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DE LA VANITÉ DANS L'HISTOIRE

Comment sVntrctienl clans les âmes le feu sacré de Tadmiralion pour ceux dont la postérité a une fois enregistré les noms? Ce serait intéressant à étudier en détail, ce que l'on ne peut pas faire dans un livre on Télenduc^ et la multij)licilé des sujets oblige à des raccourcis dont la valeur ne sera j)eut-être apprécit'e que par quelques amateurs curieux des formes lapidair^^s.

Etant donnée l'éclosion d une cc'léhrité nouvelle, de quelque consistance, il y a un certain nombre de fervents qui, de jour en jour, d'année» en année, et ainsi i}c suile juscju'à l'édification complète de l'idole nouvelle se chargent de brûler de l'encens sur son autel, d'y déposer des couronnes, des ex

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i^oto. Il pullule des critiques, des glossateurs, des adeptes, apôtres, disciples et vulgarisateurs qui font leur affaire de relayer la renommée du nouveau venu usque in seternum.

Les morts célèbres sont, comme Ton sait, trèsfavorables à la vanité des vivants. Quand il s'agit de quelque forte individualité qui a fait gros bruit de son vivant, d'un grand homme, d'un homme de génie, comme on les appelle, on yoit aussitôt deux ou trois mâtins s'élancer aux pans de la redingote du mort, sauter dessus, happer sa mémoire, rognonner à Fentour ; ils ont besoin de cette ombre illustre pour faire leur affaire, c'est-à-dire leur propre célébrité à eux. En se tenant accrochés des pieds et des mains à cette figure, ils espèrent être entraînés après elle dans son sillon lumineux.

Il y a de ces écri^vains qui vous enveloppent un cycle historique. Ils ont dans leur poche ime lime et un compas, le compas pour mesurer plus exactement, la iime pour raboter- les surfaces qui ne sont pas exactement telles qu'ils les conçoivent. Ils vous narrent une bataille en comptant les cailloux qui se trouvaient dans le chemin, le nombre des coups de canon qu'on a tirés; ils vous disent le numéro de chaque bataillon, le calibre du fusil, la couleur du pompon, le nombre des rations et des souliers. Ils vous font connaître que ce jour-là le général en chef avait pris une tasse de café au lait et qu'il avait des hémorrhoïdes. On sait que le terrain sur

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lequel s'est livrée la bataille se composait d'une couche jurassique et de deux sédiments calcaires. Le héros est d'une valeur étonnante, il fait respirer des bombes à son cheval ou franchit les Alpes au galop, à la montée comme à la descente! L'historien est dans les poches du héros^ il lui voit tirer son mouchoir et prendre une prise de tabac. Les négociations sont racontées exactement et les événements aussi toutes les fois que les documents et les traditions ne contrarient pas la couleur historique qu'il s'agit de donner aux faits.

Si la bataille est perdue, l'auteur a la prétention de faire connaître comment on aurait pu la gagner; si elle est gagnée, il vous apprendra comment il eut été possible d'en tirer plus de fruit. On huit par se persuader, et non sans raison, que l'historien est un bien })lus grand stratège que son héros; sa compétence en diplomatie, en administration, en finances, fait regretter vivement (ju'uu tel hoimne n'ait pas été appelé à tenir le timon des affaires, car il est évident qu'il y eùl fait merveilles.

Sa pensée fixe à lui, sa fureur c'est de rendre son nom insé[)arable des événements ([u'il raconte. Il ne v^/ut pas ([non \c<, comprennt^ autrement (|ue lui: ce sei'alt lui faire* iujiuw 11 \cu{ avoir dit le d(Tni(M' »nol, (M si Www dit qu'après lui on ur tiouve [)lusnièm(*à glaîUM'. Il fera trente* volumes pour un règne. A la fin d(* clia([ue volume il résumera trois fois ce (ju'il a dit au commencement, puis il fera un ré-

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