TROISIÈME PÉRIODE
Nous abordons maintenant l'exposé des opinions courantes et classiques sur la structure de ces organes sécréteurs chez l'Homme ou chez les mammifères les plus élevés. A cette étude se rattachent les noms de Sappey, Kôlliker, Heidenhain, Rollett, Klein, Frey, etc.
Pour rendre notre exposé aussi complet que possible, nous puiserons à ces diverses sources, en insistant sur les points élucidés par chaque auteur.
Toute la surface de la muqueuse stomacale est recouverte d'une couche d'épithélium cylindrique qui en suit toutes les ondulations et qui pénètre plus ou moins dans les tubes glandulaires, lesquels ne sont autre chose que des dépressions de la muqueuse.
D'après Klein \ cet épithélium tapisserait complètement les glandes, vers le bord supérieur du cardia, dans une zone de 1/2 à 2 millimètres de hauteur. Immédiatement au-dessous de cette zone apparaîtraient les cellules granuleuses dans le fond des culs- de-sac des glandes. Sous cette couche épithéliale, on verrait aussi dans certains points quelques fibres-cellules contractiles, couchées parallèlement à la surface, dernières branches des petits faisceaux musculaires émis par la musculeuse entre les
1 Klein, The Stomach. — Manual of human and comparative histology, edited by Stricker, translatée! by Henry Power, 1870.
DESCRIPTION DE KÛLLIKER 15
tubes glandulaires. Sur cette surface viennent s'ouvrir les nombreux orifices des tubes sécréteurs. M. Sappey les évalue à 100 ou 150 par millimètre carré. Voilà pourquoi Ruyseh l'a comparée à un véritable crible. Ces orifices présentent tous un double contour, formé en dedans par la lumière de la glande et en dehors par la couche épithéliale.
D'après Frey *, les cellules cylindriques de l'épithélium de la surface ont de 0mm,0323 à 0mm,0226 de longueur sur 0mm,0045 à 0ram,0056 de largeur. Les cellules caliciformes qui revêtent les orifices glandulaires sont toujours plus grosses que celles du reste de la surface.
Arrivons maintenant aux glandes stomacales proprement dites. Une des meilleures descriptions, sans contredit, est celle de Kôlliker 2. Le célèbre professeur de l'université de Wùrzburg divise les glandes tubuleuses de l'estomac en deux groupes : les glandes à suc gastrique et les glandes muqueuses. Les glandes à suc gastrique, glandes à caillette de Leydig 3, sont des utricules tantôt simples, tantôt composés. Les tubes simples se rencontrent dans la portion moyenne de l'estomac ; ils sont tous serrés les uns contre les autres et viennent s'ouvrir, toujours plusieurs à la fois, dans ces sortes de dépressions que l'on rencontre à la surface de la muqueuse. Ce sont des cylindres qui ont de 67 f. à 90 y. de largeur en haut, qui se rétrécissent plus bas, de façon à n'avoir
1 Frey, Traité d'histoloyie et d'histochimie. 1877, p. 542 et suiv.
2 Kolliker, Ëlém. d'histol. humaine, trad. par le D' Marc Sée ; 2« édition ïran<aise, d'après la 5* édition allemande. 1878.
3 F. Leydig, Traité d'histol. de l'homme et des animaux. Université e Tubingue. — Trad. par Lahillonne,
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plus que 31 p ou 45 p. Ils se terminent par un renflement en massue.
Ces glandes présentent toutes un signe caractéristique, c'est-à-dire des bosselures au niveau des deux tiers inférieurs et surtout du tiers moyen. La partie inférieure est légèrement contournée, principalement au voisinage du pylore ; elle est parfois un peu bifide. Ces bosselures correspondent précisément à des cellules à noyau, polygonales, pâles et à granulations fines. Pour Kolliker, elles ont de 13 y- à 22 [j. de diamètre et occupent presque tout le tube glandulaire ; « elles ont plutôt le caractère de protoblastes et sont toujours plus distinctes et plus nettement limitées dans la portion moyenne de la glande qu'à ses extrémités, qui souvent ne présentent rien qu'un protoplasma finement granulé avec des noyaux. » Quant à admettre une lumière distincte dans la glande, Kolliker n'est pas en mesure de trancher la question.
Les glandes gastriques composées n'existent que dans une zone étroite du cardia. Elles comprennent d'abord un canal excréteur qui a de 90 p à 180 \>- de longueur; ce conduit est tapissé d'épithélium cylindrique. D'après Klein (loc. cit.), chez le nouveau-né l'épithélium cylindrique descend généralement plus bas que la moitié du tube glandulaire. Le canal excréteur se divise bientôt en deux ou trois branches, puis en quatre ou sept culs-desac cylindriques tous de même longueur. Pour M. Sappey, les glandes gastriques ont de trois à quatorze branches. Ces glandes renferment des cellules à pepsine jusqu'au fond de leurs utricules ; les cellules contiennent souvent un peu de graisse. Quelques tubes simples se rencontrent au milieu des tubes composés.
DESCRIPTION DE SAPPEY 17
Les glandes muqueuses sont l'apanage de la portion pylorique; elles sont composées et leurs divisions sont analogues à celles des glandes gastriques composées ; leurs dimensions sont légèrement plus grandes. Elles ne contiennent absolument que de Tépithélium cylindrique jusqu'au fond de leurs culs- de-sac rectilignes et sans renflement terminal. Cet épithélium renferme aussi quelques granulations graisseuses.
M. Sappey prétend que ces glandes muqueuses ont à peu près la même longueur que les glandes gastriques. A leur partie inférieure, les culs- de-sac se multiplient tellement qu'ils donnent à la glande l'aspect d'une grappe. M. Sappey1, d'après des recherches nombreuses, arrive à conclure qu'il n'y a pas de glandes en tube, simples, dans l'estomac des vertébrés ; ce sont toutes des glandes composées ; et même les glandes de la partie moyenne de l'estomac qui, par tous les analomistes modernes, sont regardées comme des tubes simples, seraient, d'après lui, les glandes les plus longues et les plus ramifiées. Ces conclusions reposeraient sur une observation très exacte, car M. Sappey est parvenu à isoler les glandes en détruisant la substance amorphe intermédiaire, par un procédé malheureusement non encore livré à la publicité.
Outre les tubes simples ou composés, Kolliker admet aussi avec Bruch, Donders et Frey, l'existence de petites glandes en grappes, dans l'estomac de l'Homme. Cobelli décrivit ces glandes dans le voisinage du pylore, sous la forme de cinq à sept rangées longitudinales, situées dans l'épaisseur de la muqueuse. Ecker a égale-
1 Snppey, Traite d'anat. descript., V édit., 1877, t. IV, p 187.