‹ Recherches sur l'anatomie normale et pathologique du sangChapitre 10 sur 15 · GLOBULES ROUGES DU SANG · texte numérisé non relu

GLOBULES ROUGES DU SANG

I. — On a dit que les petits globules étaient des élémenls en voie d'atrophie, parce qu'ils se présentent souvent sous une forme anomale. En effet, lorsqu'on examine, dans la chambre humide, un sang qui en renferme une certaine proportion, on voit que plusieurs d'entre eux prennent une forme sphérique, vésiculeuse, quelquefois en même temps mûriforme.

Ils ressemblent alors à de petites boules mesurant de 3 à 6 [A et présentant une coloration variable. Les plus petits globules sphériques sont souvent très-réfringents et d'une coloration plus foncée que les autres globules ; d'autres sont, au contraire, plus pâles et comme en voie de dissolution. Sous ces apparences, ces hématies ont été prises par Masius et Vanlair, et depuis par d'autres observateurs, pour des éléments particuliers et décrits sous le nom de microcytes.

D'après mes recherches physiologiques et cliniques, ces prétendus microcytes ne sont que des globules modifiés par les agents extérieurs. Ils ne préexistent pas dans le sang, et leur nombre varie dans une préparation suivant la manière dont elle est exécutée ^

i Extrait des Comptes rendus de VAcad, des scicDces^ 28 mai 1877.

s n suffit que l'une des plaques de verre qui servent à faire la préparation soit couverte de buée, pour qu'un certain nombre de globules rouges se transforment en microcytes. Le même phénomène se produit lorsque Tendroit où l'on prend le sang est un peu humide, soit qu'après avoir été lavé^ il ait été mal séché, soit qu'il se trouve mouillé par un peu de sueur.

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Les plus petite éléments qu'on puisse reconnaître dans le sang comme ayant les caractères des globules rouges ne fftesurent que 2fA,5. Malgré leur exiguïté, ils sont déjà parfaitement discoïdes et biconcaves, et ils ont absolument la même forme que les grands; mais leur coloration, même à Tétat sain, est variable, tantôt faible, tantôt normale. Entre ces petits globules et les géants atteignant jusqu'à 12 et 14 fx on peut trouver tous les intermédiaires, et ces éléments sans exception sont tous parfaitement discoïdes et biconcaves. La forme biconcave est tellement spécifique, en quelque sorte, qu'elle persiste même dans les cas pathologiques, alors que les globules altérés paraissent plus mous et déformés, les déformations, consistant seulement en une perte de la forme arrondie ou discoïde.

Cependant les faits relatifs aux éléments désignés sous le nom de microcytes sont réels et d'observation vulgaire. Ils s'expliquent simplement, d'après nous, par les qualités particulières que possèdent les petits globules.

Les globules en boule fortement colorés paraissent être dans une sorte d'état tétanique, car certains réactifs leur rendent, en les tuant, une forme normale, biconcave; les globules pâles, en voie de dissolution, sont des éléments très-vulnérables ayant subi plus facilement que les autres les effets de l'endosmose.

Ces propriétés des petits globules s'observent aussi bien à l'état normal qu'à l'état pathologique. Toutefois, il est possible que certains états morbides puissent rendre les petits globules plus facilement transformables en microcytes.

IL — Gela posé, relativement à la nature des petits globules rouges, pour arriver à connaître la signification de ces éléments, j'ai noté avec soin toutes les circonstances dans lesquelles on les rencontre, soit chez l'homme sain, soit chez l'homme malade.

Â) Les globules nains sont extrêmement rares chez l'adulte bien portant. Au contraire» chez le nouveau-né cet élément est constant; on n'en. trouve guère que 1 sur 100 a 200; mais le sang de l'enfant contient souvent aussi une

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assez grande proportion de petits globules. (Voir note du 21 mai 1877.)

Les globules nains se montrent également à Tétat normal chez la femme pendant la période menstruelle. L'hémorrhagie physiologique des régies, loin de produire une diminution dans le nombre des globules rouges, ainsi qu'on pourrait s*y attendre, s'accompagne, au contraire, d'une élévation dans le nombre de ces éléments. Mais des globules nains apparaissent, la proportion des petits globules augmente et, par suite, la moyenne des dimensions globulaires s'abaisse. Malgré le nombre plus fort des hématies, la richesse globulaire du sang est affaiblie.

B) Â l'état morbide, les circonstances dans lesquelles on observe des globules nainSy ainsi que des proportions exagérées de petits globules, sont extrêmement nombreuses. Il me serait impossible de les indiquer toutes; je me bornerai à énumérer les principales.

€ 1° Toutes les fqis qu'à la suite d'une perte de sang (accouchement, épistaxis, hémoptysie, hématémèse, métrorrhagie, etc.) les globules rouges, d'abord moins nombreux commencent à se multiplier, on voit apparaître des globules nains et des petits globules ;

« 2' Lorsqu'à la fin d'une maladie aiguë (fièvre typhoïde, variole, rhumatisme, etc.) les malades entrent en convalescence et que le nombre des globules rouges, d'abord abaissé, augmente, on voit également survenir des globules nains et une plus forte proportion de petits globules;

3*» Dans toutes les anémies chroniques de moyenne intensité, quelle que soit leur origine, on trouve une proportion variable de globules nains et de petits globules. (Voir notes des 3, 10 et 17 juillet 1876.) Ces petits éléments, même lorsqu'ils prennent dans la chambre humide la forme microcytique, ne caractérisent en aucuLO manière un état patholologique particulier.

Dans ces diverses maladies les fluctuations de nombre que présentent ces globules, et que nous avons déjà fait connaître, sont importantes à rappeler ici :

La proportion des petits globules est, en général, d^au-

tantjplus grande que le nombre des globules contenus dans l'unité de volume est plus élevé.

Lorsque, chez les anémiques, le nombre des globules s'accroît rapidement, s'il n'y avait pas de globules petits et nains, on en voit apparaître un nombre plus ou moins grand; si déjà il en existait la proportion en augmente notablement.

Inversement, dans les anémies en voie d'amélioration, lorsque le nombre des globules d'abord très-élevé diminue, la proportion des globules petits et nains devient moins grande, et, par suite, chaque globule a une plus forte valeur individuelle.

Les petits globules rouges du sang, aussi bien à l'état pathologique qu'à l'état normal, se montrent donc toutes les fois qu'il se fait une production active de nouveaux éléments. Ils caractérisent un sang en voie d'évolution ou de répara-tioD. J'en conclus que ces petits éléments sont des globules jeunes, incomplètement développés. Ils ne diffèrent des globules adultes que par leur exiguïté et la facilité avec laquelle certains d'entre eux deviennent sphériques lorsqu'ils sont sortis des vaisseaux .

Lorsque ces globules- jeunes trouvent dans l'organisme les conditions nécessaires à leur évolution normale, on ne les retrouve dans le sang général qu'au moment où ils se forment en très-grand nombre à la fois (premières semaines de la vie, période menstruelle), et dans ces circonstances ils ne sont jamais très-abondânts. Dans les cas pathologiques où les globules de nouvelle formation ne sont plus dans les conditions favorables à leur évolution complète, ils restent petits et s'accumulent, sous cette forme, dans le sang en proportion quelquefois considérable. Telle est la raison, sans doute, pour laquelle les petits globules abondent chez quelques anémiques, qui produisent beaucoup d'hématies sans pouvoir amener ces éléments à l'état parfait.

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