‹ Recherches sur l'art de parvenirChapitre 25 sur 119 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

On pourrait dire à la rigueur que l'art social tout entier rentre dans les manières, puisque cet art consiste essentiellement dans la façon dont se font les choses. C'est toujours à une question de forme que l'on al)outit. Toutefois on no comprend ici sous ce litre (|ue ce ([ui s\ rattache naturellement.

Avoir des manières, c'est suivant l'opinion générale n'être pas du comniuii; c'est appartenir à une certaine classe de personnes (jui constituent une sorte d'aristocratie idéale.

Cette façon de voir les choses est pi((uanle, notamment en France, où l'on ne jure cpie par l'égalité; njais si les instincts aristocratiques étaient bannis de la terre, c'est dans ce pays qu'on les

retrouverait; c'est la terre classique des démarcations sociales. Le premier soin d'un Français qui passe de la condition la plus cliétive à une autre qui l'est un peu moins est de se nuancer, d'essayer une supériorité de ton et d'allure qui fasse illusion sur son origine. La contrefaçon se reconnaît, maison fait toujours bien de se décrotter.

Ce qui explique très-naturellement l'ascendant des manières, c'est qu'elles annoncent l'une de ces choses : la fortune, la naissance ou la valeur personnelle.

Elles impliquent la connaissance des rapports sociaux, des usages, et jusqu'à un certain point, des caractères. C'est cet ensemble de choses infinies qui permettent à quelqu'un de prendre le ton, l'air, les façons qui conviennent à son caractère, à son rang, à la circonstance, à l'homme à qui il parle.

Ce sont des signes extérieurs auxquels les gens du monde se reconnaissent. Elles attirent immédiatement la considération tandis que sans elles on est traité sans conséquence. Elles permettent de se mouvoir librement dans toutes les conditions; elles donnent, ou perfectionnent un agent moral smgulièrement efficace. — La familiarité.

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