DU LANGAGE, DE LA CONVERSATION ET DE L ESPRIT
Toutes ces choses, de même que celles qui précèdent, rentrent par un certain côté dans le chapitre des manières. Avoir des manières et en même temps de l'esprit ou de la conversation , c'est avoir un es-
prit plus fin, une conversation plus délicate et un lan2:a£:e d'un meilleur aloi.
Il ne s'agit maintenant que d'indiquer les points de contact avec la théorie générale.
Il y a dans le maniement des hornmes, des intrigues et des affaires, une sorte de langage diplomatique sans lequel personne ne peut prétendre à se faire écouter. Ce sont des réticences, des détours, des mouvements de surprise, de hardiesse, des affectations de froideur, et par-dessus tout cela, un usage habile de l'ironie, celui de tous les détours de langage dont l'effet est le plus actif.
Quant à la conversation, elle est à l'art de la vie comme un de ces accessoires sans lesquels les machines les mieux montées ne marcheraient pas. Quiconque n'a pas à sa disposition un réservoir de paroles inépuisable sera fort embarrassé pour arriver à quoi cjue ce soit. Suivant le gros vulgarisme : Il faut peloter en attendant partie. La conversation , et une conversation qui ne tarit jamais, est le seul moyen de se tenir en représentation dans la société. Car quand on n'a plus rien à dire il faut s'en aller.
L'esprit des gens qui ont des manières ne ressemble pas à celui des autres. Elles donnent à Tesprit cet air de cour et de galanterie devenu si rare aujourd'hui. Le trait suivant de Al. de Talleyrand lait comprendre ce (jue cVst que l'esprit des gens qui ont des manièr(\s :
bi répulsif (ju'il fût de sa personne, AL de Tal-
leyrand avait de grands succès avec les femmes, ce qui ne doit pas étonner.
Un jour, deux dames célèbres, Mme de Staël et Mme de FI. . . , qui se disputaient la première place dans ses affections, le pressaient de s'expliquer à ce sujet, et le prélat se défendait par ces formules vagues que la politesse a inventées pour remplacer la franchise. (( Il ne s'agit point de tout cela, dit une de ces dames; je suppose que nous fussions tous trois dans un bateau, qu'un coup de vent vînt à le submerger, et que vous fussiez un bon plongeur, quelle est celle de nous deux que vous songeriez à sauver la première? — Madame, dit le spirituel courtisan en se tournant du côté de Mme de Staël, je crois que vous savez