OBSERVATIONS SUR CE QUI PRECEDE
Il ne faut que sept couleurs pour obtenir la variété infinie des couleurs; il ne faut que sept notes pour créer le monde des harmonies; il ne faut que dix chiffres pour produire des quantités infinies : on peut juger par là de la variété des caractères, puisque chez l'homme, chaque passion, chaque qualité ou chaque défaut, susceptible du plus ou du moins à Tinlini^se combine avec mille autres facultés susceptibles du plus ou du moins dans la proportion de l'infini.
Cette observation enlève tout intérêt et tout fondement il l'essai d'une classification quelconque.
Dans un homme il n'y a pas un caractère, il y en dix. Une classification ne refléterait qu'une de ses surfaces; quplcjues remarques intéressantes peuvent séuicment f^lre faites.
La mnnièie d'entendre la probité crée ci^ez les hommes les particularités morales les plus étonnantes. Ainsi il y a des gens qui vendraient leur pays, commettraient toutes les vilenies, toutes les bassesses
I possibles vis-à-vis du pouvoir, et qui cependant ne ( détourneraient pas un ëcu d'unecaisse publique. j 11 y en a d'autres qui feront de ia concussion sans aucun scrupule , mais qui regarderaient comme j déshonorant d'abuser de la confiance d'un ami. j D'autres qui, malhonnêtes en affaires, montreraient ! de la probité dans la vie publique.
11 y a des gens qui voleraient pour payer leurs créanciers ou pour faire honneur à leurs engagements.
La valeur intellectuelle des hommes présente d'autres contrastes non moins extraordinaires. On voit des hommes dont l'esprit paraît très-ouvert sur certains rayons d'idées, ils deviennent sourds, muets, aveugles dès qu'il s'agit d'autre chose. On voit des publicistes qui conseillent, critiquent les gouvernements avec plus ou moins d'autorité, qui seraient in- ' capables d'ouvrir la bouche dans un conseil ; on voit ,des orateurs qui développent admirablement les . questions, donnent des avis pleins de sagesse, et qui j agiraient avec la dernière ineptie si on leur confiait le i moindre pouvoir. On voit des hommes à talents spéi ciaux, d'une incapacité inouïe pour tout ce qui ne ; rentre pas dans leur spécialité. Enfin, il se rencontre \ des gens obtus en apparence qui ne pourraient ni par la parole, ni par la plume, développer leurs idées et qui feraient merveille dans la sphère de l'action.
Les opinions théoriques que l'on se forme en fait
de politique, de religion, de morale, sont autant de branches d'aliénation mentale pour une quantité d'individus qui ont là-dessus des idées qui tiennent réellement de la folie. Un homme qui a de l'unité dans le caractère et dans les idées, c'est comme un cheval sans tare ou une femme sans défaut, on ne le trouve pas. ^- 5r^^o, p
Dernière observation : les caractères changent, -
non pas seulement parce que les idées se modifient/;"^ ^/^ avec l'âge, que les défauts, les ridicules et les vices \r
s'accusent davantage, mais ils changent suivant la '
position qu'on occupe; ils se transforment du tout .- A au tout pendant les révolutions. Quand il souffle un '; ^.-^ courant de bassesse, tout le monde devient vil; -^
c[uand il souffle un courant de peur, tout le monde* ^, ^ devient poltron; quand il soul'flt^ un courant de ven- ' "aJ A îgeance, tout le monde devient cruel. La plupart des révolutions que nous avons vues, nous ont présenté |
ce tableau.
EN QUOI CONSISTE AU Jl^STE LA CONNAISSANCE t