‹ Recherches sur l'anatomie normale et pathologique du sangChapitre 12 sur 15 · I. ^ Mote commniiiqaée à la Société de biolog^ie · texte numérisé non relu

I. ^ Mote commniiiqaée à la Société de biolog^ie

le !24 noTembre i877.

Lorsqu'on examine au microscope le sang d'un vertébré inférieur, d'une grenouille par exemple, en faisant la préparation de façon à ce que, immédiatement après être sorti du cœur ou des vaisseaux, le sang puisse pénétrer par capillarité sous la lamelle de verre, on voit passer rapidement sous ses yeux trois espèces d'éléments figurés : des globules rouges; des éléments arrondis, globuleux, réfringents, qui représentent les diverses variétés de globules blancs; puis des éléments également incolores comme les globules blancs, mais, en général, plus allongés, moins granuleux et moins réfringents.

Ces éléments, très-différents des globules blancs proprement dits, existent normalement et en grand nombre dans le sang de tous les ovipares.

Nous avons pris comme exemple le sang de la grenouille ; retournons à notre préparation. Pendant que le sang pénètre plus ou moins rapidement entre la lame et la lamelle de verre, les éléments en question se présentent sous la forme de corpuscules. pâles, grisâtres, à peine granuleux, ayant à peu près le volume des globules blancs petits ou moyens.

Ils sont le plus souvent fusiformes ou en amande, quelquesuns sont ovoïdes ; mais, en général, d'un ovoïde plus allongé que celui des globules rouges; les plus petits et les moins nombreux sont arrondis, et d'un diamètre inférieur à celui des plus petits globules blancs.

A peine issus de l'organisme, ils acquièrent une viscosité remarquable et on les voit s'accrocher au verre, ce qui leur fait prendre souvent une forme très-allongée ; puis ils adhèrent les uns aux autres en se groupant sous forme d'amas qui deviennent plus ou moins volumineux, suivant l'abon-

dance de ces éléments dans le sang soumis à Texamen et suivant l'épaisseur de la couche de sang. Ces amas, fixés dans la préparation, constituent des obstacles qui retiennent au passage quelques globules blancs, et autour desquels les globules rouges tourbillonnent, s'accrochent et s'accumulent en formant une série de cercles de plus en plus grands ^ .

Quand le courant liquide est arrêté, on voit alors que tous les globules rouges sont disposés de façon à dessiner des rosaces plus ou moins régulières et étendues, ayant pour centre un amas d'hématoblastes et quelques globules blancs ^.

Dans les intervalles laissés entre ces rosaces, on note quelques hématoblastes isolés et des leucocytes.

Déjà, pendant qu'on constate ces faits, les hématoblastes se sont modifiés. La surface en est devenue épineuse par suite de l'apparition de petits prolongements sarcodiques très-courts et nombreux, et à peu près en même temps le corps protoplasmique s'est rétracté, de sorte que l'élément est déjà moins volumineux qu'à la sortie du sang des vaisseaux. Bientôt les hématoblastes semblent se presser les uns contre les autres, ils deviennent polyédriques et l'amas se transforme en une sorte de plaque à noyaux multiples, qui ressemble à une cellule géante, ou parfois à un groupe de cellules pavimenteuses, crénelées ou épineuses sur le bord ^

, * Le volume de ces amas varie également suivant la manière dont la préparation est faite. Le nombre des éléments qui les constituent est par suite très-inconstant. Dans une même préparation on peut voir des groupes de 2, 4, 5, éléments et d'autres amas comptant jusqu'à 10, 20, 30, 50 éléments. En général, dans le sang des différents ovipares, le nombre des hématoblastes qui forment les amas est en rapport avec le nombre et le volume des éléments du sang. Ainsi chez l'axolotl et le triton, dont les globules sont volumineux et peu nombreux, les amas d'hématoblastes ne comprennent qu'un petit nombre d'éléments. Au contraire dans une couche un peu épaisse de sang d'oiseau les amas d'hématoblastes renferment souvent plusieurs centaines d'éléments pressés les uns contre les autres et disposés confusément sur plusieurs plans.

« M. Ranvier a déjà décrit dans les préparations faites avec le sang des grenouilles cette disposition en rosace. [Compt. rend, de la Soc, de biol,, 1873, et Technique bistologique,) Il l'attribue à la coagulation du sang, mais on l'observe bien avant que le sang ne soit coagulé.

3 Les premières déformations que présentent les hématoblastes varient un peu suivant l'animal qui a fourni le sang, mais elles sont toujours plus ou moins analogues à celles que nous décrivons d'après le sang de grenouille.

De plus, que ces éléments soient isolés ou réunis en amas, ils offrent de légers changements de forme très-lents, mais ne ressemblant en rien aux mouvements amiboïdes, car ils paraissent être la conséquence d'altérations de plus eti plus profondes. Ils consistent en un plissement irrégulier qui porte non-seulement sur la plaque protoplasmique, mais souvent aussi sur le noyau, et en une production de pointes sarcodiques qui peuvent s'allonger un peu, revenir lentement sur elles-mêmes et être remplacées par d'autres au fur et à mesure que l'élément se modifie. Outre ces prolongements^ on voit se former, sur le bord des éléments, des sortes de vésicules trés-transparentes qui paraissent contenir un liquide et indiquer clairement qu'une partie de ces éléments se dissout dans le plasma.

Ces premières altérations ont, en général, pour effet, de rendre le protoplasma des hématoblastes plus translucide et de faire apparaître très-nettement les noyaux. Quelques moments après que la préparation vient d'être faite, on peut reconnaître très-facilement les caractères de ces noyaux. Plusieurs d'entre eux sont un peu déformés, soit allongés, soit anguleux ou plissés, mais la plupart paraissent encore intacts. Ils se montrent sous la forme d'une vésicule arrondie ou légèrement ovoïde, dont l'enveloppe présente, à un fort grossissement, un double contour. Les dimensions en sont variables, et en moyenne supérieures à celles des noyaux des globules rouges adultes. Ils possèdent un nucléole très-net, difQcile à voir dans le sang pur, et des granulations qui sont moins centrales que le nucléole, et qui, à un fort grossissement, ressemblent, dans les éléments le moins altérés, à de petites virgules disposées d'une manière régulière, simulant une sorte de striation.

A peine a-t-on pu noter ces caractères du noyau, que, les diverses parties en question continuant à s'altérer, on voit survenir encore d'autres particularités. Celles-ci sont difficiles à décrire, car elles sont dues à une sorte de décomposi-

Chez la tortue les petites pointes sarcodiques dont se hérissent les hématoblastes en se déformant sont courtes et très-régulières, ce qui donne aux éléments l'aspect de petites brosses s'engrenant réciproquement.

tion qui, s'accentuant lentement, amène incessamment des changements d'aspect et de forme \

Les hématoblastes réunis en amas, ont une tendance à s'accoler d'une façon de plus en plus intime^ et au bout d'un temps variable (de quelques minutes à une demi-heure) ils forment comme une masse confuse dans laquelle il serait impossible de compter les éléments primitifs qui, souvent, sont superposés les uns sur les autres. Sur le bord de cette masse, on note toujours des prolongements sarcodiques, puis des sortes de bourgeons qui se séparent, en quelque sorte par segmentation, de la masse principale et des vésicules plus ou moins volumineuses et transparentes. Les noyaux eux-mêmes, d'abord très-distincts, après s'être déformés, deviennent troubles, grisâtres; un certain nombre d'entre eux se fragmentent, quelques-uns même disparaissent, et la masse entière formée par ces éléments semble se rétracter et revenir sur elle-même. Il en résulte un accolement plus intime des globules rouges voisins et adhérents ; et, comme à ce moment le sang est coagulé, ces hématies étirées et étranglées prennent des formes de poires ou de gourdes, qui s'accentueront encore plus tard ^.

1 Nous supposons, dans toute cette description, qu'on observe pas à pas pendant plusieurs heures un même amas d'hématoblastes un peu volumineux.

s Ces premières modifications font prendre aux amas d'hématoblastes un aspect tout particulier.

Le centre relativement obscur et plus ou moins granuleux est constitué par les noyaux entourés du stroma rétracté tandis que la périphérie est formée par une matière claire, translucide, d'aspect colloïde ou muqueux, irrégulièrement plissée et à bord festonné. Cette matière, qui est fournie par les hématoblastes, s'épanche plus ou moins loin et paraît se dissoudre en partie dans le plasma. Quand on étudie avec soin les phénomènes que présentent les hématoblastes isolés, on arrive à comparer ceux-ci à une sorte de bourse poreuse qui reviendrait sur elle-même et ferait sortir par exosmose un produit muqueux, tandis que le noyau comprimé, étranglé, parfois fragmenté, finirait par être mis en liberté après avoir subi des altérations plus ou moins profondes. Pendant ce temps cette sorte d'enveloppe rétractée se désorganiserait de plus en plus. Ce processus compliqué, presque impossible à décrire, est intimement lié au phénomène de la coagulation. La matière colloïde exsudée autour des hématoblastes envoie de petits prolongements, terminés souvent par une sorte de bourgeon, jusqu'aux globules rouges voisins et, en se rétractant, elle les attire vers lamas d'hématoblastes. Puis elle devient le point de départ du rôticulum fibrineux qui relie entre eux {voir plus loin) les hématoblastes et les globules rouges et qui, en se rétractant, étrangle et morcelle autour des hématoblastes un grand nombre d'hématies.

RECHERCHES SUR L'aNATOHIE NORMALE ET PATHOLOGIQUE DU SANG. 119

Au bout d'une demi-heure à trois quarts d'heure, quelquefois plus tôt, il se forme, au niveau des amas, des sortes de corpuscules très-réfringents, constitués par une matière bril lante, à reflet grisâtre on verdâtre.

Quelques-uns de ces corpuscules paraissent percés d'un trou central et ont la forme d'un anneau ; d'autres sont percés de plusieurs trous, de diamètre très- variable, parfois très-petit. D'abord peu nombreux, ils deviennent' ensuite plus abondants, et quand on suit avec soin la manière dont ils se forment, on se convainc facilement qu'ils proviennent des noyaux des hématoblastes. D'autre part la substance protoplasmique disparaissant ou devenant extrêmement translucide, un certain nombre d'hématoblastes paraissent détruits tandis que d'autres sont transformés en une sorte de plaqiie très-pâle et mal limitée. Cependant les globules blancs, au contraire, grâce à leurs mouvements amiboïdes, se sont éloignés de l'amas en rampant et en se frayant un passage à travers les globules rouges.

Au bout d'une heure et demie à deux heures, la désorganisation de l'amas d'hématoblastes a déjà fait de grands progrès. On peut noter en général les principales particularités suivantes : 1® à la surface de l'amas, existe un nombre variable de corpuscules réfringents et troués, tels que ceux que nous venons de décrire, et des granulations brillantes, réfringentes, plus ou moins grosses, paraissant être de nature graisseuse. Ces granulations ne se montrent que quelque temps après la formation des blocs réfringents et proviennent peut-être d'une altération de ces corpuscules ; elles se multiplient progressivement, et peu à peu se répandent dans la préparation en adhérant particulièrement aux globules rouges; 2° sur le bord de l'amas d'hématoblastes on voit toujours des vésicules transparentes plus ou moins volumineuses et quelques prolongements granuleux très-fins ; 3** la masse hématoblastique elle-même est constituée par une sorte de stroma plissé, très-pâle, dans lequel on reconnaît encore quelques noyaux plus ou moins modifiés. Souvent quelques éléments mieux conservés que les autres survivent, en quelque sorte, à cette première phase destructive et se présentent

SOUS la forme de plaques ou de corpuscules étoiles, irréguliers, contenant un noyau nucléole plus ou moins net.

Après les deux premières heures, la marche des altérations se ralentit. Elle est variable, d'ailleurs, suivant certaines conditions encore mal définies. Lorsqu'on poursuit pas à pas l'observation de ces faits, on voit que certains hématoblastes isolés disparaissent complètement, mais qu'en général les amas laissent des traces aussi longtemps que toute la préparation n'est pas en pleine décomposition.

Pendant la dernière phase de leur désorganisation, les hématoblastes continuent à produire des vésicules de divers aspects, des corpuscules réfringents de plus en plus nombreux, tandis que les granulations brillantes, d'aspect graisseux, devenues très-abondantes, finissent par envahir toute la préparation. La masse hématoblastique est ainsi réduite à un petit groupe de stromas irréguliers, anguleux, et contenant, outre des noyaux plus ou moins nets, quelques granulations brillantes. Des angles de ces débris d'éléments partent des filaments de fibrine dont nous décrirons la disposition dans un autre travail. t

En résumé, les hématoblastes observés dans le sang pur s'altèrent rapidement. Les modifications qu'ils présentent commencent dès qu'ils sont sortis des vaisseaux, et progressent surtout pendant les premières heures de l'examen ^ .

1 Les altérations que nous venons de décrire sont très-ralenties lorsque la température extérieure est basse, de sorte qu'en faisant l'examen par une température de 0® ou voisine de 0, on peut étudier facilement, dans le sang pur, les caractères normaux des hématoblastes et suivre pas à pas les modifications qu'ils présentent. Chez les grenouilles vives et bien nourries les hématoblastes sont abondants et, au bout de 24 heures, il en reste encore un grand nombre dans les préparations. D'ailleurs beaucoup d'hématoblastes étirés, amincis et très-pâles ne sont pas détruits et, quand les filaments de fibrine qui en retiennent les angles sont rompus, on les voit revenir sur eux-mêmes en prenant la forme d'un fuseau à pointes plus ou moins effilées, fuseau qui contient un noyau pâle et quelques granulations brillantes, vitellines et graisseuses. Je crois que c'est sous cette forme déjà profondément modifiée que les hématoblastes du sang de la grenouille ont été vus par v. Recklinghausen, Scklarewsky et Golubew. Ces observateurs ayant, en effet, examiné du sang de grenouille conservé pendant plusieurs jours daus une chambre humide, il me paraît impossible qu'ils aient reconnu les hématoblastes normaux, puisque ces éléments se modifient rapidement et perdent leur forme véritable en quelques minutes, surtout lorsqu'on opère à la température de la

Les hématoblastes se comportent donc, dans le sang pur, d'une manière spéciale, et à ce point de vue ils différent notablement des autres éléments figurés du sang.

Pour en faire une étude plus précise^ nous les avons soumis à rinfluence de plusieurs réactifs. Ceux-ci nous ont fourni quelques renseignements importants ; nous ne parlerons que des principaux.

Le sérum iodé (liquide amniotique iodé de Max Schultze), dont on a laissé préalablement évaporer l'excès d'acool et d'iode, nous paraît être le véhicule le plus propre à montrer ces éléments sous leur forme normale. Tout d'abord, les hématoblastes s'y hérissent de petites pointes courtes et nombreuses; puis, au bout de quelques minutes, ils reprennent une surface unie et un bord régulier. On retrouve alors les différents types que nous avons aperçus pendant les premières minutes de l'examen du sang pur. Ce sont des éléments pâles et moins réfringents que les globules blancs, un peu aplatis, mais non encore nettement discoïdes ; les plus petits sont arrondis ou légèrement ovoïdes ; les autres sont plus allongés et ont souvent une des formes pointues déjà indiquées. Le protoplasma en est clair, légèrement grisâtre, presque toujours homogène ; parfois il renferme de petites granulations brillantes dans le voisinage du noyau ; il dessine un corpuscule dont les extrémités sont souvent étirées en pointes très-déliées et parfaitement homogènes ^

chambre. Golubew paraît cependant avoir vu les principales formes d'hématoblastes, mais sa description est confuse parce qu'il a considéré, ainsi que ses devanciers, certains phénomènes en quelque sorte cadavériques, comme des faits d'ordre vital. En me plaçant dans des conditions analogues à celles que ces auteurs ont choisies, j'ai constaté que l'apparition de cellules fusiformes dans le sang conservé est due à la mise en liberté en quelque sorte des hématoblastes au moment où les filaments de fibrine se rompent ou se désagrègent. Ces cellules fusiformes sont des éléments morts, inertes, incapables de se transformer en hématies.

» Les diverses formes que peuvent présenter les hématoblastes sont nombreuses et un peu- variables suivant les animaux examinés. Les formes en grain de riz, en amande, en fuseau et arrondies me paraissent être les plus communes. Chez la tortue, les formes en pendule, en raquette, sont loin d'être rares ; et chez les oiseaux, ces éléments ont souvent dans le sang pur la forme de poires, de virgules ou de larmes. Les formes en fuseau avec pointes très- déliées sont déjà le résultat d'une modification des éléments ; elles n'existent pas dans le sang frais sortant des vaisseaux et elles n'apparaissent dans

1:22 RECHERCHES SUR LANATOMIE NORxMALE ET PATHOLOQIQUE DU SANG.

Le noyau de ces éléments est, dans les plus petits, arrondi ou légèrement ovoïde, de même diamètre ou à peine un peu plus gros que celui des hématies. Dans les hématoblastes plus volumineux, le noyau est plus gros et plus allongé surtout quand Télément est piriforme ou en raquette. Ce noyau unique est toujours finement granuleux,. et le sérum iodé permet parfois de constater l'arrangement régulier et déjà décrit des granulations. Chaque noyau possède un nucléole qu'on ne distingue pas toujours très-bien dans ce genre de préparation.

On sait que dans le sérum iodé les globules blancs sont doués de mouvements amiboïdes ; les hématoblastes v restent parfaitement fixes, ce qui permet de penser qu'ils sont dépourvus de contractilité ^ .

Dans les préparations qu'on observe pendant un ou plusieurs jours, on voit souvent que les pointes des hématoblastes les plus développés peuvent s'allonger d'une manière démesurée et atteindre deux ou trois fois la longueur de l'é-

le sérum iodé qu'au bout dliii certain temps (une à plusieurs heures). Les petites granulations brillantes du disque sont inconstantes. Je n'en ai vu que rarement dans le sang des grenouilles, du triton marbré, de la tortue grecque, tandis que j'en ai trouvé presque toujours 2, 3 ou même plus dans les hématoblastes d'une couleuvre à collier ainsi que dans ceux des oiseaux. D'ailleurs, ces granulations brillantes m'ont paru également plus ou moins abondantes et volumineuses suivant les saisons et les conditions dans lesquelles se trouvaient les animaux soumis à l'examen. Elles sont constantes, par exemple, vers la fin de l'hiver chez la Rana temporaria .

4 Je veux dire par là qu'ils ne possèdent pas de contractilité analogue à celle des leucocytes. Mais il ne serait pas exact de- croire qu'ils sont entièrement passifs. Les modifications que nous venons de décrire ne paraissent pas dues, en effet, uniquement aux actes physico -chimiques dont ces éléments sont le siège; ils révèlent une sorte de contractilité toute particulière, dont on pourrait comparer les manifestations aux derniers spasmes de l'agonie^ Ces phénomènes sont entravés par le sérum iodé dans une mesure qui varie avec la proportion dans laquelle ce liquide est ajouté au sang. Lorsque la preparation.de sang est faite avec une très-petite quantité de sérum iodé, les hématoblastes se comportent alors presque comme dans le sang pur. La quantité de sérum ajouté est-elle un peu plus grande, les hématoblastes ne se modifient plus aussi profondément : ils se plissent ou se rétractent plus ou moins fortement et se hérissent de pointes courtes plus ou moins nombreuses; puis ces éléments changent lentement de forme et les pointes peuvent disparaître tandis que de nouvelles apparaissent ; enfin au bout d'un temps variable (une ou deux heures), les hématoblastes reprennent une surface unie et une forme définitive: ils sont pour ainsi dire coagulés.

lément entier. De plus, le corps de Télément subit des altérations analogues à celles que présente le disque des globules rouges ; il s'y développe quelques granulations brillantes, paraissant graisseuses, et des sortes de vacuoles ou vésicules, quelquefois très-volumineuses, qui font prendre aux éléments un aspect poreux.

On n'observe jamais rien d'analogue dans les globules blancs.

L'eau iodo-iodurée donne lieu à des réactions très-nettes. Lorsqu'elle est moyennement concentrée, elle dissout en partie le disque protoplasmique, et celui-ci présente alors latéralement une ou deux grosses vésicules transparentes, qui crèvent et disparaissent au bout de quelques minutes. En même temps le noyau devient remarquablement net et régulier : il se présente sous la forme d'une vésicule à double contour, ayant un contenu légèrement trouble, presque homogène, et un nucléole très-apparent, presque toujours unique, bien qu'il puisse être exceptionnellement double dans les plus gros éléments. De plus, l'iode, qui colore fortement, mais à peu près uniformément le noyau et le disque des hématies adultes, colore également les hématoblastes, mais en se portant particulièrement sur le noyau, qui reste cependant, en général, moins jaune que celui des hématies. Si l'on emploie une solution iodo-iodurée très-concentrée, les hématoblastes, fortement colorés en jaune, mais plus pâles qiie les hématies, se rétractent sans changer de forme, et, autour d'eux, surtout lorsqu'ils sont groupés par amas, on voit se produire une sorte de nuage granuleux, ^provenant probablement de la matière qu'ils laissent s'épancher au dehors, nuage qui contient souvent de petits filaments. Dans ces corpuscules rétractés, le protoplasma semble fortement appliqué sur le noyau dont la coloration reste faible.

Tous les réactifs qui ont une densité élevée, et qui agissent sur les éléments du sang en les durcissant, déterminent de même une forte rétraction du disque hématoblastique et l'apparition d'une atmosphère granuleuse autour des hématoblastes.

L'éosine, qui se fixe particulièrement sur le disque des hématies et en respecte presque complètement le noyau,

colore les hémaloblasles à peu près de la même manière, mais plus faiblement. Avec la fuchsine, on obtient une coloration à peu près uniforme des noyaux de tous les éléments du sang ^ .

On voit, en résumé, d'après cette description, que les hématoblastes diffèrent essentiellement des globules blancs. Au contraire, bien que la manière dont ils se comportent hors de l'organisme soit, spéciale et caractéristique, ils nous paraissent se rapprocher des globules rouges par certains caractères importants.

S'ils s'en distinguent encore à bien des égards, cela tient, croyons-nous, à ce que ce sont des éléments jeunes, en voie d'évolution^ n'ayant pas encore acquis une constitution définitive. *

On peut faire valoir un grand nombre d'arguments à l'appui de cette manière de voir. Les différences de taille, que présentent les divers hématoblastes , montrent déjà que ces corpuscules, d'abord petits, se développent peu à peu dans le sang. Si les formes qu'ils prennent sont souvent irrégulières et étirées en pointe, elles n'en rappellent pas moins, dans leur ensemble, la conformation discoïde et ovoïde des hématies ; la production des pointes paraît due surtout à

» J'ai constaté la présence des hématoblastes dans le sang de tous les vertébrés ovipares que j'ai examinés : divers oiseaux, tortue grecque, lézards, couleuvre, grenouilles, crapaud, triton, axolotl, divers poissons. On les trouve également dans le sang du têtard de la grenouille, où ils offrent les mêmes caractères que chez l'animal adulte.

Pour apprécier la proportion de ces éléments, j'en ai fait le dénombrement dans le sang normal chez plusieurs animaux des diverses classes d'ovipares. J'ai vu ainsi que les hématoblastes sont rarement moins nombreux que les leucocytes et que souvent, au contraire, ils sont près de deux fois aussi abondants que ces éléments. Par rapport aux globules rouges, on en compte

environ ^-^ chez les oiseaux, ^ chez la couleuvre à collier, -Tq chez la tortue

grecque, -^ chez les grenouilles.

Les dimensions de ces éléments et de leur noyau varient nécessairement avec le degré de leur développement. D'une manière générale le noyau remplit la plus grande partie de l'élément, de sorte que dans les plus petits hématoblastes, il est à peu près de même volume que celui des globules rouges ; mais plus tard il devient plus volumineux et souvent plus allongé que celui des hématies normales. L'élément entier est en rapport, d'un animal à l'autre, avec le volume des globules rouges et nullement avec celui des globules blancs.

Taction des agents extérieurs sur une matière molle et en quelque sorte ductile, et d'ailleurs, semblables pointes plus ou moins développées se retrouvent dans certaines hématies adultes.

Un des caractères le plus frappants des hématoblastes consiste dans la facilité avec laquelle le disque encore imparfait de ces corpuscules se dissout ou se rétracte suivant le milieu dans lequel il est plongé. C'est, sans doute, en grande partie à cause du degré exagéré de leur solubilité par exosmose que ces éléments s'altèrent si rapidement dans le sang pur ; mais cette solubilité ne se retrouve-t-elle pas, quoique moins développée, dans les globules rouges adultes qui disparaissent si aisément lorsqu'ils sont en contact avec une atmosphère humide ?

L'existence d'un noyau unique, quel que soit le volume de l'élément, est encore, dans les hématobkstes, une particularité remarquable. Ce noyau, comme l'élément tout entier, est en voie d'évolution ; il grossit au fur et à mesure que Thémaioblaste est plus volumineux, et nous verrons plus loin qu'à un certain moment il acquiert des dimensions relativement considérables; mais, malgré la variabilité de ses caractères aux différents moments de cette évolution, il ne présente jamais les réactions caractéristiques des noyaux des globules blancs. De plus, nous rappellerons ici qu'en se détruisant, il donne naissance à des corpuscules réfringents, tout particuliers, dont nous avons donné la description. Or, les noyaux des globules rouges adultes en voie de destruction forment précisément des corpuscules semblables qui paraissent dus à la transformation de leur substance en protagon ou en une matière analogue.

On connaît depuis longtemps la remarquable propriété que possèdent les globules rouges de se conserver parfaitement intacts sous le rapport de la forme et de la couleur lorsqu'ils sont desséchés rapidement sur une lame de verre. Les préparations de ce genre sont précieuses pour l'étude des hématoblastes. Ces éléments, en effet, se comportent sous l'influence de la dessiccation comme des globules rouges ; de même que ces derniers, ils sont fixés, pour ainsi dire, et on les reconnaît sous les formes que nous avons déjà décrites et

\'HJ RECHERCHE? SUR L'aNATOMIE NORMALE ET PATHOLOGIQUE DU SANG.

avec des dimensions variables qui sont en rapport avec les divers degrés d'évolution du même élément. La plupart des hématoblastes, surtout lorsque le sang a été pris sur un animal tout à fait sain et robuste, présentent, ainsi desséchés, une coloration manifeste, même lorsqu'ils paraissaient tout à fait incolores, soit dans le sang pur, soit dans le sérum iodé. En signalant cette particularité dans la note communiquée à l'Académie des sciences (12 novembre 1877), j'ai fait la remarque que, en général, dans une préparation de sang desséché, même bien exécutée, quelques éléments colorés se détruisent et que, par suite, Thémoglobine ainsi mise en liberté peut imprégner les éléments incolores. Mais, tout en faisant cette réserve, je crois qu'un grand nombre d'hématoblastes contiennent déjà une certaine quantité d'hémoglobine, trop faible pour donner aux éléments une coloration sensible, lorsque ceux-ci sont humides, mais suffisante pour que la dessiccation la rende appréciable. Les préparations de sang desséché,* faites avec soin, permettent également de distinguer les hématoblastes des globules blancs et je recommande sous ce rapport d'une manière toute particulière l'étude du sang du triton marbré.

.Tandis que les hématoblastes, petits ou grands, ont un noyau unique qui, chez la plupart des ovipares, se laisse deviner plutôt que voir à travers le disque vitreux et légèrement coloré qui l'entoure, les globules blancs desséchés se présentent sous l'apparence de disques plats plus ou moins grands, toujours incolores, irrégulièrement arrondis, souvent nuageux ou granuleux et contenant des noyaux caractéristiques. Dans les préparations faites avec le sang du triton, les noyaux de tous les éléments (hématoblastes, hématies, leucocytes) deviennent, sur les préparations sèches, remarquablement nets ^ .

*■ Nous reproduisons ici un dessin fait d'après une préparation de sang du triton marbré, desséché rapidement sur une lame de verre.

Lorsque la préparation est bien réussie et que les globules sont bien secs, les noyaux des hématoblastes et ceux des globules rouges sont très-visibles. Ces éléments ont à l'état sec une certaine épaisseur et un bord saillant, fortement réfringent entouré d'une ombre portée, caractère qu'on peut rendre très-apparent, en se servant de l'éclairage oblique. Ils présentent à Tétat sec presque

Les hématoblastes sont donc bien, ainsi que nous l'avons dit, tout à fait différents des globules blancs. Ils représentent, si l'on veut, à cause des propriétés qui leur sont propres, une troisième espèce d'éléments figurés du sang ; mais ce sont tout simplement des globules rouges jeunes, incomplètement développés. Toutes les différences constatées entre eux et les globules rouges s'expliquent par cet état de développement imparfait. Ces différences sont d'ailleurs destinées à s'effacer plus tard : les plus jeunes et les plus petits des hématoblastes sont, en effet, reliés aux hématies adultes par un certain nombre de formes intermédiaires se rapprochant peu à peu du type définitif.

Nous avons déjà dit que les hématoblastes représentent une partie extrêmement importante du sang normal. Ils y sont plus nombreux que les globules blancs, et il est facile d'en suivre le développement progressif. Mais, dans les conditions normales, les éléments se rapprochant des globules rouges sont rares. Chez la grenouille, par exemple, dans le

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