DES PROCEDES
La maxime de minirnis non carat prœtor est, comme on le pense bien, rayée du décalogue des bonnes règles, puisqu'il est avéré que le savoir-faire consiste beaucoup plus dans les petites choses que dans les grandes.
Celui qui marche à une entreprise ou même seulement à la conquête du plus léger avantage, doit connaître ses pistes comme un Peau-Rouge en guerre avec une peuplade voisine. Il doit notamment être expert dans une foule de petites choses qui sont à la science de la vie ce que la procédure est à la science
du droit. L'embarras qu'éprouvent les gens dans une foule de circonstances où il faut aller de l'avant peut se traduire par ces mots :
Comment la chose se fait -elle? Comment s'y prend-on?
C'est là une question d'usage et en même temps d'expérience pratique.
Les abords de toutes choses sont semés de menues difficultés, d'ambages, de fins de non-recevoir, d'empêchements et de formalités auxquels le vulgaire est toujours arrêté; c'est le crible dans lequel on tamise tout ce qui est trop épais dans la mouture.
Il y a une foule de petites faveurs, de passe-droits, de privilèges qui se laissent surprendre; la chose qui ne se fait pas poiu* vous se fera pour im autre. Il y a toujours un moyen d'obtenir ce qu'on refuse de lever une objection, de ]xisser par une porte fer mée. Il y a une formule qui lève la consigne, un biais qui tourne la difiiculté.
Cette formule, ce ressort secret, c'est ce que nous appelons le procédé. Le procédé dispense de frais d'imagination dans une multitude de cas où il suffit de s'y prendre d'une certaine façon.
L'homme à grandes manières n'hésite jamais sur le procédé; c'est là sa force. Il manie avec aisance une situation en s'appuyant sur les formes comme sur autant de points d'appui qui jalonnent sa route.
C'est la connaissance approfondie du ton des for-
mes du langage et des procédés qui constituent sur le théâtre ce qu'on peut appeler l'optique social. La littérature dramatique contemporaine est sous ce rapport à peu près illeltrée et barbare.