LE POINT DE VUE A ETE OUBLIE
On sait en général pourquoi une femme plaît, on ne sait pas pourquoi on plaît à une femme. 11 paraît que l'analyse ne dispose pas d'instruments d'une précision suffisante pour le déterminer avec quelque certitude.
Moins encore est-il possible de savoir pourquoi l'on déplaît.
Les femmes vous prennent en grippe parce que vous les aimez, parce que vous ne les aimez pas.
Parce que vous les louez, parce que vous ne les louez pas.
Parce que vous les avez trop regardées dans tel moment et pas assez dans tel autre.
I^arce que vous portez votre chapeau d'une certaine façon.
F^arce (jue vous avez les cheveux d'une certaine couleur.
Parce que vous avez été incivil, parce que vous avez été poli.
Parce que vous avez dit un cerUiin mot qu'elles n'ont pas compris.
Parce que vous avez parlé, parce que \ous vous êtes tu.
Parce que vous êtes trop grand, parce que vous êtes trop petit.
Parce que
\jn auteur contemporain qui parle des femmes avec le pronom possessif, narre, en ces termes, une anecdote dont on ne peut sauver que le fond :
ff II y a quelques années je rencontrais parfois dans le monde une charmante jeune femme ; je Tavais connue « enfant » pour me servir d'un mot consacré., lorsque f étais en rhétorique . J'avais toujours gardé de bonnes relations avec plusieurs personnes de sa famille \ je la. retrouvai avec plaisir ^ mais je ne tardai pas à m apercevoir que ma personne était loin de lui être agréable.
« Un jour que notre rencontre se fit à la campagne., chez des amis communs, on proposa une promenade et je lui offris mon bras qu'elle accepta d'assez mauvaise grâce. « Ma foi, lui dis-je, puisque vous m'accueillez si Ti\2\., f aurais bientort de me priver de vous J/r^ ce que j'ai sur le cœur; je n'ai rien à perdre avec vous : vous ne serez pas pour moi, si ce que je vous dis vous déplaît, plus malveillante que -vous ne létes d'avance. Et je lui demandai la raison du mauvais accueil qu'elle me faisait. — Elle commença par nier la malveillance dont je l'accusais pour m'aflîrmer que je me trompais, puis tout à coup :
« Ça ni ennuie de mentir, dit-elle. — Eli bien , c'est vrai, j'ai remarqué comme vous que je vous faisais un accueil très-médiocre, et je me suis demandé pourquoi ; je ne le sais pas plus que vous. Quand vous n'êtes pas là, je me fais des reproches; mais quand je vous revois, je sens à votre égard une répulsion
involontaire dont je ne suis pas la maîtresse. Pourquoi ? Cherchons-/^ ensemble si ça vous intéresse.
u Ça mUnteressait, et nous cherchâmes.
« La dernière fois que je Tavais vue, dans la première phase de notre connaissance, elle avait sept ans. (Remarquez lecteurs? Sept ans!) Depuis elle avait été mise au couvent d'où elle n'était sortie que pour se marier. Dans les courts séjours qu'elle avait faits dans la maison paternelle, oh par des circonstances inutiles à dire^ f avais cessé mes visites^ elle n'avait que rarement entendu parler de moi ; mais quand on en parlait c était avec toutes sortes de bons souvenirs d'amitié.
(( Enfin après avoir fouillé de bonne foi ses som>enirsy la jolie Aline me dit : a/y suis! La dernière fois que vous êtes venu, vous avez enlevé ma poupée d'uiv
FAUTEUIL SUR LEQUEL VOUS VOULIEZ VOUS ASSEOIR, ET VOUS l'avez posés sans précaution ou PLUTOT JETÉE BRUSQUEMENT SUR LA CHEMINÉE DONT LE MARBRE LUI A FORTEMENT ÉRAILLÉ LE NEZ.
M La haine que cet attentat m'inspira alors contre VOUS s'est réveillée à votre aspect sans que je m'en ra|)()elasse la cause. »
« Nous rîmes beaucoup de celte découverte, mais Aline ne fut pas tout h fait guérie pour cela, et il arrivait très-souvent depuis, qu'elle m'accueillait assez froidement lorsque je l'abordais, ce qui ne manquait pas de nous faire rire l'un et l'autre sans que cela fût
une raison pour que la chose ne se renouvelât pas à la première occasion. »
De meilleure prose, une meilleure sauce, et le dernier trait était charmant. Mais quelle prose !
L'on croit pouvoir d'ailleurs conjecturer que l'écrivain est généralement heureux auprès des dames.