RÉGION INTESTINALE
Vœsophage n'a qu'un calibre médiocre. Sa circonférence est en moyenne de k centimètres. Il est tapissé par un épithélium très-résistant et presque corné. Il est couvert de plis longitudinaux qui, en atteignant l'estomac, se divisent en plusieurs faisceaux. De ces ta i sceaux, les uns se perdent dans les trois premières dilatations de l'estomac, mais le plus postérieur plonge directement dans l'estomac intestiniforme et 9e cou-
tinue dans toute la longueur de sa petite courbure, contribuant à y former un espace lisse, bordé de chaque côté par les loges papilleuses caractéristiques de cçt estomac.
Estomac (1). — Bien que cet organe ait été étudié par Daubenton avec une très-grande exactitude, je ne crois pas inutile d'y revenir dans le but de rendre sa description plus intelligible par remploi d'une méthode dont j'ai tiré le plus grand parti dans mes cours pour l'exposition des estomacs compliqués. Je dirai d'abord quelques mots de cette méthode.
Il n'y a, dans ies Ruminants et autres animaux à estomac compliqué, d'autre estomac vrai que la caillette. Il en est ainsi dans les Chameaux, dans les Lamantins, dans les Dauphins, etc., et chez tous, l'œsophage s'ouvre dans cet estomac par l'intermédiaire d'un cardia; pour mieux dire ce qu'il faut penser de ce cardia, nous supposerons deux cas.
Premier cas. — Le cardia est un sphincter charnu emprunté, soit au diaphragme, soit aux parois musculeuses du tube digestif. C'est cette disposition qu'on observe dans les Chevrotains et dans tous les Ruminants qui sont dépourvus de feuillet.
Deuxième cas. — Le cardia n'est plus contractile à la manière d'un sphincter, niais il s'étend ; sa cavité est divisée par des cloisons centripètes, et il représente un véritable crible. Sur l'existence de ce crjble repose l'explication des diverses phases de la rumination.
(t) Cette description de l'estomac était complètement schevée dans le manuscrit de M. Gratiolet EUe a été r%\ rodnite sans aucune modification.
Ainsi, dans les Ruminants, l'œsophage communique avec la caillette par l'intermédiaire d'un cardia-crible. Pour comprendre maintenant l'ensemble {le l'appareil gastrique, il suffira d'imaginer qu'entre le diaphragme et le feuillet, l'œsophage communique par une ouverture munie de rebords labiaux, si je puis ainsi dire, avec un vaste jabot divisé en deux lobes principaux : l'un plus petit, placé à l'un des côtés de la gouttière, forme le bonnet ou réseau des anciens; l'autre, placé de l'autre côté, beaucoup plus grand, subdivisé par des replis en plusieurs grands lobules, est la panse. Dans un pareil estomac, les liquides ne pénètrent point dans la panse, ou n'y pénètrent qu'à la volonté de l'animal; mais ils s'écoulent librement par les interstices du crible ou du feuillet, dans l'estomac véritable qui est la caillette.
Dans les Chameaux, que l'on pourrait à bon droit considérer comme des Pachydermes ruminants et comme constituant à cet égard un ordre particulier, le feuillet manque absolument, et il est remplacé par un anneau de fibres contractiles ; mais, dans ces animaux, les liquides ne passent pas directement dans la caillette, ils sont immédiatement reçus dans un vaste jabot qui est la panse. Us y sont absorbés immédiatement, grâce à un des plus merveilleux artifices qu'ait jamais conçus la nature.
En certaines régions de cette panse, que tapisse à l'intérieur un épithélium épais, sont des amas de cellules assez grandes, rapprochées comme les alvéoles des abeilles dans une sorte de gâteau appliqué à la panse. Ces cellules s'ouvrent chacune
dans la grande cavité par une bouche qu'entoure un sphincter contractile.
La paroi interne de ces cellules est tapissée; par un épithélium velouté d'une délicatesse extrême; la muqueuse, absorbante et molle, y est l'origine d'une prodigieuse quantité de grosses veines qui rampent à la surface externe du gâteau entre ses alvéoles, et forment de gros troncs qui s'abouchent dans le système des veines portes. C'est par ces cellules que l'eau est absorbée. Ce ne sont pas là des réservoirs, mais des bouches, et, si j'ose le dire, des pompes aspirantes, mises à l'abri des matières solides qui tombent dans la panse, par les sphincters qui ferment leur ouverture.
Les matières solides, ramenées dans la bouche pour y être triturées, réduites en pâte, et mélangées aux sucs salivaîres. sont dégluties de nouveau, mais, cette fois, tombent dans la caillette. Tout ee mécanisme est fondé sur le jeu alternatif de deux sphincters : l'un qui agit pour fermer la caillette dans la première déglutition, qui est celle de la panse ; l'autre qui se contracte pour fermer la panse dans la seconde déglutition, qui est celle de la caillette.
On peut, à peu de chose près, expliquer la rumination de cette manière dans les Chevrotains, qui manquent de feuillet, avec cette réserve qu'ils n'introduisent point les liquides dans la panse, ou du moins ne le font qu'en partie et exceptionnellement.
I^es détails sommaires dans lesquels nous venons d'entrer donnent la raison des différences que présentent, eu égard au
Mft ANATUMIË UE L'HIPPOPOTAME.
développement de la pause, les estomacs des Gerviaas et des Gaméliens comparés au moment de la naissance.
Dans les Cerviens naissants, la panse est rudiœentaire. Le lait a'y pénètre point ou y pénètre à peine. Il passe dans la caillette, relativement énorme à cette époque. Dans les Caméliens naissants, au contraire, la panse est énorme, mais aussi le lait y pénètre, ainsi que je lai constaté, et il y est absorbé, du moins dans ses parties les plus liquides.
Les Cétacés présentent une autre forme d'estomac composé de deux renflements successifs, dont le premier est un véritable jabot contenu entre deux lames du diaphragme, précédent l'ouverture cardiaque de l'estomac, mais où la rumination est impossible, parce que ces jabots fout partie constituante du système de canaux qui conduit de la bouche au véritable estomac.
Nous ne rangeons pas au nombre des estomacs composés l'estomac des Semnopithèques, des Kanguroas, etc., où se retrouve la forme du côlon de l'homme. Ce sont là des estomacs plissés, ce ne sont point des estomacs composés, pas plus qu'on ne peut considérer le côlon comme un estomac composé.
Il est une autre forme d'estomacs compliqués dans lesquels les jabots manquent et semblent remplacés par des appendices plus ou moins considérables du grand cul-de-sac de l'estomac. Une telle forme se présente fréquemment dans les Rongeurs où la partie pylorique est nettement distincte do grand cul-de-sac de l'estomac, où s'ouvre l'œsophage. Souvent ces deux portions sont séparées par un étrangtemt-iiL, et la
APPAREIL DE LA ftESPMATION. Mb
partie pyïorique, repliée sur elle-même, semble au premier abord divisée en deux poches distinctes par une valvule.
Les Pachydermes à doigts pairs présentent des dispositions analogues. Dans le Sanglier, au grand cul-de-sac de l'estomac s'ajoute une sorte d'appendire ou de cône accessoire, mais ce sont là des modifications propres à l'estomac lui-même; il n'y a point là de jabot, ni de panse proprement dite, l'œsophage ne présentant aucune dilatation entre le diaphragme et le cardia.
L'Hippopotame, dont il s'agit plus particulièrement ici, présente une forme intermédiaire. C'est un estomac à forme de côlon avec un appendice au grand cul-de-sac, plus une véritable panse latérale précédant cet estomac.
L'œsophage, assez large mais peu musculaire, se continue directement avec Fampoule cardiaque de l'estomac. Cette ampoule se replie sur elle-même, et, de ce repli, résulte à son intérieur une espèce de valvule très-large. Puis elle se continue en une sorte de boyau assez étroit qui sert d'intermédiaire entre l'ampoule cardiaque et une ampoule pylorique. Cette seconde ampoule est, comme la précédente, repliée sur ellemême, et se termine dans un duodénum relativement mince et très-étroit. Le boyau intermédiaire est rendu semblable à un côlon parla présence de plis transverses que maintient une bride longitudinale et qui lui donnent un aspect annelé. J'ai compté neuf de ces anneaux sur l'individu que je décris ici. Les plis saillants qui les séparent fout saillie à l'intérieur du boyau intermédiaire, et divisent sa cavité en cellules distinctes
390 ÀiNATOMIE DE L'HIPPOPOTAME.
que Daube n ton a très-bien figurées. L'estomac, s'il était réduit à ces parties, ressemblerait à peu près, sauf un plus petit nombre de bandes longitudinales et de plis, à un estomac de Kanguroo.
Il faut y ajouter deux parties que Daubenton a également connues, mais dont il a donné une description un peu obscure. Lune de ces parties est une sorte de large appendice caecal, qui tient à la face antérieure de l'ampoule cardiaque. C'est l'analogue de l'appendice de l'estomac des Sangliers. L'autre est un jabot véritable qui s'ouvre à la face postérieure de l'œsophage au point même de son insertion dans l'ampoule cardiaque. Sa grandeur est un peu supérieure à celle de l'appendice, et cette équivalence leur donne l'aspect de deux oreillettes attachées à l'extrémité cardiaque de l'estomac, l'une en avant, l'autre en arrière de ce viscère; mais, en y regardant de plus près, il est facile de voir que l'une de ces oreillettes tient à l'estomac lui-même, et que l'autre dépend de l'œsophage (1).
(4) Les culs-de sac appendiculaires, et loule la série des cellules qui se succèdent le long de la portion intestimforme de l'estomac, offrent, à leur surface interne, une muqueuse hérissée de grosses papilles semblables à celles de la panse de certains Ruminants, et recouvertes par un épithélium dur et fort épais. La portion pylorique seule est recouverte à l'intérieur par un épithélium velouté.
En examinant avec moi les rapports et les connexions réciproques des différents sacs, pour vérifier les observations de Daubenton, mon jeune ami, M. Paul Bert, crut apercevoir que les sacs appendiculaires étaient en série régulière avec les cellules de la portion intestiniforme. Cette idée simplifie de la manière la plus heureuse la description de ce curieux estomac.
Supprimons par la pensée les sacs appendiculaires, et imaginons pour un instant, qu'à partir de l'ouverture cardiaque de Tœsophage, les cellules divisent la portion
Il serait imprudent d'émettre, d'après l'examen de l'estomac d'un Hippopotame naissant, quelque opinion sur les dimensions relatives de ses différentes parties dans l'âge 'adulte. Peut-être le jabot subit-il ici les mêmes modifications que la panse dans les Ruminants. J'imiterai sur ce point la sage réserve de Daubenton, et je n'essayerai pas de résoudre cette question à priori.
De l'existence d'une sorte de panse dans l'Hippopotame, il ne faudrait pas conclure qu'il rumine. Duvernoy, considérant la complication de l'estomac des Semnopithèques et des Bradypes, en conclut qu'ils devaient ruminer. Mais un jabot n'explique pas la rumination. Cette fonction suppose certaines dispositions de cet organe qui n'existent en aucune manière ni dans les Bradypes, ni dans l'Hippopotame.
Les rapports de la rate avec l'estomac étaient fort différents, dans notre Hippopotame, de ceux qu'on observe' dans les Ruminants vrais et dans les Caméliens. Chez ceux-ci, la rate, sous forme d'un gâteau plus ou moins aplati, est attachée à la panse. Dans l'Hippopotame, cet organe, très-allongé et pour ainsi dire en forme de lame arrondie à ses deux bouts, suit la grande courbure de l'estomac et se trouve placé sous le boyau intermédiaire à ses deux ampoules terminales.
J'ai vainement cherché dans les vasa breviora qui vont de
inlestiniforme de l'estomac en cellules équivalentes. Ce serait là une forme fort simple, et, pour passer à celle que présente l'Hippopotame, il suffira de dilater et de prolonger la première et la troisième cellule. La première deviendra la panse, et la troisième le caecum appendiculaire. Le groupement particulier de ces sacs dépend d'une courbure particulière de l'extrémité cardiaque de l'estomac.
3»& ANAfOMtfe DE L J fllM>OTOtAME.
l'estomac à la grande veine spléttique ïe singulier appareil valvuiaire que présentent ces Vaisseaux dans l'Éléphant. Os valvules, exceptionnelles dans le système de la veine porte, règfem te cours du sang de l'estomac vers ta grande veine spiéniçué. Ici la théorie des fonctions de la rate est pour ainsi dire écrite d*ns le» faits eux-mêmes; malheureusement jusqu'ici, <ce fait de la présence des valvules dans les veines spféfti$t0S dfc riîlépliant ta 1 * paru un fait exceptionnel (i) .
Le fuie n'est pas subdivisé en lobules secondaires. Son fcord offre seulement quelques légères écfcattcrures-. ft*a vésfcule du ftel est située * droite % elle est volumineuse, mais sa surface interne est lisse et dépourvue de valvules* lie oanal çystique est |>ercé de plusieurs pefrtuis qui sont des orifices de canaux hépatiques ; il s'unit à angle aigu au canal <choiédoque« On a décrit plus haut les rapports du foie avec la veine oave.
Le pancréas s'allonge le long de la «dernière partie de l'estomac et du duodénum, où son canal débouche isolément.
Le duodénum présente la disposition habitueltev
L'intestin grêle a environ 11 mètres 80 centimètres de long. Il s'enroule de manière à décrire environ onze tours de spire. Il est couvert de villosités fines et allongées, et de nombreuses glandes de Lieberkuhn dont les petits orifices donnent à sa surface un aspect criblé. Il n'existe pas de valvule iléo-^csecale séparant l'intestin grêle du gros intestin; on trouve seulement, à la limite de t?es deux régions, un pli transversal l égèreme nt
(4) Le manuscrit de M. Gratiolet se termine tei.
froncé, et un espace couvert de petits plis entrecroisés qui lui donnent un aspect aréolaire.
Le gros intestin a une longueur d'environ 80 centimètres. Il est dépourvu de caecum, et dans foute son étendue il se montre comme un cylindre uniforme assez étroit.
Le côlon ascendant décrit UW ligftô ftinuQttsç dans laquelle on peut compter six anses successives.
Il y a ensuite un côlon tTOP§verse, une S iliaque médiocrement courbée, placée très-près de la ligne médiane, et enfin un rectum très-musculeux.
Il n'existe pas de mésocôlon ascendant, et il y a un mésentère commun pour l'Intestin grêle et le côlon ascendant. Ce côlon ascendant en conséquence est flottant dans la cavité abdominale. Le côlon descendant est au contraire directement attaché à la colonne vertébrale par un mésocôlon.
De la-courbure de l'estomac se détache un grand épiploon qui va retrouver le côlon transverse. Il n'existe pas d'hiatus de Wlnslow donnant accès dans la cavité de cet épiploon.
L'épiploon gastro-hépatique est d'une étroitesse excessive, l'estomac s'éloignant à peine du bord antérieur du foie.
Le tissu du mésentère est excessivement élastique, ce qui lui donne une grande force de résistance pour soutenir la masse intestinale.