‹ Recherches sur l'action des acides halogénés et de leurs esters sur les cellules de levure (Research on the action of halogenated acids and their esters on yeast cells)Chapitre 70 sur 70 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Ce travail a été orienté dans deux directions différentes :

1° D'un point de vue physico-chimique ; recherche du déterminisme de la fermentation et de la croissance par les dérivés halogénés. L

7° D'un point de vue physiologique ; chercher à montrer que la croissance peut se faire indépendamment de toute fermentation dans le cas des cellules de levures.

La première de ces études a conduit à examiner les propriétés, de plus de 50 dérivés halogénés, dont nous connaissons aujourd’hui l’action sur la fermentation, la respiration et la croissance des cellules de levure. Un certain nombre de ces corps étaient nouveaux, et n’avaient jamais encore été décrits en chimie organique. La conclusion de cette étude pharmacoiogique est très simple : la fonction inhibitrice sur la fermentation est la fonction CH?2X CO? R, X étant Br ou I ; en milieu acide, à un pH inférieur à 5, l’inhibition est exactement la même, qu’il s’agisse d’un bromacétate ou d’un iodacétate ou d’un ester organique de ces deux acides. En milieu neutre, bromacétates et iodacétates minéraux deviennent beaucoup moins actifs tandis que ies bromacétates organiques conservent leur action inhibitrice sur la fermentation.

En milieu acide, les bromacétates organiques non seulement arrêtent la fermentation, mais encore arrêtent la respiration et la multiplication des cellules, ce qui peut se traduire en disant que les bromacétates organiques tuent les cellules. En milieu neutre, cette action toxique disparaît, et il subsiste une action spécifique sur la fermentation. Un fait remarquable qu’a révélé cette étude, est que l’action des bromacétates organiques est, dans tous les cas, indépendante du radical alcoolique, que ce radical ait 1 ou 8 atomes de carbone, qu’il soit un alcool aliphatique, un alcool cyclique, un poly-alcool, ou un éther-oxyde. Dans tous les cas, la spécificité du grou-

pement chimique CH?XCO? apparait, avec une netteté dont on ne connaissait pas encore beaucoup d'exemples en pharmacologie. :

Si on emprisonne le groupement actif en passant à des corps de formule R'CHXCO?R, on arrive à des dérivés beaucoup moins actif, d'autant moins actifs que R’ a un poids moléculaire plus élevé. Déjà lorsque R° est CH, l’activité est divisée par 5 ; lorsque R’ est le radical isopropyle l'activité est divisée par 100. Si le groupement CHXCO* est bloqué par l’hexamétnylènetétramine, l’activité physiologique tombe également à 0. Cétones et aldéhydes halogénées ont une action non sans analogie avec celle des corps précédents, mais néanmoins, assez distincte.

La seconde étude, proprement physiologique, tend à nous représenter sous un jour différent les relations entre les réactions productrices d'énergie et la croissance cellulaire. Chez une levure typique, capable de se développer aux dépens de la fermentation, on peut bloquer complètement la fermentation, et l’amener à croître aux dépens de la respiration, avec une vitesse très semblable à celles que présentent les témoins à qui l’on n’interdit point de fermenter tout en respirant. La croissance persiste numériquement avec la même vitesse si l’on substitue au sucre un lactate. La cellule peut donc faire ces synthèses tout aussi facilement aux dépens de la seule respiration qu’aux dépens de la fermentation. Des recherches à l’heure actuelle en cours, publiées sous forme de notes préliminaires, semblent montrer qu'il s’agit là d’une propriété iout à fait générale de la cellule vivante, que l’on retrouve chez les Graminées, ou les cellules des animaux supérieurs.

La cellule emprunte aux réactions productrices d’énergie, uniquement l'énergie qu’elles fournissent, et l'utilise de son inieux pour les synthèses dont elle a besoin. La nature même de ces réactions productrices d'énergie lui importe assez peu. C'est ainsi que dans le muscle empoisonné par l'acide broma- Ale la contraction se fait aux dépens de lhydrolyse de 1 acide créatinephosphorique. De pareilles substitutions d’une réaction productrice d'énergie à une autre, semblent la règle dans le monde vivant, et témoignent de l’extraordinaire souplesse du mécanisme de la vie.

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