CHAPITRE II
Les questions théoriques ayant été traitées dans la première partie nous nous bornerons actuellement à une revue d'ensemble des différents effets thérapeutiques concernant l'emploi du radium en pathologie.
Traitement des dermatoses parasilaires par le radium.— L'une des premières applications dans les dermatoses parasitaires nous paraît être l’application faite au traitement de la teigne. Les essais dans ce sens au moyen des substances radio-actives n’ont pas encore été publiés.
Traitement de l'hypertrichose. — Dans ce traitement des recherches systématiques concernant l’emploi des substances radio-actives n’ont pas été faites de facon continue, les seuls effets constatés ont consisié dans la chute des poils suivant les applications de substance radio-active: chute des poils non recherchée souvent, mais se produisant plutôt comme accident aucours d’un traitement par le radium dans le but de détruire certaines lésions cutanées néoplasiques des régions riches en éléments pileux.
Nous eûmes à traiter une femme âgée de 65 ans
Or
qui présentait un système pileux très développé au niveau des parties glabres (lèvre supérieure et menton). Nous eûmes recours aux applications de radium en ayant soin de les faire de courte durée, de façon à n’amener ni inflammation locale ni cicatrice. Les applications de la substance active n’eurent aucune action sur l’hypertrichose. La chute des poils n’a pu être obtenue dans ce cas particulier.
(Observation inédite de Rehns, Salmon et Lehmann).
Blandamour cite un cas de lupus intéressant la région labiale et qui se caractérisa à la guérison par la non repousse des poils de la moustache.
Impétigo. — Dans cet ordre d'idées nous n’avons guère à citer que les expériencés de Werner déjà décrites ; cet auteur, ainsi que nous en avons déjà fait mention, a démontré que les plaies causées par le radium étaient rarement infectées par des microorganismes et, d'autre part,dans d’autres expériences qui semblent en contradiction avec sa conclusion première, les agents pathogènes existant sur des plaies et soumis à des radiations de substance radioaclive ne sont nullement influencés et continuent leur développement. Il y aurait donc, d’après cet auteur, peu d’avantagesà retirer de l'emploi du radium
dans le traitement des affections impétigineuses.
Streptococcie cutanée. — Ici encore nous ne pouvons citer que les faits expérimentaux déjà connus de l’action du radium sur les microbes Aucun essai
(ou
approfondi sur cette question n'ayant été fait, à notre connaissance.
Tuberculose. — L'une des principales affections cutanées dans lesquelles le radium a fait ses preuves c’est le lupus. Nous avons à décrire les différentes formes de lupus dans lesquelles la thérapeutique par des substances radioactives a été essayée : nous voulons parler du lupus tuberculeux à forme érythémateuse et du lupus tuberculeux à forme verruqueuse et du lupus tuberculeux à forme ulcéreuse.
A ce sujet nous avons à citer les travaux de nos devanciers, entre autres la thèse de M, Blandamour. L'auteur, sous l'inspiration de M. Danlos, employait une méthode un peu spéciale consistant à obtenir l’ulcération de la peau dans toute l'étendue de la surface lupique. Sa technique reposait sur l'emploi d'applications prolongées de radium ; la substance active était contenue dans des sachets. M. Blandamour distingue trois phases conséculives à lapplication du radium :
Première phase : phase préulcérative,
Deuxième phase : phase d'ulcération,
Troisième phase : phase de cicatrisation.
a) Première phase. — En somme ces dilférentes manifestations peuvent être rapprochés de celles décrites auparavant parmi les accidents causés par les substances radioactives : 1° Avant l'ulcération les caractères de cette période consistent dans la rougeur des téguments, rougeur pouvant persisier jusqu’à
l’ulcération ou disparaitre en quelques jours.
Rougeur.— D'après l'auteur, la rougeur serait précoce ou tardive, les délais de son apparition ne dépasseraient pas cinq à six jours. Ses dimensions seraient identiques à celles de la plaque de radium ou parfois la dépasseraient. — Au-dessous de l’érythème superficiel, le derme et le tissu cellulaire sont peu modifiés. Parfois l’auteur a constaté de la tuméfaction ayant la forme et les dimensions de la rougeur. Rougeur ettuméfaction sont tantôt transitoires, tantôt définitives et persistent jusqu’à la phase de macération ou de phlyeténisation.
Macération, phlyctène. — Après le stade érythème survient le stade ulcératif, varié dans son aspect et dans son intensité, pouvant aller de l’ulcération à peine étendue au derme ou bien présentant de petites croûtelles dont la chute forme de petites ulcérations se réunissant pour n’en former qu'une seule. Dans certains cas l’épiderme semble avoir subi une vésication et offre l'aspect d’une brûlure, puis on voit apparaître une phlyctène flasque dont la rupture laisse échapper peu de liquide et laisse place à une ulcération. En moyenne ces ulcérations apparaissent en quinze à vingt jours.
Modifications de la sensibilité. — La sensibilité est rarement modifiée, à part quelques légères sensaüons de démangeaison. Habituellement c’est après le début de l’érythème que le malade éprouve quelques démangeaisons. Parfois aussi ce n’est qu'à la phase d’ulcération qu’apparaissent les troubles de la sensibilité marqués par des démangeaisons. En
En O—
somme, avant l’ulcération les troubles de la sensibilité sont presque négligeables.
b) Phase d'ulcération. — L'ulcération apparait en moyenne quinze à vingt jours, et parfois davantage, après l'application. Rarement survenue d’emblée l’ulcération succède le plus souvent à une ou plusieurs petites excoriations ; l'étendue de cesulcérations correspond à celle de l’érythème, parfois aussi déborde la plaque d’érythème.
D'après l’auteur l’ulcération a parfois un aspect blanchâtre, parfois blafard, mais dans la majorité des cas elle est de couleur jaunâtre, à fond lisse, plat, dépourvu de bourgeons charnus. Cette ulcération se caractérise aussi par son peu de tendance à se combler: d'où la grande lenteur dans la cicatrisation ; la perte de substance est également peu étendue, ne dépassant pas le derme. Le plus souvent la plaie ulcérée secrète un produit variable comme nature, en quantité assez abondante. Les troubles douloureux à cette période consistent en démangeaisons, tendance au grattage, sensations de brûlure continue ou passagère, mais facilement tolérable.
c) Phase de cicatrisation. — La cicatrisation est lente à se produire, la plaie commence à perdre de son apparence, devient rosée elgagne par les bords toute l'étendue de l’ulcère. Ce dernier une fois comblé présente une cicatrice blanche, souple et superficielle. Ce travail de cicatrisation s’elfectue entre quinze à vingt-cinq jours.
Enfin M. Blandamour termine l'exposé du méca-
Re
nisme de l’action du radium par un chapitre consacré aux accidents survenus au cours des applications de la substance active. Dans le lupus l’auteur a observé des ulcérations douloureuses et des retards de cicatrisation. Les ulcérations douloureuses ont présenté des troubles de la sensibilité consistant en un mélange de cuissons, de démangeaisons et d’élancements avec sensations de brûlure continue.
Ces sensations douloureuses persistent parfois le jour et la nuit et le plus souvent ne cèdent qu'aux applications cocaïnées.
L'auteur pense qu'il faut peut-être incriminer l'infection des ulcères ou encore les rayons cathodiques émis par le radium dans la pathogénie de ces troubles de la sensibilité.
Retard de la cicatrisation observé une seule fois par l'auteur dans un cas de lupus verruqueux traité par MM. Halopeau et Gadaud.
M. Danlos concluait à ce sujet que de longues applications sur du tissu scléreux étaient capables de déterminer une ulcération de guérison difficile, demandant plus de trois mois à se cicatriser et qu’il était préférable, dans l'emploi des échantillons à pouvoir radioactif considérable, de ne pas trop prolonger les applications.
M. Blandamour se montre satisfait des résultats donnés par le radium. Les résultats immédiats consistent dans la constatation d’une cicatrice dans la zone lupique traitée par le radium.