REPRISE D UNE DES IDEES CI-DESSUS
Nous avons émis plus haut cette proposition passablement scandaleuse que la célébrité littéraire était
d. Écrasons, écrasez riiifâme»
due autant à Tartifice qu'à l'éclat des talents, et à certaines circonstances particulières qui entourent la naissance d'un livre. 11 y a deux choses qui font que la postérité' ne revise pas ses arrêts ou les revise si rarement que ce sont des exceptions étonnantes. La première, c'est que le public tient aux gloires qu'on lui a faites ; il y tient comme l'antiquité tenait à ses héros, à ses demi-dieux. La seconde raison, c'est qu'il ne lit pas ce qu'il admire. Quant à ceux qui lisent, c'est autre chose. Lue fois que le diapason de l'admiration a été donné, il y a un crescendo qui s'explique facilement. Admirer avec passion, avec enthousiasme, avec frénésie, c'est se donner à soi- I même un brevet d'aptitude, de pénétration, de* sa- I ejacité. On paraît avoir Tàme plus sensible, l'esprit ' plus élevé. Comprendre un auteur, sentir son i^énie, sa portée, n'est-ce pas laisser à penser au public , qu'on est presqu'à son niveau ? C'est comme dans un concert où l'on entend de bonne musique, ceu\ (jui paraiss<*nt le plus musiciens sont ceux (jui poussent des cris ou sont près de s'évanouir dans les bras de leurs voisins. La bonne foi joue d'ailleurs son rùle dans ses émulations de l'admiration. A force de relire et de fouiller un passai^e, on s'éprendra trèssincèrement. On y découvrira des beautés nouNelles; et le comni(Mitat(Mir, ki bouche enfarinée, dira : \o\qï d'ailleurs comment s'exprime rincomparal)le IN*** dans ce style qui n'appartient qu'à lui, avec cette forme, ce mouvement, ce^ accent du génie, etc. —
DE l'originalité. 239
Suit la phrase ou le passage cite , on se frotte les yeux^ on est oblige de se dire en conscience que vraiment cette phrase n'est pas si étonnante, que l'on en rencontre quelquefois de semblables chez des écrivains qui ne font pas des miracles, que soimême un jour sans être sur le trépied, on a pu en tourner une pareille. Dans cette voie^ on ne s'arrête plus, les fautes, les imperfections mêmes deviennent des traits de lumière, des effets cherchés. On rapporte au genre, au ton, à la manière, tovit ce qui pourrait être critiquable même au point de vue de l'art, ou bien les fautes sont de celles qu'un grand esprit seul peut faire. Les mortels, aimés des dieux, peuvent se tromper, mais ils ne se trompent pas comme les autres hommes.
IMITATION DE DIVERS STYLES AFIN DE MONTRER AUX BA- DAUDS QUE LES STYLES LES PLUS DIVINS PEUVENT SE CONTREFAIRE COMME LE RESTE *.
1. L'auteur n'a pas fait ce chapitre; c'est une de ces lacunes que nous l'avons entendu appeler des grains de beauté dans un ouvrage, {Note de téditeur,^