‹ Recherches sur l'action du courant électrique sur certains métalloïdes et quelques-uns de leurs composés en dissolution dans l'eauChapitre 5 sur 12 · EAU IODÉE · texte numérisé non relu

EAU IODÉE

Elle était récemment préparée.

Le liquide est fort mauvais conducteur.

La quantité d’oxygène, d’abord égale à celle de l’hydrogène, devient très-faible au bout d’un certain temps et n’est plus que le huitième de celle de l’hydrogène ; le liquide est meilleur conducteur et finit par se décolorer tout à fait en prenant une réaction acide.

Avec l’eau d’iode très-ancienne, le courant est un peu plus rapide, ce qui porte à penser qu’elle renferme de l’acide iodhydrique, mais la quantité en est si faible que les résultats sont fort peu différents de ceux que fournit l’eau iodée récemment faite.

Quand on remplace l’iode par l’acide iodhydrique concentré, il se dépose au pôle positif une masse épaisse d’iode, dont une très-faible proportion s’unit à l’oxygène ; le courant est très-rapide et la liqueur, se saturant d’iode, devient jaune. Si alors on filtre et que l’on continue l’action du courant, il y a fixation d’oxygène; et si l’on s’arrête quand deux volumes d’hydrogène et un volume d’oxygène se dégagent, la liqueur est franchement acide.

Quel est le résultat final de l’action de l’oxygène naissant sur le brome et l’iode? J’espérais que, sous une influence oxydante aussi forte, produite à une basse température, ce serait l’acide perbromique et l’acide périodique ; mais l’oxydation ne va pas aussi loin, et s’arrête lorsque l’acide bromique et l’acide iodique ont pris naissance.

L’ordre de stabilité des composés oxygénés du chlore, du brome et de l’iode, est donc le même en présence de l’électricité que sous l’action de la chaleur et des autres agents. On sait, en effet, que l’acide perchlorique et les perchlorates résistent mieux que les autres combinaisons semblables de l’oxygène et du chlore, et qu’ils se produisent même par l’action de la chaleur sur les chlorates. Quant au brome, on n’a fait jusqu’alors que pressentir l’existence de l’acide perbromique, car toutes les tentatives exécutées pour l’obtenir, même à l’état de sel, sont restées infructueuses. Enfin, l’acide iodique et les iodates sont les composés oxygénés de l’iode les plus stables, et l’acide périodique ne se prépare qu’avec grande difficulté.

L’action du courant électrique confirme parfaitement les idées qu’on avait sur la résistance à la décomposition de ces divers acides.

La stabilité de l’acide perchlorique est beaucoup plus grande que celle de l’acide bromique et de l’acide iodique ; car si l’on prend une dissolution du premier, qu’on y fasse passer le courant produit par dix éléments Bunsen , il résiste complètement à la décomposition, et j’ai pu continuer l’action de la pile pendant deux jours, sans que le rapport de l’oxygène à l’hydrogène cessât d’être celui de 1;2. Il n’en est pas de même avec l’acide bromique et l’acide iodique, car leurs solutions, soumises à une action électrique semblable et même plus faible, rougissent et jaunissent bientôt, en produisant un dégagement abondant d’oxygène ; il ne se forme que des traces d’hydrogène; mais le tube où il devrait se dégager se rem-

plit de brome ou d’iode; c’est-à-dire que nous avons dans cette décomposition l’iode et le brome au pôle négatif, tandis que dans les expériences précédentes, il se déposait au pôle positif.

Ces faits donnent lieu à une expérience assez intéressante à réaliser dans un cours, et M. Balard l’exécute tous les ans à la Sorbonne, pour montrer qu’au même corps, l’iode peut être ou positif ou négatif. On fait passer le même courant dans deux tubes, l’un rempli d’une solution d’iodure de potassium et d’amidon, et l’autre contenant encore une solution d’amidon, mais mêlée à de l’iodate de potasse, et on voit l’iode se rendre dans le premier tube au pôle positif, tandis qu’on le trouve au pôle négatif dans le second.

Quoi qu’il en soit, l’acide bromique et l’acide iodique se décomposent en régénérant du brome, de l’iode et les hydracides de ces corps, et comme ceux-ci sont attaqués par l’oxygène naissant, il se reforme de l’acide bromique et de l’acide iodique dont on peut recommencer la décomposition par la continuation du courant. J’ai réalisé cinq ou six fois de suite ces phénomènes inverses avec l’acide iodique, mais à chacun il se perd une petite quantité d’iode qui se dépose et par suite est soustraite à l’action électrique ; de sorte que la liqueur finit à la longue par perdre tout l’iode qu’elle contenait. La même chose arrive avec l’acide bromique ; seulement le brome s’en va peu à peu à l’état de vapeurs.

On ne peut donc pas préparer la dissolution de ces deux corps avec autant de sécurité que celle de l’acide perchlorique ; pour l’acide iodique, du reste, qui se produit très-aisément, cela importe peu. Il n’en est pas de même pour l’acide bromique dont la formation est très-difficile, et j’ai essayé d’en obtenir par la pile. Rien n’est plus aisé, mais il faut avoir soin de surveiller l’opération quand elle approche de la fin, sans quoi l’acide bromique formé se décomposerait.

On fait passer le courant électrique produit par quatre éléments dans une solution de brome ancienne pour que la conductibilité soit suffisante dans le commencement, ou dans de l’acide bromhydrique très-dilué ; la liqueur étant devenue incolore, on continue l’action jusqu’à ce que le liquide commence à rougir de nouveau ou jusqu’à ce que le volume de l’oxygène se rapproche d’être moitié de celui de l’hydrogène.

Les chlorures, bromures, iodures dissous se comportent comme les hydraeides de ces corps.

La formation du perchlorate de potasse par ce moyen est connue depuis longtemps, car Berzelius dit, que le perchlorate de potasse prend naissance lorsqu’on introduit les pôles d’une pile électrique dans une solution concentrée de chlorure.

On a attribué cette action à l’insolubilité du perchlorate de potasse, mais ce n’est point la cause du phénomène, car il est général et se produit avec tous les corps analogues, que le produit final reste ou non en dissolution. La présence de la base n’altère en rien la réaction, car avec les chlorures, il se forme des perchlorates et avec les bromures et les iodures on obtient seulement des bromates et des iodates. Si l’on continue l’action électrique sur ceux-ci, ils se décomposent d’une façon tout à fait semblable à celle des acides oxygénés correspondants ; c’est pourquoi nous n’insisterons sur ces faits que pour donner la préparation de l’un d’eux, du bromate de potasse. Ce corps étant très-peu soluble s’obtient en effet très-facilement par la pile : il suffit de dissoudre dans l’eau, du bromure de potassium et d’y faire passer le courant : on a bientôt des cristaux très-nets de bromate si la liqueur est étendue, et un dépôt grenu cristallin si la solution est plus concentrée. L’action électrique ne pouvant agir sur lui lorsqu'il s’est précipité au fond du vase à l'état solide, on n’a pas à craindre sa décomposition. La petite quantité qui restera en dissolution courra seule le risque d’être altérée, si l’on fait passer le courant lors que tout le bromure est changé en bromate.

Les expériences relatées plus haut sur la décomposition par la pile de l’eau de brome et de l’eau d’iode récentes et anciennes semblaient prouver que le brome, l’iode étaient, comme le chlore, susceptibles de s’unir avec l’hydrogène directement.

L’essai suivant en fournit une preuve certaine.

On a pris un matras d’essai dans l’intérieur duquel pénétraient, presque au contact, deux fils de platine, et après avoir placé du brome pur et desséché à sa partie inférieure, on y a fait rendre un courant faible de gaz hydrogène également sec ; de cette façon chaque bulle entraînait avec elle du brome en vapeur; les deux corps ainsi mélangés étaient traversés

par l’étincelle et leur combinaison avait lieu aussitôt, car dès le commencement du passage du courant, des fumées blanches se produisaient en trèsgrande abondance.

Le gaz a été recueilli sur le mercure, mais il est impossible de ralentir le courant assez pour qu’il n’y ait pas excès d’hydrogène. Si on le fait dégager dans l’eau, celle-ci devient fortement acide au bout de quelques instants et possède toutes les propriétés de l’acide bromhydrique.

La combinaison de l’iode et de l’hydrogène se fait dans les mêmes circonstances, mais comme le mélange des deux corps est difficile à opérer, la quantité d’acide iodhydrique obtenue est toujours très-faible ; il faut en effet chauffer l’iode pour que sa vapeur se mêle à l’hydrogène, mais comme elle vase condenser sur les parties froides du matras, elle est bientôt soustraite à l’action de l’étincelle.

J’ai essayé de combiner le chlore et l’oxygène dans ce même appareil, mais je n’ai pas pu obtenir traces d’acide oxygéné du chlore par ce moyen. 11 n’en a plusétéde même quand j’ai substitué aux gazsecs, le chlore et l’oxygène humides : l’union a eu lieu aussitôt, et l’eau que contenait le ballon précipitait abondamment au bout d’une heure de réaction par le chlorure de potassium.

La production du chlore, du brome, de l’iode, à l’état naissant par la décomposition au moyen de la pile des chlorures, bromures et iodures n’est pas un fait sans utilité, car on peut par ce moyen introduire avec facilité ces trois corps dans certaines substances qui ne les absorbent qu’avec lenteur sous l’influence de la lumière solaire longtemps prolongée. Ainsi j’ai pu déjà obtenir dans l’obscurité d’assez grandes quantités d’acide monochloracétique en soumettant à l’action de la pile un mélange d’acide acétique et d’acide chlorhydrique. Le mélange d’oxygène et de chlore naissants produits dans ces conditions est susceptible aussi de rendre des services pour l’obtention de certaines substances. Je m’occupe de l’étude de ces décompositions et ne citerai qu’un exemple à l’appui de cette assertion. Si l’on mêle deux volumes d’alcool concentré et un volume d’acide chlorhydrique et qu’on soumette ce liquide à l’action d’une pile de quatre éléments, il se produit d’abord par oxydation, de l’aldéhyde, puis de l’acide acétique ; le chlore

Baissant intervient alors et change ce dernier en acide chloracétique qui ne se produit d’ordinaire qu’à l’aide du soleil et d’une température de 120°.

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