CHAPITRE V
DE LA FAÇON D'ENVISAGER LES RAPPORTS ENTRE LES LESIONS DES CARTILAGES COSTAUX ET L'EMPHYSÈME. VALEUR DES RESULTATS OPERATOIRES
Nous croyons avoir montré que l'emphysème pulmonaire est un état auquel le poumon doit aboutir tôt ou tard. Nous avons montré de même que l’évolution sénile du cartilage — ou du moins ce que nous appelons évolution sénile —est précoce ou tardive suivant les sujets. Nous avons établi autant qu’on peut le faire (1) que les lésions emphysémateuses du poumon, et les lésions dites par nous séniles des cartilages sont en coïncidence constante, les degrés de l’une correspondant aux degrés de l’autre. Dans le poumon nous n'avons trouvé que lésions passives, lésions semblant bien plutôt résulter de la distension que la pro-
1. Comparer les degrés de l’altération emphysémateuse du poumon aux degrés de l’altération sénile du cartilage est un travail difficile, et surtout délicat. Nous ne pouvons introduire de mesure précise pour l’appréciation de l’une et l’autre lésion ; en cette occurrence c’est à l’estima tion personnelle qu'on doit s’en rapporter, et elle ne donne, en somme, que des erreurs relativement faibles. Les cas extrêmes sont d’une constatation facile. Dans les cas intermédiaires on peut fenir compte pour le poumon de l'intensité, et surtout de l'étendue des lésions, pour les cartilages, du nombre de côtes envahies et de l'épaisseur de la zdne modifiée (ce qui se constate facilement sur une coupe). C'est à l’aide de ces repères que nous avons fait nos constatations sur le matériel mis à notre disposition. Et c'est en nous appuyant sur des constatations de ce genre que nous avons trouvé entre les lésions pulmonaires et celles des cartilages costaux un rapport constant, véritable loi qui mériterait le nom de Lot de
Freund.
voquer. Au niveau du cartilage au contraire, l’activité, la prolifération cellulaire, l’accroissement spontané en tous les sens, se marquent par tous les signes possibles. Nous avons pensé pouvoir tirer de nos constatations une conclusion pathogénique, et affirmer à la suite de Freund que l'accroissement des cartilages costaux est un phénomène primitif (que nous considérons comme normal et nécessaire), tandis que la disténsion pulmonaire est secondaire.
On peut, et c’est ce qui a été fait, envisager autrement le problème. Orra (1) par exemple, dit très expressément que « la calcification des cartilages costaux (c’est sous ce nom que toujours les auteurs ont englobé les altérations séniles des cartilages costaux) est secondaire à la dislocation des côtes et se développe sous l'influence de la pression excentrique exercée sur celles-ci». Cela revient à dire que l’emphysème peut être une affection dans laquelle le poumon joue un rôle passif, le rôle actif restant dévolu à une cause ignorée, mais que les altérations des côtes sont secondaires à l’'emphysème,et c'estce qui explique leur présence constante au cours de cette affection. 7
Si l'on n’admet pas notre interprétation de l'aspect du cartilage au point de vue histologique, si l’on veut voir dans sa prolifération et son accroissement un phénomène secondaire, on aboutit fatalement à cette conception, et rien ne pourrait apporter la démonstration définitive que l’expérimentation.
Il faudrait prouver : 1° Que l’emphysème chronique essentiel, artificiellement réalisé où même une distension chronique des poumons de quelque origine qu’elle soit ne produit rien sur les cartilages costaux.
2 Que l'augmentation de volume et de longueur des cartilages produite expérimentalement a l’'emphysème pour conséquence. |
Nous avons, déjà dit à plusieurs reprises que de telles expériences sont irréalisables, parce qu’elles supposent les productions d’altérations lentes, progressives et de longue durée.
1. Orru. Lehrbuch des pathologischen Anatomie. 1883. T. I, p. 545.
La chirurgie, en s’attaquant aux carülages costaux supposés
, \ r , \ ; cause de l'emphysème a posé et résolu le problème d’une façon différente :