Technique
Les techniques habituelles d’inclusion des pièces ne sont pas de mise pour les cartilages costaux. Ceux-ci, en effet, comme ‘ nous le verrons plus tard, contiennent 3,5 pour cent de graisse et de 55 à 70 pour cent d’eau. Toutes les techniques d’inclusion habituelle commencent par les spolier de leurs graisses et de leur eau ; aussi peut-on supposer à priori qu'elles déterminent de grosses altérations dans ce tissu rigide. C’est ce qui se produit en effet : on arrive à faire à la paraffine des coupes de cartilages costaux extrêmement minces, dans lesquelles les éléments cellu-
laires sont tellement ratatinés au milieu du chondroplaste qu'on
ne voit plus dans cette cavité d’ailleurs déformée qu’une petite masse irrégulière, sans structure décelable qui en occupe le centre et dont on ne peut dire si elle est une cellule, un précipité, un artefact quelconque (1).
La technique idéale serait de faire des coupes à main levée, mais de telles coupes ne donneront jamais de grandes étendues : de plus il est impossible de les sérier, si peu que ce soit ; aussi nous sommes-nous adressé à la congélation. Grâce à ce procédé
1. Ce que nous disons là s'applique seulement au cartilage costal. Nous avons eu après inclusion à la paraffine d'excellentes coupes de cartilage bronchique par exemple. Chaque cartilage a sa constitution chimique spéciale qui permet ou non l’inclusion.
nous avons obtenu des coupes très suffisamment minces, assez étendues, et nous avons pu avoir des séries assez longues, utiles par exemple lorsqu'il s’agit de suivre le trajet d'un vaisseau. Nous avons eu surtout de cette facon des coupes très maniables, dont les éléments cellulaires n'étaient pas déformés le moins du monde, et nous avons pu saisir une fois de plus toute la vérité du mot de Schmorl : la coupe à la paraffine est à la coupe à la con= gélation ce qu'est la caricature à l'original. Une fois la coupe traitée par le colorant convenable {en évitant les colorants alcooliques), nous l'avons montée dans la glycérine.
En effet le montage au baume nécessite Le passage aux alcools et au xylol, d'où déshydratation, dissolution des graisses, et au total toutes les conséquences fAcheuses qu'on avait cherché à éliminer par la congélation, La cellule cartilagineuse du cartilage costal est si fragile que le simple fait d’assécher superficiellement la coupe au papier buvard suffit à l’altérer.
Quant à la fixation, on peut la faire à volonté. Nous avons employé presque exclusivement le formol à 4 pour cent, ou le liquide de Müller, quelquefois les deux, associés, et ces deux fixateurs nous ont donné, dans l'espèce, toute satisfaction. :
Il. Histologie du cartilage costal chez le jeune sujet.
Le cartilage costal, comme tous les cartilages, présente à étudier une substance fondamentale, des éléments cellulaires. Nous devrons ouvrir un paragraphe à part pour exposer les rapports des éléments cellulaires avec la substance fondamentale.
A. Eléments cellulaires. — La cellule cartilagineuse lorsqu'elle est jeune, isolée, est de forme elliptique, en ellipse très allongée d’après ce que nous avons pu voir, Et même à la périphérie du cartilage, au niveau de là couche sous périchondrale et toute question d'aspect dû à l'incidence de la coupe mise à part, elle nous a paru effilée à chaque extrémité, donnant un ensemble losangique.
Le noyau de la cellule cartilagineuse est unique, parfaitement circulaire, assez délicat à colorer. Îl occupe généralement l’un
eZ ANATOMIE PATHOLOGIQUE DE L EMPHYSÈME PULMONAIRE
des foyers de l’ellipse, si nous admettons que la cellule est comparable grossièrement à une ellipse.
Dans le protoplasme de la cellule on trouve, d’une façon irrégulière, assez rarement, nous a-t-il semblé, sur les cellules des sujets jeunes des granulations disposées autour du noyau, pas très volumineuses et assez réfringentes. Nous ne pouvons rien dire sur la nature chimique de ces granulations, sinon qu'elles ne sont pas de nature graisseuse.
A côté d’elles nous trouvons de la graisse. C’est un élément important du tissu cartilagineux. D’après les chiffres qui nous ont été communiqués par H. Reddé pour des échantillons de cartilage que nous lui avions confié, elle atteignait chez un sujet de 14 ans le chiffre de 8 gr. 16 pour 100 de matière sèche, la matière sèche représentant 44.93 pour 100 du poids total.
Dans les cellules on la trouve en volumineuses gouttelettes, en général une seule par cellule, d’un volume supérieur à celui du noyau; quelquefois, autour de cette gouttelette s'en trouvent de beaucoup plus fines en nombre variable, mais c’est l’exception.
Il nous a semblé que cette graisse, absolument constante dans les cellules du cartilage costal se montrait surtout, et en plus grande abondance, dans les cellules du centre, qu’elle diminuait en allant vers la périphérie. En tous cas on n’en trouve que peu ou point dans les cellules de la couche sous-périchondrale.
Les réactions histochimiques de cette graisse sont un peu spéciales. Elle se dissout dans un très grand nombre des réactifs couramment usités en histologie : alcools forts, acétone, xylol, comme toutes les graisses d’ailleurs, d’où la nécessité de l’étudier sur des coupes faites à main-levée ou à congélation, colorées avec des colorants aqueux, et montées dans la glycérine.
Ïl est très facile de la mettre en évidence par le soudan n° III et le rouge ponceau 3R. Néanmoins nous reprochons à ces colorants d'exiger pour leur solution la présence d’alcool dans une proportion assez forte (environ 60 à 70 pour 100). La conséquence en est qu'il se produit, et nous avons pu constater le fait sous le microscope, des dissolutions partielles de graisse : des
gouttelettes graisseuses se détachent des masses principales, sont transportées par les courants qui se forment sans cesse dans l'intérieur des liquides colorants, et vont se déposer en des points où on peut les prendre pour de la graisse autochtone si l’on peut dire.
Nous préférons de beaucoup l'imprégnation osmique. Nous la pratiquons en laissant les coupes pendant 24 heures (pour le cartilage et les coupes un peu épaisses qu'on en tire, cette durée n'a rien d'excessif), dans une solution aqueuse d'acide osmique à 1 pour 200. Sans coloration ultérieure et par inclusion dans la glycérine on obtient très suffisamment de détails pour très bien répérer la situation des gouttelettes de graisse.
On peut aussi se servir de cartilage chromé pour faire des préparations par le procédé de Marchi. Un séjour des coupes préalablement chromées, dans le liquide de Marchi pendant 24heures suffit amplement(1). Les détails histologiques semblent, par ce procédé, encore plus nets que par l’imprégnation simple à l'acide osmique.
Autour de la cellule du cartilage costal règne une capsule évidente et nette, mais qui n’atteint jamais une très grande épaisseur. On la voit bien surtout aux extrémités de la cellule dans les coupes obliques qui en augmentent l'épaisseur apparente. Les cellules cartilagineuses qui prolifèrent et se divisent le font dans l'intérieur de leur capsule. On peut avoir un premier aspect constitué par l'existence de deux ou plusieurs cellules dans une seule capsule ; c'est ce que Renaur (2) appelle groupes isoyéniques. Sur les cartilages costaux des jeunes sujets on voit surtout la division en deux cellules ou bien des groupes peu nombreux, ou les cellules composantes sont disposées en petits amas sans orientation particulière (groupes coronatres de Renaut). En certains points, et surtout au centre, les plans de division, parallèles
4. C’est une méthode analogue à celle que M. Pierre Marie a employé (plus d’un an avant Marchi), pour la recherche des corps granuleux : Prerre Marie : Note sur la recherche des corps granuleux dans les centres nerveux. Soc. anal., 1885, p. 162.
2, J. Renaut. 7railé d'histologie pratique.
les uns aux autres produisent une série longitudinale de cellules (groupes axiaux ou longitudinaux de Renaut\, qui sont orientés du reste soit dans le sens axial, soit dans an sens radiaire. Un deuxième aspect est fourni par la production de capsules filles autour des cellules filles, dans l'intérieur de la capsule mère. Nous l'avons vu surtout se caractériser par un plus grand espace séparant les deux cellules filles au niveau de leur plan de division.
B. Substance fondamentale. — On peut lui distinguer plusieurs portions : une portion périphérique, sous-périchondrale, et une portion centrale.
1° Portion sous-périchondrale. — Faisant immédiatement suite à des faisceaux fibreux entrecroisés, elle a encore l’aspect de cordons intrigués avec des interstices renfermant des cellules. Ses réactions colorantes ne sont plus tout à fait celles des fibres collagènes bien qu’elle présente plus d’affinités pour la fuchsine acide du van Gieson et le bleu du pierobleu que la substance fondamentale du centre (1). En revanche elle prend les colorants basiques presque aussi mal que le tissu conjonctif avoisinant, ce qui la distingue nettement de la substance centrale. Da reste, malgré ces analogies ayec les faisceaux de fibres collagènes, elle a une structure parfaitement homogène et nullement fibrillaire.
20 Portion centrale. — Elle donne l'impression d’une masse parfaitement régulière, dans laquelle sont creusées les cavités dés cellules. Cette substance à une réaction basophile assez nette appréciable vis-à-vis des couleurs basiques d’aniline, et aussi de l'hématéine. Il est important de savoir que chez les sujets jeunes, cette affinité est régulièrement distribuée ‘à la totalité de la substance intercellulaire et ne manifeste pas de prédilection pour un point quelconque.
4. I ne s'agit nullement ici d'une imprégnation plus forte de la périphérie des cartilages que du centre ; car cette affinité de la couche sous-périchondrale pour les colorants du collagène se retrouve encore sur les coupes de cartilage ne comprenant qu'un secteur, à l'exclusion des autres bords qui prennent une coloration jaune franc.
Lorsqu'on laisse séjourner le cartilage jeune pendant un temps assez long dans un liquide chromiqne, il jaunit où brunit légèrement mais ne passe jamais à une teinte plus foncée. Ce chromage préalable ne parait du reste lui communiquer aucune propriété particulière au point vue de de ses affinités colorantes ultérieures. C’est une propriété négative du cartilage jeune qui parait tout à fait spéciale et le distingue profondément de celui qui subit l’involution sénile.
Enfin dans la substance fondamentale même nous n’avons jamais pu déceler de graisse d'une façon évidente au moins par
les procédés histologiques. Nous croyons volontiers que la graisse cellulaire suffit à expliquer la proportion que décèle l'examen chimique.
La constitution chimique de cette substance fondamentale diffère enfin notablement chez le jeune sujet et chez le sujet âgé (1). Chez le jeune sujet, on trouve dans la substance fondamentale le chondromucoide, substance formée vraisemblablement de l'union de l'acide chondroïtique où sulfo-chondroïtique et d’un albumoïde analogue à Posseine. On y trouve également l'acide sulfo chondroïtique à l’état libre, maïs on n'y trouve point d'albumoïde libre, comme cela se passe pour le cartilage plus âgé ; nous aurons à en reparler.
Nous avons également recherché, par la digestion trypsique, à mettre en évidence les fibres collagènes qu’on a décrites dans le cartilage (Van per Srricur) (2). Nous n’y avons réussi ni pour le cartilage jeune ni pour celui des sujets plus âgés.
C. Rapports des éléments cellulaires et de la substance fondamentale. — Les éléments cellulaires sont séparés de la’ substance fondamentale par la capsule. A l’intérieur de celle-ci se trouve une cavité, le chondroplaste qui renferme la cellule. Néanmoins il ne semble pas y avoir contact immédiat entre la
1. Pour presque toutes les questions ayant trait à la chimié du cartilage nous.prendrons comme guide l'excellent mémoire de TH. Münxer (Malys Jahresbericht, t. XV, p. 217), lequel complète un mémoire plus ancien de SCHMIEDBBERG paru dans le même recueil (t. XIE, p. 333).
2. Van per Srricur, cité par Prenanr. Traité d’Histologie, &. I, p. 651.
cellule et la capsule, et quel que soit le soin apporté à la préparation on trouve toujours une lacune péricellulaire très nette.
A la périphérie les cellules sont disposées par couches concentriques, dans des cavités losangiques dont le grand axe est parallèle à la surface du cartilage. Au centre on trouve des éléments cellulaires dans des cavités plus arrondies à leurs extrémités, avec des traces de division allant surtout dans le sens de l’épaisseur du cartilage. Entre les deux la transition nous à paru assez brusque Au centre mème les cellules cartilagineuses sont relativement clairsemées ; dans la zône intermédiaire, sous-jacente à la région sous-périchondrale elles sont au contraire très denses et assez actives. Elles sont peu actives dans la zône toute périphérique.
lil. Histologie du cartilage en état d'évolution sénile.
Il faut distinguer deux faits dans cette évolution : le premier est constitué par la senescence du cartilage, avec intégrité de ses éléments constituants principaux ; le second par la série des phénomènes qui aboutissent à la calcification, ou plutôt à l'ossification.