CHAPITRE IL
L'art de parvenir envisage la connaissance des hommes comme le premier élément des ses calculs. On ne peut arriver que par les hommes et en s'en servant, d'où la nécessité de les connaître. Cette formule est sèche, elle n'est que le corollaire d'une pensée bien connue d'un célèbre penseur contemporain qui mettait la philosophie en action : Les hommes sont des moyens.
On fait profession ici de ne pas aimer les gros mots; aussi l'auteur s'est-il demandé plusieurs fois si c'est à bon droit que l'on fait tant de phrases sur le cœur humain et la connaissance des hommes; les dames auteurs ont bien gâté ces matières. Si connaître les hommes, c'est comme il y a apparence en
avoir la plus mauvaise opinion et les croire capables de tout, qui donc ne les connaît pas ? 11 n'y a, réflexion faite, rien de sérieux dans cette impression. On en va juger.
La connaissance des hommes suppose :
La nature approfondie d'une certaine somme de sentiments innés que l'on peut considérer comme faisant partout le fond de l'humanité.
La connaissance des principales idées, opinions ou préjugés qui ont cours.
Enfin la connaissance d'un certain nombre de types généraux qui constituent le commun des hommes ; et quand on est là, que sait-on ? Le bagage n'est pas gênant, on ne sait rien.