‹ Recherches sur l'art de parvenirChapitre 79 sur 119 · Retranchement d'une bien belle page, par l'auteur qui ne · texte numérisé non relu

Retranchement d'une bien belle page, par l'auteur qui ne

Enfin, puisque le journal est une voie publique, pourquoi un personnel de rédaction enrégimenté? puisque c'est une voie publique que la presse, pourquoi le premier venu , lettré toutefois, il faut toujours l'être un peu, ne pourrait-il pas entrer au hasard dans un journal et dire : Pardon, vous êtes là à écrire beaucoup de choses.... passez-moi donc un peu votre plume, j'en voudrais dire aussi à ma façon. Je suis un abonné, voici mon bordereau, laissez-moi faire; pourvu que je parle français et que je n'attaque ni la police, ni la justice, ni la loi, que vous importe ?

On ne trouvera pas cela pratique, c'est cependant bien simple; l'auteur pense qu'un journal ne devrait renfermer qu'un comité de lecture et une boite aux lettres*; — supprimer le reste. Sauf la caisse, le gérant et les actionnaires.

On gagnerait à cela bien des choses, on verrait si un pays pense ou ne pense pas, si sans faire son état du journalisme on ne peut pas écrire passablement et en français; si toute la démocratie est dans le lond d'un carton vert, si M. un tel est fopimoii publique^ M. Chose la liberté, M. Pierre le trcwail,

veut pas se laiie d'ennemis dans la presse et qui exeire sur luiniênie la censure préventive qui est dani> nos mœurs.

\. Cette page est encore bien hardie . [)Ourvu (ju'on ne la lasse pas payer à l'auteur; pourvu que les journaux n'aillent pas plonger son ouviag;e dans les ténèbres d'Kgypte, dont il est parle plus haut ; ce ne >erait [)as à souhaitei pour l'éditeur.

{JSote de fccl.)

M. Paul V émancipation. Pourquoi prendre des noms comme cela et vouloir parler pour tout le monde ? La main sur la conscience, dix écrivains peuventils représenter un pays, voire même une fraction de ce pays?

Parfaitement, et l'auteur en est convaincu après avoir posé la question.

La France a le génie de la méthode, il ne faut pas l'oublier, elle a donné le jour à Descartes. Les idées ne sont pas pris'es dans ce pays pour ce qu'elles valent, elles aboutissent toujours à des théories, à des systèmes. On a toujours la prétention d'inventer quelque chose de nouveau. Tout se produit sous forme de doctrine, de code , de pandectes, analyse, synthèse, division, subdivision, plan; de la logique, beaucoup, dans les livres seulement, des idées qui se coordonnent, qui se déduisent, qui s'enchaînent, etc. Ce livre lui-même en est la preuve, et renferme une armature complète sous ces formes légères ; il y a des enchaînements, des théories qui ne sont pas plus vraies qu'autre chose.

Il faut qu'on se parque, qu'on s'étage, qu'on se distingue les uns des autres. On meurt si l'on ne classe ou si l'on n'est classé. Le journalisme français répond parfaitement à ces habitudes et à ces besoins. 11 fait appel à l'idée de groupe, de catégorie, de système. Chacun peut dire, Voilà mon camp, voilà mon drapeau, mon principe est là, ma constitution là. Il n'y a donc rien d'arbitraire du tout dans les di-

verses opinions que représentent les journaux. Ce sont des cadres. Bien plus les grosses entreprises de journalisme ne peuvent guère s'établir que sur un gros d'idées encore en retard , puisqu'il est avéré que la masse est toujours en arrière de quarante ou cinquante ans sur les minorités qui sont à la tète des lumières. Aussi, peut-on dire avec raison que si la presse n'était pas libre en Europe, en moins de cent ans elle y ramènerait les ténèbres de la barbarie.

L'art de faire des journaux à succès, en France, consiste donc, au moins pour le moment, à ramasser uii certain nombre d'idées en circulation, à se baser sur certains côtés du caractère national , sur certaines passions, certains préjugés qui donnent une forte j)rise sur la masse.

Faites provision, par exemple, de huit ou dix gros vulgarismes, clierchez de ces points de vue non définis, de ces généralités vagues, flottantes, qui écliapp(*nt à la discussion. — Indépendance des peuples. — Progrès humain. — Droit des rois, droit des peuples. — Concert des races latines contre les Slaves. — Colosse du Nord. — Unité de l'Italie. Mêle/ à tout cela de fur. de \ . .., (pielques couplets sur le vieux drapeau. Voilà un type de journal, succès assuré. Combinez ces nuances dans des proportions différentes, vous ferez (|uatre ou cinc] combinaisons de journaux.

Prenez un autre ton, alfectez de vous porter pour

médiateur entre tous les partis, de n'être ni tout à fait contre celui-ci, ni complètement contre celui-là. Dites que la vérité n'est pas dans les extrêmes. Intervenez entre les contendants comme cet homme qui, voyant deux individus soutenir, l'un que deux et deux font cinq, l'autre trois seulement, leur dit : Vous êtes tous deux dans l'extrême ; deux et deux font quatre et demi. Prêchez la modération aux vaincus, le calme et la confiance à ceux qui payent, glorifiez les satisfaits, divinisez la puissance. Faites du juste milieu en fait de vérité, de morale, de justice. Mentez avec douceur, avec majesté, déclarez-vous conservateur dynastique en faisant apercevoir au fond de vos louanges qu'au besoin vous tourneriez casaque. — Encore vm type.

Il y en a bien d'autres. Posez-vous en frondeur des préjugés. Saisissez les questions à rebours, prenez le contre-pied de ce que soutiennent tous les autres. Cherchez le contraste, le paradoxe, les grands écarts. Cherchez des points de vue hors du centre de gravité de la politique. Imaginez des conceptions étourdissantes en finances, en guerre, en bâtiments. Dites que plus un peuple paye d'impôts, plus il s'enrichit. Proposez la suppression du numéraire, demandez la centralisation du crédit, la décentralisation politique. Dites à l'État, prenez tout, et dites-lui, ne prenez rien. Prêchez la liberté et la restriction. Brouillez les questions, changez les rapports, amalgamez, confondez tout. Rien n'est meilleur pour clarifier la vue.

Les abonnés accourront comme les alouettes au miroir.

Rien n'est favorable aussi comme de se poser en protecteur des classes pauvres, de prendre parti pour le travail contre le capital, d'exciter sous le voile des principes de secrètes convoitises dont le but se laisse percer ; de dénoncer certaines classes à l'animosité populaire ou à la répression du pouvoir, de crier que les sociétés sont en travail d'enfantement , que tout est vieux, que tout est vermoulu, que les institutions anciennes craquent dans leurs fondements; cela n'empêche pas de faire sa cour au pouvoir, d'attraper un bon émolument, une bonne place, même d'avoir un pied dans les f.... s.... Les généralités n'engagent à rien. Il est bon aussi de professer l'athéisme, tantôt indirectement, tantôt directement. Suivant le mot de Chesterfield, l'impiété brille par la puanteur comme la viande gâtée dans l'obscurité. Cela n'empêche pas d'avoir peur du diable et de l'enfer, de se confesser, de faire patte de velours h l'occasion aux cardinaux, aux prélats, et de mettre la main au bénitier, dans une gi-ande cérémonie.

Heureusement grâce à la faiblesse humaine, la thèse contraire peut être exploitée avec un succès non moins puissant sinon aussi universel. Saisissezvous du D.... v et faites- le descendre dans votre

officine; qu'il soit là pour tout expliquer, pour tout faire, comme dans THistoire universelle de Bossuet.

Lancez la f.... et T.... au nom d'un D.... j.... qui n'a pas d'autre occupation que de demander compte de leurs actions à des marionnettes dont il tient les fils. C..., f.... en son nom. On se dit : Comment diable ! ces gens-là ont donc le C dans leurs cartons^ qu'ils le font parler comme ils veulent. De par

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