyrique donne, par oxydation, de l'acide acétylacétique, qui, à son tour,se dédouble en présence des milieux alcalins de l'organisme, en acide carbonique et en acétone.
ET ie
Ainsi se trouvent reliées d’une façon très heureuse les” trois théories pathogéniques du coma diabétique, car cette démonstration de la production de l’acétone fait nettement ressortir les rapports étroits qui unissent les trois Corps qu’elles mettent en cause.
En résumé, l'acétone est le terme ultime d’un mode particulier de décomposition des substances protéiques, ayant lieu dans l'intimité des tissus, qui, sans aboutir à l’urée, passe par les acides-amidés pour produire de l’ammoniaque et de l'acide $-oxybutyrique duquel dérivent à leur tour l'acide acétylacétique et l’acétone. Cette production d’acétone a lieu dans tous les cas, à l’état de santé aussi bien qu’à l’état de maladie ; c'est son exagération seule qui lui donne un caractère pathologique.
Les termes intermédiaires de cette décomposition des albuminoïdes n'arrivent pas forcément en totalité au terme final, qui est l’acétone. Il faut doncadmettre que, dans l’organisme normal, il existe de l’acide $-oxybutyrique et de lacide acétylacétique, en infinie quantité, il est vrai, de telle sorte qu'il rie soit guère possible, dans ce cas, de fournir la démonstratiôn directe de leur pré-: sence dans les liquides organiques ; l’acétone elle-même est peu abondante à l’état physiologique (0 gr: 017 en moyenne seulement par litre d'urine). Mais lorsque la quantité d’acétone est plus élevée, comme dans les urines diabétiques par exemple, il devient facile de déceler la présence de ces deux autres corps.
Ilest donc important de rechercher par quel moyen on peutarriver à évaluer les quantités d'acétone excrétée à l'état normal et à l’état pathologique, puisque la produc-
Recherche et Dosage de l’acétone.
NS
L’acétone est un liquide dont le point d’ébullition est à 9603; comme la proportion d'acétone peut être très faible dans les liquides où l’on recherche sa présence, il est indispensable, si l’on veut obtenir des résultats concluants, de ne faire agir les réatifs caractéristiques que sur le produit de distillation de la solution soumise à l’analyse, afin de rassembler dans un faible volume de liquide la totalité de l’acétone qu’il contient.
On peut admettre, étant donné. que l’acétone bout à une température relativement basse, que ce corps se retrouvera entièrement dans le distillat dès que le volume de celui-ci sera égal au dixième (C. Vieillard) et, à plus forte raison, au quart (Argenson) du volume du liquide distillé.
Ilest bon de distiller l’urine en présence d’un acide, afin d'empêcher la formation de la mousse abondante qui se produit en pareil cas. L’acide tartrique est préférable à l’acide sulfurique, car ce dernier détermine des soubresauts qu'il faut éviter; en outre, Salkowski a montré que l’emploi de l'acide sulfurique pouvait avoir
Prob
une influence sur la quantité d’acétone obtenue par la distillation. ;
Les réactifs caractéritiques de l’acétone sont très nombreux ; leur énumération presque complète est faite par M. Azémar dans son étude de |’ « Acétonurie expérimentale » (1898). Nous croyons qu'il est utile d’en donner la liste, afin de signaler quels sont les avantages etles inconvénients de chacun d'eux.
La réaction de Gerhardt a été indiquée, à tort, comme caractéristique de Vlacétone. Von Jaksch a montré que la coloration rouge, déterminée dans l’urine après l'addition de perchlorure‘de fer, était dûe à l'acide diacétique, et non à l'acétone.
On l'obtient aussi avec d’autres corps, (composés ‘cyaniques, acétates et formiates, acide salicylique, kairine, antipyrine, thalline, acide phénique, etc.) ; les urines donnant lieu à la réaction de Gerhardt contiennent toujours de l’acétone, et même en assez forte proportion ; mais l’acétone peut exister dans les urines sans que la réaction de Gerhardt s'y produise.
Les réactions qui vont maintenant nous occuper sont bien dûes à la présence de l’acétone dans le liquide examiné. Ce sont les suivantes :
Réaction de Vitali. — Réactifs: solution de soude ou de potasse caustique, et sulfure de carbone. En traitant l'urine par ces deux réactifs, il se produit un précipité jaune. Si l’ürine contient de l'acétone, ce précipité devient rouge violet par l'addition d'une goutte de molybdate d'ammoniaque à 1°/, et d'un peu d'acide sulfurique dilué.
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Réaction de Reynold. —Réactifs: chlorure demercure et lessive de soude. On ajoute au liquide examiné quelques gouttes de chlorure de mercure et un excès de lessive de soude. Il se forme un précipité d'oxyde de mercure si le liquide contient de l'acétone. Après filtration, on additionne de sulfure d’ammonium et on laisse reposer ; il se produit alors, au contact des deux liquides, -un anneau noir de sulfure de mercure.
Réaction de Pensoldt. — Réactifs: orthonitrobenzaldéhyde et lessive de soude On chauffe le liquide soumis à l’analyse avec quelques cristaux d'orthonitrobenzaldéhyde et on l’alcalinise avec de la lessive de soude. Le liquide jaunit et il se sépare de l’indigo bleu, s’il contient de l’acétone.
Réaction de Leqal. — Réactifs : solution récente de nitro-prussiate de soude et lessive de soude concentrée. On ajoute à l’urine quelques gouttes de la solution de
nitro-prussiate de soude, puis de la lessive de soude.
L'acétone détermine la production d'une coloration rouge Carmin qui passe au bout de quelque temps au jaune vert. Une trace d'acide acétique fait réapparaitre la coloration rouge carmin qui disparait de nouveau sous l'influence d’un excès d'acide. En chauffant alors le liquide, il se produit un pricipité bleu.
D'après Weyl, la créatine produit également Ja coloration rouge carmin, mais elle ne passe pas à la distillation. Von Jaksch dit que le paracrésol, qui se rencontre souvent dans l'urine et qui passe à la distillation, peut donner avec les réactifs de Legal une coloration
jaune rosé et faire supposer la présence de l’acétone.
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D'après Jolles, au contraire, cette réaction donne une pleine certitude même dans les liquides ne contenant qu'une proportion d’acétone de 1 °/00.
Réaction de Le Nobel. — Réactifs: solution de nitro-prussiate de soude et solution concentrée d’ammoniaque. On additionne l'urine de quelques gouttes de la solution de nitro-prussiate, et on ajoute ensuite de la solution d’ammoniaque. -L'acétone détermine dans le liquide une coloration violette.
La réation de Le Nobel est plus sensible encore que la réation de Legal, puisque Zæppfel la trouve encore caractéristique dans des solutiohs d'acétone à 0 gr. 002524.
Réaction de Chautard. — Réactifs: solution de fuschine à 0,5 °/, décolorée par un courant d'acide sulfureux gazeux jusqu'à ce qu’elle ait pris une teinte jaune paille qu'un excès d'acide sulfureux ne modifie plus. Quelques gouttes de cette solution de fuschine décolorée ajoutées à une solution d'acétone y déterminent une coloration violette. M. Chautard dit lui-même: « Avec l'acétone pure ou au 1/10, on obtient un violet magnifique; une solution à 1 °/, donne encore une teinte sensible. » Zœæpplel l'estime caractéristique seulement dans les solutions d’acétone à 5 °/6 au minimum. Romme a rejeté absolument dans ses recherches la réaction de Liebén pour donner la préférence à celle de Chautard. Or, M. Argenson a fait voir que cette réaction ne se produisait pas dans les solutions d'acétone pure, quel que soit le titre de la solution employée. L'erreur commise par l'auteur de cette réaction provient de ce que l’acétone du commerce, vendue sous le nom d'acétone
pure, contient de petites quantités d'aldéhyde, et c’est cette aldéhyde qui, dans les expériences de M. Chautard, a donné avec le réactif indiqué par lui la coloration violette. M. Argenson a constaté, en effet : 1° que les aldéhydes de la série grasse donnaient lieu à la réaction même en solution très étendue ; 2 que l’acétone, complètement débarrassée d’aldéhyde, ne donnait pas la moindre coloration avec le réactif de Chautard ;3 enfin, que si l’on ajoutait à de l’acétone préalablement purifiée quelques millièmes d’aldéhyde, on avait un produit qui se comportaithien commele veut M.Chautard vis-à-vis du réactif.
Ce sont là des ojections autrement sérieuses que celles qui ont été opposées à la réaction de Lieben, et qui permettent de rejeter absolument la réaction de Chautard
dans la recherche de l’acétone. Réaction de Gunning.— Réactifs: solution alcoolique
d'iode et solution d'ammoniaque, Cette réaction est une modification de la réaction de Lieben, qui sera indiquée en dernier lieu. On ajoute à l’urine de la liqueur d’iode, puis de l’ammoniaque. L’acétone détermine la formation d'iodure d'azote et d'iodoforme. L'alcool ne gêne pas la la réaction, car il ne donne pas d’iodoforme avec l’am-
moniaque, mais le précipité d’iodoforme est masqué par la couleur noire que l’iodure d'azote donne au liquide.
Réaction de Malerba. —- Réactifs : Solution à 5 /, de chlorhydrate de diméthylparaphénylènediamine. On additionne de quelques gouttes de ce réactif le liquide contenant del’acétone; celle-ci y produit d'abord une teinte rosée, et, au bout de 24 heures, une coloration rouge sang. Cette réaction a lieu non seulement avec
l’acétone, mais encore avec les aldéhydes, l'acide acétique et ses dérivés. Malerba reconnait lui-même que cette
réaction est peu sensible.
Réaction de l'acide diazobenzolsulfurique. — On ajoute au liquide examiné un peu d’une solution aqueuse fraiche d’acide diazobenzolsulfurique, alcalinisée avec de la soude, puison chauffe légèrement. L’acétone détermine alors une coloration rouge, tandis que l’aldéhvde produit une coloration violette. Cette réaction est sensible, mais elle à lieu avec d’autres corps que l’acétone, c'est-à-dire avec l’éther acétique, le phénol et la résor-
cine.
Réaction de l’hydrasone. — Réactif : solution d’une partie de chlorhydrate de phénylhydrazine et d'une partie et demie d’acétate de soude cristallisé, dans dix parties d’eau. (Beilstein) L’addition de quelques gouttes de ce réactif à une solution d’acétone détermine un précipité blanc-jaunàtre de fines gouttelettes d'hydrazone qui viennent surnager au bout de quelque temps et former une minçe couche huileuse à la surface du liquide. Cette réaction est caractéristique dans une solution d’acétone à 1 °/,, : elle a l'inconvénient de se produire : également avec lesaldéhydes.
Réaction de Lieben. — Réactifs : solution d’iode et d'iodure de potassium, et solution de potasse ou de soude caustique. Cette réaction est la plus importante et la plus sensible de toutes, elle a été adoptée par les auteurs les plus récents (MM. Azémar, Argenson et Millian), qui se sont occupés de la recherche et du