DES FORMES EXTÉRIEURES
La description des formes extérieures de l'Hippopotame a été un grand nombre de fois donnée, mais le plus souvent d'après des renseignements dont l'inexactitude est rendue frappante par les dessins qu'ont publiés, vers la fin du dernier siècle, Allamand et Buflbn; ce n'est que dans ces derniers temps que, des Hippopotames ayant été amenés vivants en Europe, on a pu se faire une idée certaine de leur physionomie singulière et de leurs habitudes. Cette physionomie et ces habitudes les rapprochent beaucoup des cochons; l'examen du squelette et des organes intérieurs confirment en
général ce premier aperçu; vu à terre, l'Hippopotame res-
semble à un cochon très-gras (1), et rien, au premier abord, ne justifie ce nom d'Hippopotame (cheval de fleuve) , sous lequel les anciens Grecs l'ont désigné. Pour qui n'a vu l'animal que sur le rivage, portant lourdement sa masse énorme et étendant horizontalement sa tête monstrueuse, cette dénomination est inexplicable ; elle l'est également qujind il nage à fleur d'eau, ne laissant passer que son mufle et 1« saillie de ses yeux à fleur de tête, semblables à ceux d'un crapaud ; mais il n'en est plus de même quand, élevant verticalement son col gigantesque au-dessus des eaux, il recourbe sa tête* et agite ses oreilles petites et dressées ; alors, vu de loin et de profil, c'est véritablement la silhouette de quelque cheval fantastique.
(I) Tous les observateurs, à l'envi, ont remarqué cette analogie. P. Gilles dit de F Hippopotame qu'il avait observé : < Il marchait lentement comme un cochon très-gras » . (Descriptio nova Elephantis, 1/42. Hambourg, 464 4.) Pian» Belon s'exprime do même ; après avoir décrit la tète, il ajoute : « Le reste du corps ressemblait à celui d'un cochon fort gras (in aquat.). » Cette physionomie est si fort accusée, qu'elle frappe au premier abord lés yeux les moins exercée»
Sparrman, qui a observé l'Hippopotame vivant, s'exprime de même là-dessus: « L'espèce de hennissement que cet animal pousse est, sans doute, ce qui lui a fait » donner le nom d'Hippopotame, qui signifie cheval de rivière, car, sous d'autres rap- » ports, il n'a pas la moindre ressemblance avec le cheval ; il ressemble plutôt au cochon. » Il n'a d'autre analogie avec le bœuf que la pluralité des estomacs, et c'est peut-être » ce qui l'a fait appeler au Cap Vache marine, et par les Hottentots t'Gar, qui approche » de t'Kau, nom qu'ils donnent au buffle. » (Voyage au cap de Bonne -Espérance, etc., traduit par Letourneur. Paris, 4787, t. Iif, p. 498.)
Laniariis, couda, posteriore tronoi parle, vitœ génère suem aliquantùm refert. Linn., Syst. nat., édit. 4 3 e , 1. 1, p. 245. — Linnaeus, cependant, place le tapir entre l'Hippopotame et les cochons. Mais comment comprendre M. Leeson, quand, rangeant ses Élépbantidées, ses Bhinocérosidées avec les Hippopotames dans une même sous-tribu, il compose sa famille des Susidées, des Tapirs, des Palœothères et des Cochons (Nouveau tableau du règne animal, Mamm. y Àrthus Bertrand, 4 842). N'est-ce pas là méconnaître à plaisir toutes les analogies et augmenter la confusion de la zoologie systématique?