‹ Recherches sur l'anatomie de l'hippopotameChapitre 21 sur 50 · C. — TROISIÈME VERTÈBRE, 01 VERTÈBRE SPHÉNO-COROX VLE · texte numérisé non relu

C. — TROISIÈME VERTÈBRE, 01 VERTÈBRE SPHÉNO-COROX VLE

Cette vertèbre a pour corps le spliétioide antérieur. Les apophyses d'Ingrassias ou petites ailes, complétées par les frontaux, composent son arc supérieur; enfin l'arc inférieur est constitué par les os palatins antérieurs ; tous les anatomistes, à peu d'exceptions près, sont d'accord là-dessus.

Le corps de cette vertèbre est très-petit. Un cartilage épais l'unit au corps du sphénoïde postérieur, pendant cette époque de la vie de l'Hippopotame que nous étudions plus particulièrement ici. Sa face inférieure est presque entièrement cachée par les prolongements postérieurs du vomer; sur ce corps s'appuient des apophyses d'Ingrassias épaisses et dilatées dont le bord antérieur et le supérieur s'articulent dans une longue

échancrure de la partie orbitaire du frontal; plus bas. l'apophyse s'unit à l'angle antéro-inférieur du pariétal, puis à la grande aile du sphénoïde postérieur, au palatin postérieur, enfin au palatin antérieur; entre les deux points par lesquels elle touche à la grande aile du sphénoïde et au palatin postérieur, son bord postérieur présente une assez grande échancrure qui forme la limite supérieure de la fente sphénoïdale.

Les ailes (FTngrassias sont, suivant l'usage, percées d'un trou vers leur milieu pour le passage du nerf optique. Ce trou est fort petit eu égard au grand volume de la tête. Leur face externe est légèrement concave et fait partie de la voûte supérieure de l'orbite.

Les frontaux complètent l'arc supérieur de la vertèbre, qui nous occupe. C'est surtout à propos de ces os qu'on peut regretter l'extrême pauvreté de la parole humaine. Comment en effet exprimer avec une précision suffisante leurs courbures si variées et ces modifications si curieuses par suite desquelles ils peuvent envelopper à la fois un organe intérieur* le cerveau, et l'appareil extérieur de la vision. Aussi, renonçant à une clarté impossible, me bornerai-je à indiquer sommairement les particularités les plus remarquables de la forme.

L'arc frontal est, dans l'Hippopotame, beaucoup moins développé que l'arc pariétal, au contraire de ce qui a lieu dans les Cochons, les Ruminants et les Chevaux. Ainsi, la longueur des

pariétaux étant de 55 millimètres, celle des frontaux, dans l'un

l 162 ANATOMIE DE L'HIPPOPOTAME.

\ des jeunes individus que nous examinons, est de 38 millimètres

\ seulement.

.j La face supérieure de ces frontaux est à peu près plane; elle

se termine extérieurement par les crêtes orbitaires relevées

■ d'autant plus que l'animal se rapproche davantage de l'âge

adulte. L'extrémité antérieure de ces crêtes se termine sur le bord antérieur de l'orbite, en s'articulant avec le lacrymal ; la postérieure se termine en une apophyse qu'un ligament unit dans le fœtus à une saillie correspondante de l'os malaire. Ce ligament intermédiaire est remplacé dans l'adulte par une traverse osseuse, mais, dans le fœtus que nous avons sous les yeux, il comble un intervalle d'environ 14 millimètres.

La crête orbitaire forme dans son développement un cintre légèrement surbaissé, à partir duquel la face orbitaire du frontal descend par une pente assez rapide jusqu'aux ailes d'Ingrassias qu'elle reçoit dans une profonde échancrure, et par lesquelles elle est en quelque sorte complétée. Elle touche en outre à l'os palatin antérieur. Le plafond de l'orbite ainsi constitué est assez régulièrement concave, et s'éloigne peu, quant à sa courbure, d'une surface conique. La base de ce cône correspond à l'ouverture de l'orbite, son axe s'abaisse vers la fente sphénoïdale. Cette direction oblique et ascendante des orbites était évidemment commandée par le genre de vie de l'animal qui, presque toujours plongé dans les eaux des lacs ou des fleuves d'Afrique, ne voit pas d'en haut la terre des 1 rives, comme les animaux terrestres, mais d'en bas, et peut

•j être à cet égard comparé à un véritable uranoscope ; de là cette

prodigieuse saillie des yeux qui donne à l'Hippopotame une ressemblance prodigieuse avec les Crocodiles et certains Batraciens anoures.

La sature qui unit le bord postérieur du coronal aux pariétaux est régulièrement onduleuse et, dans l'ensemble de sa partie moyenne, un peu convexe en arrière ; mais, au niveau des apophyses orbitair es externes, elle s'incline brusquement en arrière et se prolonge jusqu'à l'angle antéro-inférieur du pariétal; puis elle se recourbe avec cet angle et vient se continuer avec la suture qui unit le coronal aux ailes d'ingrassias.

Le bord antérieur des frontaux est concave en avant dans sa partie moyenne qui embrasse en quelque sorte la base des os nasaux; sur les côtés, au niveau de l'apophyse orbitaire interne, il s'agence avec les os lacrymaux, passe sur la tubérosité du maxillaire supérieur, et descend jusqu'au palatin antérieur.

Le bord inférieur, enfin, s'articule avec ce dernier os, en arrière duquel il présente une grande échancrure dont nous avons parlé et qui reçoit les petites ailes du sphénoïde.

La vertèbre sphéno-frontale a pour arc inférieur les deux palatins antérieurs. Ces os, très-larges, très-robustes, et trèsdifférents de ceux des Ruminants et des Chevaux, confinent d'une part aux os palatins postérieurs, et aux maxillaires d'autre part. Le bord postérieur de leur partie palatine est concave ; l'antérieur, au contraire, est très-convexe et s'avance assez loin dans l'aire du palais.

1). — QUATRIEME VERTKRRE, Ol 1 VERTÈBRE ETHMO-NASALE.

11 me serait difficile de donner ici une idée suffisante de la vertèbre nasale, les crânes des sujets que j'ai examinés n'ayant point été décomposés, et leur ossification d'ailleurs n'étant point complète. Je ferai remarquer seulement que son corps, ainsi que cela a lieu dans la plupart des animaux mammifères, est presque en entier englobé par le frontal, en sorte qu'il n'y a point d'os planum. Ce corps n'est rien autre chose que l'ethmoïde, que nous jugerons fort réduit, en ayant égard à la brièveté de la loge où il est pour ainsi dire encastré.

Les nasaux qui constituent évidemment l'arc supérieur de cette vertèbre, et forment avec le frontal une série régulière, sont très-longs et recouvrent pour ainsi dire le dos de la partie faciale de la tête. Dans le squelette de fœtus qui a servi de type à nos mesures, tandis que la longueur des frontaux n'était que de 38 millimètres, les nasaux mesuraient 80 millimètres, et cette différence énorme est encore exagérée dans l'animal adulte.

L'arc inférieur, formé selon nous par le vomer et les intermaxillaires, a un développement proportionnel à celui de l'arc supérieur. Le vomer se prolonge en arrière par une extrémité bifide jusqu'au-dessous du corps de la vertèbre sphéno-frontale. Par son autre extrémité, il s'avance fort loin au-dessus de la queue des intermaxillaires. Sa concavité loge une cloison épaisse, mais ses côtés ne présentent point d'ailes latérales,

propres à envelopper les tubes qui forment la base de l'organe de Jacobson. Ces tubes sont logés exclusivement dans des gouttières des os maxillaires supérieurs.

Les os incisifs, attachés à l'extrémité antérieure du vomer, sont volumineux, écartés l'un de l'autre» et sensiblement divergents; leur racine palatine est épaisse mais très-courte ; leur apophyse montante est également peu élevée; elle atteint, il est vrai, jusqu'au dernier tiers des nasaux, mais ne remonte pas au delà. Ces branches montantes forment les parties inférieures et latérales du pourtour de l'orifice antérieur des fosses nasales, et il est certainement remarquable que cette vertèbre ethmo-nasale soit ainsi employée à commencer et à terminer la cavité nasale de la face (1) .

(1) Si nous sommes nécessairement amené à considérer le vomer comme constituant l'arc inférieur de la vertèbre ethmoldale, peut-être serait-il également légitime de voir, dans les inlermaxillaires, l'arc inférieur d'une dernière vertèbre dont le corps pourrait être représenté par la lame cartilagineuse de la cloison à laquelle il ne serait peut-être pas impossible de rattacher les cornets inférieurs, dont l'analogie avec les masses laiéra'es de l'ethmolde est évidente; ces cornets, dans celte hypothèse, seraient des parties détachées du corps dune cinquième vertèbre ; des recherches que mon ami, le docteur Curie, poursuit depuis quelque temps sur le développement de l'etbmoïde et des cavités nasales, semblent donner beaucoup de probabilité à celte manière de voir. Ainsi, nous admettons à la rigueur cinq vertèbres céphaliques, M. Curie, de son côté, en admet six, en considérant, il est vrai, le maxillaire supérieur comme un arc costal. Nous avouons ne pas partager cette opinion; le maxillaire supérieur semble, il est vrai, former avec F intermaxillaire et la palatine une série régulière; mais ce n'est là qu'une apparence : l'étude du développement des mâchoires, comme M. Coste le fait très bien remarquer, et celle des monstruosités de la face, ne sont pas favorables à cette manière de voir; il nous a donc semblé plus légitime de rattacher le maxillaire supérieur, ainsi que l'inférieur .et ses annexes, à la série des pièces surajoutées à la colonne céphalique, et dans lesquelles il nous a semblé impossible de ne pas reconnaître, comme le voulait Oken, des membres de la tête.

* Remarques sur les trous de conjugaison du crâne. — Les trois trous de conjugaison du crâne de l' Hippopotame présentent les particularités suivantes :

Le postérieur, compris entre l'occipital et le sphénoïde postérieur, est d'une grandeur remarquable ; ses limites sont : en dedans, le basilaire occipital et le basilaire sphéno-pariétal ; en avant, la grande aile du sphénoïde ; en haut, le pariétal ; en arrière l'occipital latéral.

Les parties supérieures de ce grand vide sont recouvertes par le temporal, mais dans une très-faible étendue; les parties inférieures logent le mastoïdo-rupéal, mais cet os en occupe seulement le centre, en sorte qu'un espace vide le circonscrit, disposition que Cuvier et Blainville ont fort à propos signalée. La partie de cet espace qui est au-devant du rocher, est ce qu'on appelle le trou déchiré antérieur, celle qui est en arrière est le trou déchiré postérieur; ces deux» trous seraient séparés l'un de l'autre si le rocher, dans l'Hippopotame, touchait par son sommet au corps des vertèbres crâniennes; mais il n'en est pas ainsi.

Le trou déchiré postérieur est divisé en trois ouvertures secondaires par deux colonnes émanées de l'occipital latéral; celle de ces ouvertures qui est la plus rapprochée du condyle n'est rien autre chose que le trou condylien ; cette observation démontre immédiatement que ce trou n'est qu'un démembrement du trou déchiré postérieur. Le trou déchiré antérieur # présente une autre particularité intéressante, il est confondu avec le trou ovale dont aucun point ne le sépare ; nous en tirons

cette conséquence, que ce trou n'est qu'un démembrement du trou déchiré antérieur et par conséquent du trou de conjugaison postérieur du crâne. Ces remarques ne sont pas sans importance pour la discussion relative au nombre des paires nerveuses du crâne (1).

Le trou de conjugaison moyen comprend à la fois le trou optique et la fente sphénoïdale ; nous avons déjà signalé, après Cuvier, la forme presque régulièrement circulaire de cette ouverture; elle a, dans le Cochon, une disposition analogue; nous avons dit également que le trou optique est fort petit dans l'Hippopotame.

Le trou de conjugaison antérieur est évidemment représenté par la lame criblée; mais il ne m'a pas été donné de l'étudier assez complètement pour pouvoir le décrire.

Page 1