ACIDE AZOTIQUE. AMMONIAQUE
On doit à Faraday des expériences très-circonstanciées sur la décomposition de l’acide azotique par la pile; mais l’illustre savant n’ayant examiné le phénomène qu’au point de vue physique sans se préoccuper des réactions secondaires, dues à l’oxygène et à l’hydrogène naissants, j’ai étudié cette électrolyse à cet autre point dé vue purement chimique. Si l’acide est concentré, l’oxygène se dégage en abondance ; mais l’hydrogène ne se produit qu’en faible quantité, ou môme pas du tout, tandis qu’il y a formation d’acide hypoazotique et des autres oxydes d’azote.
Cette réaction donnait lieu à deux interprétations : ou bien c’est l’eau qui se décompose et on a :
AzO 5 IIO = AzO 4 + HO + O,
l’hydrogène de l’eau réduisant l’acide azotique;
Ou bien l’électricité décompose l’acide azotique directement comme le fait la chaleur :
AzO 5 = AzO 4 + O.
Faraday a admis la première de ces manières de voir, parce qu’en introduisant dans le circuit un voltamètre contenant de l’eau acidulée, les quantités d’oxygène recueillies dans l’acide etdans le voltamètre sont égales, et même si l’acide n’a pas une densité supérieure à 1,24, l’oxygène et l’hydrogène existent comme dans le voltamètre; il en conclut alors que, lorsque l’acide est concentré, l’hydrogène de l’eau réduit l’acide azotique en composés oxygénés inférieurs, tandis que dans l’acide étendu, et qui est plus stable, l’hydrogène se dégage à l’état de liberté.
J’ai répété cette expérience, et j’ai trouvé que pendant un temps assez long, la décomposition de l’acide et celle du voltamètre fournissaient la même quantité d’oxygène, mais qu’à la fin il n’en était plus ainsi.
Pour 8 d’oxygène dans le voltamètre, il n’y avait que 6,6 de cegaz dans l’acide nitrique.
Plus tard, pour 11,2 je n’en trouvais que 7,6.
Plus tard encore, il se dégageait 11,5 d’oxygène dans le voltamètre et 6,8 dans l’acide. .
Doit-on en conclure de là que l’eau n’est pas décomposée? Je,ne le pense pas, mais il faut tenir compte d’un phénomène duquel on ne me paraît pas s’être préoccupé jusqu’alors dans ces conditions î je veux parler de l’action de l’hydrogène naissant sur l’azote de l’aeide nitrique qui produit toujours de l’ammoniaque et par-suite de l’azotate d’ammoniaque.
Cette formation n’est pas un fait accidentel; l’ammoniaque est le prdduit, final de l’action du courant sur l’acide azotique, car j’ai opéré sur de l’acide azotique étendu de quàntités d’eau variables de façon à obtenir des liqueurs dont la densité était 1,45,
et j’ai obtenu avec chacune d’elles de l’ammoniaque.
Au bout d’un certain temps le liquide prend une réaction alcaline, fournit un dépôt gélatineux d’oxydes métalliques si l’acide n’était pas pur, et répand une forte odeur d’ammoniaque si l’action est assez prolongée. L’évaporation , enfin, laisse pour résidu de longues aiguilles d’azotate d’ammoniaque.
En résumé, l’eau est décomposée, comme l’a dit Faraday, et l’hydrogène ne se dégage pas en totalité ; mais tout ce qui est absorbé ne sert pas à réduire l’acide azotique en oxydes inférieurs de l’azote, comme il le croyait : la majeure partie ou même la totalité, si l’acide est étendu , sert à produire de l’ammoniaque.
Je ne parlerai pas de certains phénomènes curieux dont M. Schonbôein a donné le détail, je dirai seulement que le liquide reste quelquefois un jour ou deux en dégageant exactement deux volumes d’hydrogène pour un volume d’oxygène, puis au bout de ce temps l’absorption de l’hydrogène commence ; ceci m’est arrivé avec un acide d’une densité de 1,21.
La décomposition de l’acide azotique s’arrête-t-elle lorsque l’azotate d’ammoniaque a pris naissance? Non, elle va plus loin, et ce qui le prouve, c’est le passage du courant dans l’azotate d’ammoniaque lui-même.
Si l’on décompose par un courant de six ou dix éléments une solution parfaitement neutre de ce sel, elle prend aussitôt une réaction alcaline et contient de l’ammoniaque en excès, comme le prouve, au reste, la mesure
des gaz ; en effet on a :
Le premier jour
Le deuxième jour
Le troisième jour
Le quatrième jour